Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes- Homélie du dimanche 3 Février 2019 PDF Imprimer Email
Année 2019

Frères et soeurs,

Il me revient, ce soir, de vous présenter le thème pastoral choisi par le sanctuaires de Lourdes pour tous les pèlerinages de l'année : « Heureux les pauvres ». Permettez-moi d'entrer dans ce thème en mettant mes pas ( et les vôtres) dans ceux  de Bernadette Soubirous, cette jeune fille qui a vécu 18 rencontres avec Marie du 11 février au 16 juillet 1858.

Car Lourdes, c'est d'abord la grâce d'une rencontre, une rencontre improbable que Bernadette va vivre e sous le signe de l'Esprit Saint. Lorsqu'elle quitte le « cachot » au matin du 11 février, une froide journée d'hiver pyrénéen, elle n'est pas animée de grands élans mystiques : elle a besoin de sortir prendre l'air pour échapper à la puanteur de cette unique pièce où ils s'entassent à 6 ! Elle a besoin aussi de gambader(elle a 14 ans) avec sa sœur Toinette et une voisine la Baloum. Mais en prenant au sérieux son rôle d'aînée : elle veut rendre service à la famille qui vit dans la misère en allant chercher un peu de bois et des os vers Massabielle, le long du Gave de Pau,   pour les revendre et acheter un peu de pain pour l'unique repas de la journée. Il n'y a rien à manger à la maison. Bernadette est une pauvre. Elle est affaiblie en permanence par un asthme tenace qui la tient éveillée des nuits entières ; elle est analphabète et par conséquent interdite de première communion puisqu'elle ne peut pas suivre le catéchisme ; elle vit sans une famille ruinée à la réputation douteuse car le papa a  été soupçonné de vol et a fait de la prison... Bernadette n'a rien à faire valoir... et portant c'est elle que le Seigneur va choisir pour une rencontre qui va changer sa vie... et celle de millions de pèlerins qui viennent à Lourdes depuis 161 ans. Avec en écho les paroles de Paul dans la lettre aux Corinthiens : « Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion  les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. Ce qui est d'origine modeste, ce qui n'est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort » (1 Cor 1, 27-28).

Et cette rencontre va se vivre dans le souffle de l'Esprit, le coup de vent dont nous parle Bernadette lors de la première apparition. Dans le NT, chaque fois qu'il y a la présence Marie, il y a la présence de l'Esprit Saint : annonciation, visitation, présentation au Temple, croix et Pentecôte. Dans l'échange de regards et dans le sourire de la Dame, Bernadette va découvrir le regard d'un Dieu qui l'aime inconditionnellement. Non pas un Dieu qui juge, qui culpabilise et qui écrase, mais un Dieu qui murmure à l'oreille de son cœur : « Tu es aimée telle que tu es... ». Un chant de Lourdes le redit à sa manière : «  Vierge de Lumière, tu es le sourire d'un Dieu qui nous aime ». Bernadette qui n'est rien aux yeux du monde, la voilà qui exister vraiment comme une personne qui parle à une autre personne et qui la vouvoye : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » Marie ne revendique rien pour elle ; elle est au service d'une rencontre pour Bernadette avec ce Dieu d'amour et de tendresse, avec le monde de Dieu tel que Jésus l'a dévoilé dans les Béatitudes qu'il a vécue lui-même. Ce qu'on appelle la « grâce » de Lourdes, c'est que tout pèlerin qui vient à la grotte dé (re)couvre qu'il est aimé, passionnément et inconditionnellement aimé, quel que soit son parcours de vie par un Dieu qui veut son bonheur.

En mettant nos pas dans ceux de Bernadette, nous arrivons à la source qu'elle a remise en fonction à la demande de la Dame. Non sans difficultés d'ailleurs. Car pour la faire jaillir, elle va devoir ramper dans le fond de la grotte, dégager de la boue et des gravats, se barbouiller de boue et manger de l'herbe pour les pécheurs. Bernadette épouse la condition du pécheur pour découvrir cette source qui est le symbole de la grâce intarissable de la grâce de Dieu. Cette source, elle a jailli en nous le jour de notre baptême et elle y est toujours présente, mais souvent enfouie dans la boue et les gravats de nos vies. Nos grottes à nous sentent parfois mauvais comme la grotte de Massabielle où se vautraient les cochons de la ville.

Le pèlerinage peut aider à retrouver la source de l'amour de Dieu qui ne nous fait jamais défaut ; il nous apprend à la dégager, notamment dans le sacrement du pardon pour vivre avec Bernadette une résurrection.

Pour aller dire... Il y a une mission qui commence : « Allez dire aux prêtres qu'on bâtisse ici une chapelle et qu'on y vienne en procession » Marie n'est jamais isolée, mais au milieu de son peuple. C'est pour cela qu'elle aime les processions ! «  Marche avec nous Marie, sur nos chemins de foi, sur nos chemins de croix.. » «  La première en chemin... » A Lourdes, on découvre une Eglise universelle, Peuple de Dieu en marche dans la diversité des langues, races, peuples , langues et nations, avec des frères et des sœurs moins valides qui sont portés par d'autres pèlerins. Un peuple de pécheurs pardonnés, joyeux de proclamer et de vivre sa foi.  Une Eglise dans laquelle nous avons aussi une mission à remplir. A Lourdes, le pèlerin voit une Eglise qui prie, qui est en communion avec Dieu. A Lourdes, le pèlerin voit des milliers de gestes d'entraide, de charité, d'attention aux plus faibles, aux plus démunis ; il voit le pardon et la miséricorde à l'œuvre ; il voit des jeunes bien d'aujourd'hui et très branchés, mais qui en veulent et n'ont pas peur de dire leur foi et d'en vivre. Et le pèlerin se dit souvent : Ah si je pouvais vivre ou faire vivre cela chez moi, là où je vis !

Merci de prendre du temps durant la neuvaine pour revenir vous aussi vers la Source qu'est le Christ ; il nous dévoile le cœur d'un Dieu qui nous aime et nous engage en Eglise à faire naître de nos mains et de nos cœurs ce monde nouveau que Jésus nous a dévoilé dans les Béatitudes.

L'abbé Philippe Goffinet, doyen de Dinant , directeur des Pèrelinages Namurois.