1e lecture : de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (5,17-21) Evangile : selon saint Luc (15,1-3.11-32)
Y a-t-il plus belle page dans toute la littérature des hommes pour nous parler de Dieu et du destin de lhomme ? Si un jour, il nous arrive de douter de la pertinence inouïe de lEvangile pour conduire lhomme à la rencontre de Dieu et au sens de sa vie, relisez cette parabole fabuleuse du chapitre 15 de lévangile de Luc : « un homme avait deux fils... ». Deux fils, deux regards tout en contraste sur la relation de lhomme à Dieu et sur la question qui est au cur de notre humanité : la quête de notre liberté. Deux histoires de liberté gâchée ! Le plus jeune senfuit loin de son père pour jouir tout seul de lhéritage. Il na que faire du regard du Père, il veut être libre, tout seul. Le fils aîné na jamais rien quitté. Il ne connaît pas pour autant son bonheur. Lui aussi à sa façon, le cur rongé par la jalousie na rien compris du secret de la maison familiale. « Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi. Il faut se réjouir, ton frère est revenu à la vie ! » Ces deux frères, au fond, ce sont deux assassins ! Le premier a tué son Père dans son cur pour être libre, tout seul et courir après des chimères. Le second ne peut supporter le retour de son frère, le préférant mort que vivant. Lidée du partage du bonheur lui est intolérable. Deux drames de la liberté aux accents toujours actuels. Au récit de lhistoire de ces deux frères, combien dhommes pourraient raconter leur propre histoire : conflits parentaux, conflits fraternels, drame de légoïsme et de lathéisme, drame de la jalousie et de lintolérance, débauche, envie, déchéance, refus de pardonner... Tous les maux du monde sont ici illustrés... tous les échecs de la liberté. Cest que la liberté de lhomme nest pas un bien en soi, sans reliance, un héritage que lon pourrait dépenser égoïstement, loin du regard de Dieu et sans souci du frère. La liberté, cest un formidable trésor que lon vit ensemble entre frères, dans la maison paternelle, sous le regard aimant et miséricordieux du Père : « Toi, mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi. » Dieu nous fait don de la liberté, gratuitement. Il a aussi la prodigieuse capacité, de nous la redonner si par malheur nous lavons perdue ou oubliée. Son pardon, cest une éternelle renaissance... si nous revenons à lui. Noublions pas le tout début de lévangile de ce dimanche qui fut loccasion de cette merveilleuse parabole : « les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour lécouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux. » Jésus, cest la porte ouverte - en permanence - du cur de Dieu... pour tout homme, quelle que soit son histoire ! Cest la source du pardon... et de toute renaissance possible ! Puissions-nous nous en souvenir en ces jours de conversion et de renouveau qui nous acheminent vers Pâques !
Abbé Jean-Marie Jadot - doyen de Saint Martin
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