Homélie 3ème dimanche de l'Avent PDF Imprimer Email
Année 2018

Frères et sœurs, la liturgie de ce dimanche nous invite à la joie et à l'action de grâce à l'approche de la fête de Noël, la joie d'une rencontre imminente faite de sérénité, de confiance et de paix, la joie, visage de Dieu, visage de l'homme, visage de la femme.

Tout d'abord, quand on parle de joie, nous pensons à quoi ? Pour beaucoup, il s'agit des besoins immédiats comme, par exemple le manger, le boire, le plaisir de la belle vie, les loisirs, les jeux, marquer un joli but, avoir un beau cadeau, réussir à un examen, avoir un toit, une voiture, un bon ami... Tout ça, c'est super bien, la joie qui se vit dans les petites choses de chaque instant, comme réponse à l'invitation affectueuse de Dieu notre Père: « Mon fils, dans la mesure où tu le peux, traite-toi bien. Ne te prive pas du bonheur d'un jour » (Si 14, 11.14). Que de tendresse paternelle se remarque derrière ces paroles !

Mais la joie dont il est question aujourd'hui n'est pas n'importe quelle joie, mais d'une vraie joie, celle qui vient de l'attente d'un Sauveur promis. Elle s'ouvre sur un projet, celui du salut de Dieu pour son peuple. C'est ce qu'exalte le prophète Sophonie dans ce beau premier texte que nous venons de lire : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c'est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse,  il te renouvellera par son amour ;  il exultera pour toi et se réjouira,  comme aux jours de fête. » Il en ressort que la source de la joie est Dieu. Et la joie en personne, c'est le petit Jésus qui vient. Sa venue apporte au monde une grande joie. Il est une présence si joyeuse. C'est pourquoi, la joie des disciples ne leur dépend pas en propre. Elle est la joie même de Dieu qui est en eux. En chacun (e), en toi, en moi, il y'a la joie et l'allégresse de Dieu. Sommes-nous tristes ou joyeux ? Qu'est-ce qui fait ma tristesse ? Qu'est-ce qui fait ma joie ? Comment puis-je être triste si j'ai rencontré le Christ qui a donné sa vie par amour pour moi, pour chacun (e) de nous ? La tristesse est le signe que Dieu me manque. Pour paraphraser saint François de Sales qui disait : « Un saint triste est un triste saint » ; un chrétien triste est un triste chrétien. Même si je suis triste, cela ne fait rien. Jésus vient transformer ma tristesse en joie. Une joie que même la tristesse ne pourra me ravir.

Ensuite, le chemin de la joie chrétienne que l'apôtre Paul nous trace dans sa lettre aux Philippiens est celui d'une obéissance à la volonté de Dieu qui emplit tout notre être et nous connecte au vouloir divin, au dessein d'amour de Dieu pour ses enfants, pour l'humanité. Autrement dit, c'est dans une réponse généreuse à la volonté de Dieu sur moi que je pourrais vraiment goûter à la vraie joie.

Enfin, dans l'Évangile, le chemin de la joie que nous propose Jean-Baptiste passe via le chemin de conversion, se détourner du mal, du mauvais chemin pour se tourner vers Dieu et le remettre au centre de notre vie. À ceux qui l'écoutent et lui demandent : « Que devons-nous faire ? », il leur propose de se concentrer sur leur vie de tous les jours, leur devoir d'état pour y admettre la volonté de Dieu, en pratiquant la justice et l'amour, par le partage fraternel. Au fond, la conversion consiste à faire preuve d'humanité, de solidarité envers les pauvres et les démunis, à redonner la dignité aux marginaux, aux exclus et aux mal-aimés. Il nous faut traduire la parole en actes; sinon, nous repoussons la naissance du Christ dans notre monde. Aussi, il nous faut réaliser qu'il ne s'agit pas de faire tant de choses, que d'être ce que je fais. Par exemple, pour faire la paix dans ma famille, il me faut être habité par la paix de Dieu, être une femme et un homme de paix, de compassion, de miséricorde et de pardon ; pour rayonner la joie autour de moi, il me faut être habité par la joie de Dieu. Ce que Jean Vanier appelle : "vivre selon la musique de son être."

Derrière la demande des disciples du Baptiste se glisse notre propre demande : Que devons-nous faire aujourd'hui ? Que dois-je faire pour accueillir le Christ de la joie qui vient? À chacun (e) de nous, Jean-Baptiste dirait à peu près ceci, pour correspondre ta vie à ce que Dieu attend de toi, sois un bon papa, une maman fantastique pour tes enfants ; sois un enseignant soucieux du succès de tes élèves, sois un employé attentif des autres ; sois un bénévole généreux et accueillant de ton temps ; sois celui ou celle qui reconnais l'amour de Dieu pour toi ; sois une jeune personne ouverte au défi d'aujourd'hui, qui n'as pas peur de témoigner ce que tu crois, qui tâches de reconnaître Jésus dans toute personne que tu rencontres et qui apprends à l'aimer et le prochain... etc. C'est lorsque mes actes expriment mon désir de conversion, que la présence du Seigneur donne du fruit et conduit à la joie. Le secret de la vraie joie, c'est vivre pour servir, aimer et partager (cf pape François). Oui, l'amour est partage, et source de joie.

Et aussi, Jean-Baptiste annonce le baptême dans l'Esprit Saint et le feu. En fait, c'est Jésus qui baptise, plonge les gens qui l'acceptent dans leur vie dans l'Esprit Saint, c'est-à-dire dans l'amour de Dieu et cet amour est comme un feu. Le feu éclaire, réchauffe, rassure, purifie, consume.... C'est un baptême offert à tous et toutes. Par le Christ ressuscité, chacun (e), malgré sa situation triste, de mécontentement, de découragement, de solitude, de rancune, d'infidélité, est immergé par son amour. Le monde, même s'il est touché par des situations de violence, de trouble, de pauvreté est inondé dans l'amour du Dieu tendre et miséricordieux. Le Christ est toujours avec nous et il partage nos joies et nos souffrances. La mission qu'il confie à nous qui sommes ses disciples et formons le peuple de Dieu, c'est de nous débarrasser de notre mine attristée pour donner au monde une image de nouveauté du Christ et de joie de la foi.

Puisse cette Eucharistie nous remplir de joie car nous y rencontrons Celui qui nous la donne en abondance. Laissons monter vers le Seigneur, en union avec Jésus, notre action de grâce pleine de joie en partageant le Pain et le Vin consacrés.

Abbé Jean-Claude BAMBELE, vicaire Saint Martin