Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

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Homélie du dimanche 10 mars 2019. Première dimanche de Carême. PDF Imprimer Email
Année 2019

Qu'est-ce qui peut bien pousser au désert ? Les publicités des agences de voyage nous proposent une réponse apparemment alléchante : le désert est le lieu du silence, de la contemplation de la nature, de la sérénité.  Mais c'est une autre image du désert que nous rapportent ceux qui l'ont vraiment affronté !  Affronté... loin d'un hôtel cinq étoiles, au bord de la plage !  Affronté ! Car le désert, malgré sa beauté séduisante, reste avant tout un lieu d'épreuve, de solitude, de perte de repères, d'égarement de nos sens.

La télévision n'était pas là pour enregistrer le séjour de Jésus au désert : c'est un montage, un récit bien construit que les évangiles nous présentent au début de la vie publique de Jésus.  Celui-ci se rend dans le désert, comme tout bon Juif, attiré par l'histoire de son peuple qui a trouvé dans cette traversée sa liberté.  Il y reste 40 jours, comme Moïse et Elie - que nous retrouverons dimanche prochain sur la montagne de la Transfiguration...  C'est le lieu de la recherche de Dieu, et c'est le temps nécessaire pour le rencontrer.  C'est aussi le lieu de la recherche de sa propre identité.  « Si tu es le Fils de Dieu » lui dit le tentateur au début de l'épreuve.  Nous allons  savoir de quel Dieu il s'agit, et comment être le Fils.  Un moment d'identité profond.  On va savoir ce qu'il a en tête et dans le cœur.  C'est la confrontation à l'épreuve qui va permettre la révélation.

Avoir faim - permettez-moi l'expression « crever de faim » après être resté 40 jours sans manger...

Se retrouver face à une fortune colossale, un pont d'or que l'on fait miroiter devant vos yeux, gagner le gros lot...

Se voir proposer de devenir la vedette des vedettes !  Qu'est-ce qu'on ne ferait pas quand on chatouille à point votre ego !...

Ces trois tentations sont un terrible combat intérieur.  Jésus est d'abord un homme comme chacun de nous.  L'appât du gain, la folie du pouvoir et le jeu de la gloriole...  Nous savons tous par expérience que ce sont de terribles séductions qui peuvent nous monter à la tête un jour ou l'autre... et par expérience aussi nous savons tous les drames humains que ces tentations peuvent entraîner.

Mais Jésus va résister à ces trois pièges.  Sa nourriture est de faire la volonté du Père.  La référence, c'est la Parole de Dieu : « L'homme ne vit pas seulement de pain. »... « Passe derrière moi, Satan »...

Pour Jésus, il fallait vivre ce temps d'épreuve, ce combat terrible pour reconnaître en vérité ce que la voix venue du ciel avait dit de lui au jour de son baptême dans le Jourdain : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout mon amour.  Ecoutez-le. »

Frères et sœurs, au début de ce nouveau Carême, voilà le chemin qui nous est une fois encore proposé à travers nos déserts d'aujourd'hui, face aux épreuves inévitables et aux faux dieux qui nous guettent tous un jour ou l'autre.  Comme Jésus, laissons-nous pousser par l'Esprit.  IL guide notre foi en un Dieu qui ne s'impose pas par la force, fût-elle celle du miracle !  Il nous montre où se trouve la nourriture solide pour la route : dans l'humble écoute de la Parole de Dieu.  Ainsi pourrons-nous devenir toujours un peu plus fils et fille de Dieu à son image.

Offrons-nous des moments de désert pour grandir dans la foi, pour grandir en humanité...

Je vous souhaite un fervent Carême.

Abbé Jean-Marie JADOT.