La restauration de St-Martin : reportage de TVLux du 6 avril 2019

...pour ceux qui ne l'ont pas vu : à partir de 13min 20

et ce mardi 23 avril une grue téléscopique installe sur le coin arrière sud un escalier qui s'élève au dessus du toit de l'église...

le début de la construction d'une immense grue pour le démontage du campanile...

Homélie du dimanche 24 Février 2019 PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et sœurs, que de force dans l'Évangile de ce dimanche. On a envie de dire quel beau programme. Et pourtant c'est bien cela notre vocation, ce que nous sommes tous et toutes appelés à vivre. Nous sommes au cœur de notre foi chrétienne, au cœur de la foi appliquée à la vie de façon concrète.

Jésus vient de passer la nuit à prier dans la montagne, c'est là qu'il a appelé ses apôtres et en descendant, il formule ce Sermon qui a tant de force. « Aimez-vous les uns les autres » ! C'est l'originalité de la foi chrétienne, mais aussi sa difficulté. Par définition, c'est très difficile, voire impossible d'aimer ses ennemis. Pourtant, c'est la seule manière d'enrayer la violence dans le monde qui est trop violent. Il faut changer de registre pour désarmer l'autre. Il ne faut pas désarmer l'autre par la force physique ou verbale mais par la force d'amour.

Prenons l'exemple de la recommandation de « tendre l'autre joue ». On a beaucoup ironisé là-dessus. N'y a-t-il pas là démission, culte de la faiblesse, voire doloriste ? Ne faut-il pas empêcher le méchant, l'agresseur de nuire ? Certainement, mais comment ? Est-ce en augmentant de la violence à la violence ? De la haine à de la haine ? La parole de Jésus est claire. La vraie victoire sur la violence n'est pas la victoire, la vraie victoire sur la haine n'est pas un surcroît de haine, mais l'amour. Face aux violences de son époque, Jésus met en pratique ce que nous nommons aujourd'hui la non-violence active. Quand il dit : « À celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre », Jésus s'adresse à des gens habitués à être humiliés. Il leur dit : refusez désormais d'être traités ainsi. En tendant l'autre joue, vous brisez la spirale de la violence, vous désarmez votre adversaire. Au moment de son procès, un des gardes gifle Jésus. Il montre le sens qu'il donne à sa parole. Il ne tend pas l'autre joue mais il attaque la conscience du soldat : « Pourquoi me frappes-tu ? Si j'ai mal parlé, dis-moi en quoi j'ai mal parlé ! » (Jn 18, 23) Jésus n'est pas passif, mais actif, il ne rend pas la violence reçue, il la désamorce et se défend. Cela se passe justement au moment où il va, lui le juste, prendre place parmi les malfaiteurs. Sur la croix, il brise le cercle de la violence en acceptant de mourir d'amour pour ses bourreaux eux-mêmes.

David illustre très bien cela dans le récit que nous venons d'entendre dans la première lecture. Il sauve Saül qui voulait l'abattre. Et il deviendra un bon roi, contrairement à Saül qui était cruel. Rendre le bien pour le mal, et non le mal par le mal, David l'avait déjà compris, lui l'ami du Seigneur.

Jésus nous invite à nous dépasser. Il ne suffit pas d'aimer ceux qui nous aiment, il faut aller plus loin, sortir de son petit cercle, élargir ses relations, non pas par mondanité mais dans un esprit de fraternité. Jésus invite à la largesse, à la générosité. Il faut prêter sans rien espérer en retour, donner, pardonner. Et ainsi, nous serons dignes d'être les fils et les filles du Très-Haut. S'il y a un Très-Haut, c'est pour nous élever. Ce mode de vie, en contradiction avec l'esprit de ce monde qui incite plus au repli sur soi, ce mode de vie nous élève. Il s'agit de ressembler à notre Père du ciel qui est « bon, lui, pour les ingrats et les méchants. » Comme nous sommes ses enfants, il nous apprend à vivre comme Lui. Nous croyons en un Dieu plein d'amour et de tendresse et le terme qui le caractérise le mieux, c'est le mot « miséricordieux ». Il englobe l'amour le plus fort et le pardon. « Soyez miséricordieux comme votre père est miséricordieux » nous dit Jésus. La mesure de l'amour de Dieu, c'est d'aimer sans mesure. Nous croyons en un Dieu Père qui exerce la miséricorde sur nous-mêmes, qui nous pardonne, qui nous relève lorsque nous trébuchons, qui nous tient la main. C'est à partir de notre expérience que nous pouvons vivre en fils et filles du Très-Haut et exercer la miséricorde à notre tour. Jésus nous invite encore à ne pas juger, à ne pas condamner. On peut juger, condamner des actes mais pas des personnes, cela est réservé à Dieu seul. Jésus nous invite au don et au pardon sans réserve. Qui sont d'ailleurs avantageux car si nous donnons, on nous donnera encore plus. Si nous pardonnons, nous serons aussi pardonnés. Et nous faisons cette expérience que lorsqu'on donne de son temps, de sa personne, on reçoit encore plus dans son cœur.

St Paul aussi nous invite à lever les yeux vers le ciel, à n'avoir pas que des attitudes terre-à-terre. Nous sommes créés d'argile mais nous sommes recréés par le Christ qui vient restaurer l'image de Dieu qui est en nous mais parfois enfouie. Nous avons en nous une dimension spirituelle. Nous pouvons puiser dans la force de la prière, de la Parole de Dieu pour élargir notre cœur à la dimension du cœur de Dieu. Pour voir en l'autre non pas un ennemi, non pas quelqu'un qui m'indiffère, mais un frère, une sœur à aimer. Combien de fois ne suis-je pas tenté d'anéantir l'autre, de le réduire à zéro, de l'écraser, de le dominer, de le faire taire ? Puissions-nous tous et toutes, nous regarder comme les fils et filles du même Père pour pouvoir construire ensemble un monde plus uni, un monde plus fraternel, un monde qui s'élève vers son Créateur, un monde de paix.

Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire, saint Martin