1e lecture : du livre dIsaïe (43,16-21) 2e lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (3,8-14) Evangile : selon saint Jean (8,1-11)
Etrange scène que celle que nous rapporte lévangile de Jean. Le silence de Jésus impressionne tout autant que ses paroles laconiques. Nous sommes au petit matin, Jésus est déjà en train denseigner dans lenceinte du Temple. Les scribes et les pharisiens - ces éternels bien pensants religieux - viennent une fois encore pour tendre un piège à Jésus. Comme une meute hurlante, ils emmènent avec eux une femme quils viennent de surprendre en délit dadultère. Leur objectif nest pas de laccuser elle, mais de faire un procès à Jésus. Oui, nous sommes déjà dans le procès à Jésus, un traquenard et un procès où nous sommes entraînés nous aussi. En effet, voilà bien une scène de la vie ordinaire. Et si nous la rapprochons de notre vie quotidienne, nous découvrons tout à coup quelle nous concerne directement : les scribes, les pharisiens et la foule qui jettent en pâture la femme adultère devant Jésus, cest nous aussi ! Les cancans, les médisances, les calomnies, les jugements collectifs sans appel... voilà bien un mal contagieux, un virus tenace quon na toujours pas éradiqué de notre humanité. Parfois même, nous chrétiens, nous sommes du nombre des premiers « à jeter la pierre ». La réaction de Jésus impressionne. Physiquement, il quitte le cercle infernal des accusateurs. Il sabaisse et dessine sur le sol. Il se tait longuement. Comme il se taira plus tard devant Pilate au dénouement du procès que les hommes lui ont fait. Son silence, il va le rompre avec une brève parole sans appel à ses accusateurs : « Que celui qui est sans péché lui lance la première pierre ». Autant pour nous ! Et Jésus de redescendre dans son mutisme jusquau moment où il se retrouve seul avec la femme humiliée... pour lui dire alors cette extraordinaire parole qui a toute la puissance et la profondeur divine : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pêche plus. » Une parole qui fait partie de « lêtre » même du mystère de lEglise, de sa mission essentielle au cur de lhumanité, une parole salvatrice quelle doit répéter, en tremblant, tant cela la dépasse, jusqu'à la fin des temps. « Dieu ne te condamne pas. Va et désormais ne pêche plus. » Lécoute amicale, les accompagnements psychologiques, les consultations parfois nécessaires chez les « psys » ne dispensent pas les chrétiens du « signe » fort de la parole de la communauté chrétienne qui nous dit par le ministère du prêtre, de la part de Dieu : »Ton péché est pardonné ». Non pas ta névrose ou ta faiblesse mais bien « ton péché », cest à dire ce que, dans ta vie, consciemment, tu as refusé à Dieu. De grâce, nappelons pas péché « toutes les fragilités de notre condition humaine ». Le péché, cest un acte manqué de croyant. Et en ce sens, plus nous sommes croyants, plus nous avons conscience dêtre pécheurs. Le pardon divin, cest un trésor que lEglise a reçu de Jésus pour le transmettre à toutes les générations, et cela malgré la propre fragilité des hommes qui en sont les serviteurs. « Faire ses Pâques » selon la belle expression des anciens, cest recommencer sa vie, avec la grâce de Dieu, en se découvrant aimé et pardonné. Nest-ce pas la plus belle des paroles : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pêche plus. » ? Je vous encourage à laccueillir en cette fin de Carême !
Abbé Jean-Marie Jadot - doyen de Saint Martin
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