Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

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Homélie de la Fête de la Pentecôte 2019. PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et sœurs, comment aimer Jésus? Est-ce que j'aime Jésus ? Ce sont des questions percutantes qui ont retenu mon attention lors d'un échange récent autour du livre de Dominique Collin, dominicain : « Le christianisme n'existe pas encore. »

Que signifie alors aimer Jésus ? «Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Aimer Jésus, veut dire rester fidèle à sa parole. Quelle parole ? Le commandement nouveau qu'il nous laisse : nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Donc, aimer Jésus, c'est avant tout une manière d'exister, se laisser habiter par son Esprit et vivre l'Évangile au quotidien. Jésus a dit à ses amis : « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » (Jn 13 -35) Ce qui revient à dire, si quelqu'un aime Jésus, qu'il se mette au service des autres. Et peu à peu son cœur s'élargira et l'amour de Dieu l'envahira de plus en plus et il pourra encore mieux servir les autres. Jésus nous montre ainsi comment nous pouvons l'aimer. Il suffit d'ouvrir notre cœur. Le cœur de l'homme, le cœur de la femme, c'est la demeure de Dieu, la demeure de Jésus, la maison de l'Esprit Saint, lorsqu'il est habité par l'Amour de Dieu. Et effectivement, « l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous habite.» (Rm 5, 5). L'Esprit Saint s'invite donc chez nous pour faire jaillir du fond de notre cœur ce don merveilleux qu'est l'amour, pour faire jaillir ce qu'il y a de bien, de beau, de bon, de vrai en chacun (e) de nous. Et nous sommes chargés par l'Esprit Saint de répandre autour de nous la bonne odeur de l'amour qui se dégage de notre cœur, là où Dieu demeure. C'est vraiment l'amour qui préside à notre fête de l'Esprit Saint.

C'est ce que les apôtres de Jésus ont compris et commencé à faire le jour de Pentecôte. Depuis ce jour souffle un vent. Ce vent, ce n'est pas avant tout le vent qui disperse, balaye, renverse, détruit tout sur son passage tout comme le vent de la violence humaine, le vent du fanatisme, le vent de la haine, le vent du nationalisme racial ou étroit, le vent du séparatisme...

Il est dit dans les Actes des Apôtres que tous se rassemblent et se comprennent. De leur diversité se forme une grande fraternité universelle que le monde n'ait jamais vue. Oui, le vent de la Pentecôte réunit, unit, élève, soulève, fortifie, consolide.

Frères et sœurs, par quel souffle suis-je habité ? Par quel vent me vois-je emporté ? Qu'est-ce que me fait tenir, me fait agir, me fait vivre? Ai-je vraiment le désir de devenir la maison de l'Esprit Saint ? Ai-je vraiment le désir de vivre selon l'Esprit de Dieu, de me laisser conduire par lui ? Comment parler de cet Esprit qui continue de travailler le monde d'aujourd'hui ?

L'Esprit Saint, il est comme le vent qui souffle où il veut. On ne le voit pas, mais il est là, il agit, il laisse des traces. Il ne se laisse pas saisir facilement. Il ne se manifeste jamais en lui-même. Il ne se donne à découvrir qu'à travers ses œuvres. Il est à découvrir quand il est à l'œuvre. Il se perçoit à ses dons, à ses fruits que sont : l'amour, la paix, la joie, la bonté, l'accueil, le service, l'écoute, la confiance, le respect, la sérénité, la confiance, la bonté. L'Esprit Saint me conduit au plus profond de mon cœur à chaque fois que je me tourne vers les plus pauvres, les humiliés, les malades, les abandonnés et que je me mette à leur service. Ainsi l'Esprit ne se donne vraiment à comprendre que par ses fruits, par tous ces visages qui en traduisent la présence. C'est précisément ce que l'apôtre Paul nous dit dans sa lettre aux Romains : Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils, filles de Dieu.

Au cours de cette célébration, à la communion, chacun sera invité à prendre avec lui un don de l'Esprit Saint à mettre en œuvre pour le bien de l'Église. Ce sera aussi l'occasion de discerner quel est le don que j'ai reçu de l'Esprit ? En effet, les disciples, effectivement, reçoivent l'Esprit Saint et la capacité de porter l'Évangile, de transformer le monde.

Un autre geste qui marquera notre célébration, sera celui des langues. Le feu du cierge pascal, signe de la présence du Christ ressuscité dans son Église, sera éteint peu avant les intentions. Devenu désormais feu de l'Esprit, il sera transmis à notre assemblée. C'est bien ainsi que le feu de l'Esprit Saint se propage en allant de proche en proche, de cœur en cœur, de bouche à oreille. La prière universelle sera aussi exprimée dans différentes langues que constitue une partie de notre assemblée. Comme les disciples qui se mirent à parler à leurs proches des merveilles de Dieu, le don de l'Esprit rejoint chacun (e) de nous quel qu'il soit pour le manifester. En général, la langue est ce qui nous sépare, ce qui nous dresse les uns contre les autres, nous ce qui nous rend sectaires, francophones contre les anglophones, wallons contre flamands... vice-versa. Par exemple, lorsqu'on veut exclure quelqu'un de notre groupe ou le mettre mal à l'aise, on se met à parler une langue qu'il ne comprend pas, peut être en arabe, en chinois, en grec... Or, parler en langues, ce n'est pas parler dans une langue que nul ne comprend. C'est avant tout ouvrir son cœur, être capable d'entrer dans la vie de l'autre, de se faire comprendre, de le comprendre, de se faire accepter par lui et de l'accepter. La langue n'est pas un instrument de méfiance, de renfermement, de rejet... Elle doit désormais être utilisée comme le véhicule de rapprochement, de la fraternité, de la confiance en l'autre. Il s'agit désormais pour nous de parler une seule et même langue, la langue de Dieu, la langue de l'amour, la langue de la confiance, la langue de la paix, la langue de l'unité. C'est cela aussi être habité par l'Esprit Saint.

Que l'Esprit-Saint nous aide à trouver les mots pour dire la Bonne Nouvelle aux hommes et aux femmes de notre temps, pour consoler les personnes qui souffrent, qui traversent des moments sombres de leur vie.

Que l'Esprit-Saint fasse que les hommes et les femmes s'aiment, se comprennent, s'entendent.

Que les pays en guerre, les peuples en conflits trouvent les gestes et les mots qui les rapprochent.

Que l'Évangile de Jésus ne nous reste pas étranger, abstrait, mais qu'il nous parle au cœur et transforme notre vie.

Que l'Esprit-Saint nous donne de parler de Dieu dans notre langue maternelle.

Qu'il nous aide à trouver les mots pour rendre compte de notre foi, pour parler de Dieu à des enfants, à des jeunes, à des amis, à tous ceux et à toutes celles qui nous demandent de « rendre compte de l'espérance qui est en nous. »

Marchons et vivons sous la conduite de l'Esprit.

Viens, souffle de Dieu, viens faire toute chose nouvelle!

Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire saint Martin