Homélie du dimanche 25 mars 2019. Troisième dimanche de Carême. PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et sœurs, La souffrance, le mal pourquoi ? Comment répondre à une personne qui rend Dieu coupable de sa souffrance ou de son malheur et de la souffrance ou du malheur du monde ? Comment demeurer croyant (e) face à la souffrance ou au malheur qui est là ? Ces interrogations sont celles de l'Évangile que nous venons d'écouter. Ici, les Galiléens tués par Pilate, par ailleurs, dix-huit personnes exterminées par la chute de la tour de Siloë... Ils sont nombreux les massacres, récemment ceux commis par un terroriste dans deux mosquées en Nouvelle-Zélande faisant une cinquantaine de victimes, elles sont abondantes les tours de Siloë, qui nourrissent nos conversations. Alors, l'inévitable question : pourquoi, pourquoi eux ?

Cette question, on se la posait à l'époque de Jésus, comme on se la demande aujourd'hui. Des croyants, à l'époque de Jésus comme aujourd'hui d'ailleurs, osent une réponse, croyant bien dire: cette souffrance-là, n'est-elle pas la conséquence de leur péché ? Beaucoup pensent que c'est un châtiment de Dieu. On renouvelle ainsi avec l'antique conception des compagnons de Job : toute souffrance particulière est le résultat d'un péché particulier.

Dans l'évangile de ce jour, Jésus réagit très fortement contre cette manière de voir les choses. C'est tout le contraire de l'Évangile. Jésus  déclare nuls tous les commentaires que les humains ont composés pour répondre à la question de la souffrance. « Pensez-vous que ces Galiléens soient plus coupables que les autres ? » Il rappelle ainsi que les malheurs qui se déferlent sur le monde, sur les hommes, sur les femmes ne viennent pas de Dieu. Tout l'Évangile nous dit et nous redit sans cesse que Dieu est amour. Dieu n'est surtout pas un vengeur sans cœur. Ces malheurs sont bien souvent le résultat de la méchanceté de certaines personnes. Ce n'est donc pas notre péché qui entraîne notre condamnation mais notre refus de nous convertir. Chacun (e) de nous est donc invité à se convertir, à changer de comportement.

Souvenons-nous, une autre occasion, on conduit à Jésus un aveugle de naissance. Les disciples demandent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. » (Jn 9, 2) Il est claire que pour Jésus, il n'y a aucun lien entre la souffrance et le péché.

Par conséquent, les chrétiens (es) n'ont-ils donc rien à dire sur la souffrance? A priori, il n'y a pas de paroles pour commenter la souffrance ou le malheur. C'est le silence du respect devant le chagrin démesuré. La foi chrétienne ne donne pas de réponse, d'explication, mais elle nous mène à quelqu'un : Jésus. Jésus, face à la souffrance des humains, ne l'explique pas, mais agit, la combat avec la dernière énergie. Nous le voyons saisi de compassion, guérir, soulager les souffrants et les blessés de la vie. Nous le voyons transgresser la sacro-sainte Loi du sabbat pour sauver la vie d'un infirme, car pour lui, l'homme qui souffre est plus important que la Loi. Il nous dévoile ainsi le vrai visage de Dieu le Père. Jésus, face à sa propre souffrance, ne s'est pas dérobé. Il a souffert comme tout homme, victime innocente du rejet et de la méchanceté des humains. Mais jusque dans la souffrance, il a gardé au cœur l'amour qui pardonne, qui fait confiance à son Père. C'est ainsi qu'il nous rejoint dans notre réalité de vie, dans notre souffrance, dans ce qu'il a vécu lors de sa passion. Dans nos situations de souffrance, il y'a toujours un surplus d'amour. Jésus nous indique le chemin qu'il a suivi et que nous sommes invités à suivre. Ce chemin se résume en trois termes : la compassion, l'action, l'abandon.

La compassion : se laisser toucher par la souffrance des autres, être avec eux, leur rendre visite, les accompagner, être présent de ton son cœur, leur consacrer son temps.

L'action : la souffrance est une réalité à regarder en face, qui doit être combattue. Il faut agir pour la repousser, la guérir, la soulager, pour partager, habiller celui qui est nu, donner à manger à celui qui a faim, donner à boire à celui qui a soif, dénouer les liens de servitude, les chaines d'injustice. C'est assurément cela l'appel à la conversion que Jésus nous lance : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous

L'abandon : il faut garder confiance quoi qu'il arrive, s'en remettre entre les mains du Père dans un acte d'abandon confiant, filial, ne pas désespérer. Notre Dieu n'est qu'Amour et pardon. Son nom c'est : « Je suis celui qui suis ». Il est Celui qui fait être, qui fait exister, qui fait sortir, qui délivre. De la souffrance et de la mort, il peut faire faire surgir la vie. C'est cela notre foi au Christ ressuscité, qui a vaincu le mal, la mort. Le mal n'a pas le dernier mot. Il n'y pas d'autre vie pour les baptisés que d'être plongés dans la vie du Seigneur Ressuscité. Il nous invite à nous ressaisir, à nous tourner vers Dieu le Père et produire de bons fruits. Le Carême est un temps favorable pour fertiliser notre arbre. Ne nous laissons pas gagner par la désespérance et l'impatience. Ne lâchons pas la main que Dieu nous tend. Regardons le jardinier de la parabole qui s'active pour sauver le figuier infécond. Jamais le Seigneur ne perd courage de nos errances et de nos passés improductifs.

Jamais personne n'est trop loin de Dieu. Chaque jour, Il est là, près de nous.

Demandons au Seigneur de nous aider à cultiver chaque jour notre jardin intérieur et à garder au cœur l'espérance.

Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire, Saint Martin.