Dimanche de la Divine Miséricorde 28 Avril 2019. PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et sœurs, shalom,  la paix. « La paix soit avec vous ! » Ce sont les premières paroles du Ressuscité à ses amis. Il voit bien qu'ils ont peur, la peur d'être arrêtés et d'endurer le même calvaire que lui. Il leur offre sa paix, la paix par sa présence, une paix intérieure qui transmet de la force, qui fait dominer la peur.

Malgré cela, après la première apparition, les disciples sont toujours terrifiés. Au bout de huit jours, ils sont toujours cachés. La première fois, Thomas était absent. Il ne croit pas ses amis quand ils lui racontent ce qui s'est passé. Thomas exige de voir pour croire. Il émet des doutes. Jésus ressuscité va se présenter à lui. Il va lui faire toucher ses plaies. Thomas va enfin croire, il confesse: « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il croit Dieu. Et à ce moment-là, tous les disciples n'auront plus peur. Nous pouvons le constater dans le récit des Actes des Apôtres que nous venons d'entendre. Ils ne s'enferment plus, ils s'expriment en public avec beaucoup d'enthousiasme. Les foules les regagnent et ils guérissent les malades comme Jésus, au nom de Jésus. Même si on les arrêtera après, Pierre et Jean seront mis en prison, ils n'ont plus peur. Ils tiennent leur force de la paix qu'ils ont héritée de Jésus vivant. Ils tiennent leur force aussi du fait qu'ils sont unis, ils sont connectés, il n'en manque pas un à l'appel vu que Thomas les a regagnés. Et enfin, ils tiennent leur force de d'Esprit-Saint que le Christ leur a infusé. Il a soufflé sur eux. C'est le souffle de l'Esprit-Saint, c'est une résurrection. Océane et Arizona vous allez être baptisés dimanche prochain, le Christ sera avec vous et en plus vous recevrez son Esprit. L'Esprit-Saint est un souffle pour nous faire progresser, comme le vent dans les voiles d'un bateau. On ne le voit pas, mais on voit le résultat. Un souffle qui nous envoie : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » dit Jésus. Un envoyé, sa raison d'être, c'est de transmettre ce qu'il a reçu, c'est d'être un témoin. Comme le Père a pu toujours compter sur Jésus son Fils pour faire du bien, malgré l'épreuve, Jésus vivant compte aussi sur ses disciples, sur nous, sur chacun et chacune. Il nous envoie pour aller vers nos frères et sœurs, dans nos communautés, dans nos familles, dans nos écoles, dans nos milieux de travail, dans nos cercles d'engagement..., pour offrir le salut, dans la foi,  pour être ses témoins, pour être des acteurs de sa miséricorde, de son pardon. Le pardon donné est une libération. Il ouvre à la paix, à la vie, à l'amour et à l'avenir.

Être baptisé, c'est une joie, se sentir rempli par la paix, une paix intérieure, mais c'est aussi une mission, être témoin d'un Dieu vivant. Pour cela, il faut être uni, en Église, comme aujourd'hui, pouvoir échanger ensemble, être en communion et agir ensemble.

Le texte des Actes des Apôtres nous rappelle un détail important pour vivre en ressuscités :

« Par les mains des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges d'accomplissaient... » Le Christ continue de venir par nos mains, nos oreilles, nos bouches, nos cœurs, nos pieds et nos présences pour rendre palpables sa proximité, sa présence vivante et son action de salut.

À Baham, dans un petit village Pékwa, dans l'ouest du Cameroun, en Afrique, je donnais la catéchèse aux jeunes dans une école. Dans cette région des bamiléké, la culture ancestrale privilégie le culte des crânes. Un après-midi, une jeune fille de 18 ans arrive en retard. Elle se justifie : « En venant, j'ai croisé mon oncle paternel, mort il y a plusieurs mois, sur la route ». Incrédule, devant ce phénomène bizarre, je tente de la ramener à la raison, « qu'elle a sûrement dû songer fortement à son oncle pour le voir ainsi et s'il est vrai que les esprits des morts peuvent se montrer, cela paraît impossible que le corps soit à la fois dans la tombe et sur sa route. Il faudrait que je voie ton oncle vivant pour y croire. » Et elle de me répondre : « Mon père, si vous doutez, pourquoi nous obliger à croire que Jésus est ressuscité ? » Quels arguments user pour la persuader que ce n'était pas son oncle en chair et en os ? Eh oui ! Thomas est bien vivant, d'une façon ou d'une autre, en chacun et en chacune de nous.

Frères et sœurs, aujourd'hui, aux Thomas qui demanderaient encore de voir, de toucher les mains et le côté du Ressuscité, c'est à nous de le rendre visible par des petits signes concrets que témoigne notre vie. Jésus vivant choisit désormais de nous habiter pour aimer, servir, partager, assister, visiter, pardonner, réconcilier, sauver, se donner à nos frères et à nos sœurs.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » dit Jésus à Thomas. C'est la béatitude de la foi. La foi en la Résurrection est vitale pour chacun et chacune. Notre bonheur de croire doit se communiquer à tous ceux et à toutes celles qui cherchent Dieu, qui doutent encore, qui sont nombreux autour de nous, qui sont aussi en recherche de la source de l'amour. Nous croyons en un Dieu miséricordieux, et cela nous fait devenir heureux. « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » dit la Béatitude. Soyons miséricordieux comme notre Père est miséricordieux, c'est-à-dire plein d'amour, de compassion, de pardon, de fraternité universelle.

Qu'en cette Eucharistie, nous recevions à nouveau, comme les disciples réunis le jour du Seigneur, une confirmation de la présence du Ressuscité avec nous et de la mission de paix, de joie et de miséricorde dont il nous confie la charge.

Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire, Saint - Martin, Arlon.