Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

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Homélie du dimanche 3 juin 2018 - Fête-Dieu PDF Imprimer Email
Année 2018

Dans les deux textes d'aujourd'hui, il est beaucoup question de sang versé ou du sang partagé...
Ces phrases risquent de choquer nos sensibilités liées au respect de la vie, du corps humain dans son intégrité et sa destinée. Chez les juifs, le sang représente la vie et relève de Dieu qui en est le créateur et le maître. Dans cette perspective, Dieu seul peut en faire don et peut aussi le retirer. La cérémonie avec l'aspersion du sang, reprise dans la première lecture, rappelle justement cette présence de ce Dieu présenté comme garant de l'unité et de l'existence de son peuple. C'est en son nom et en sa présence que ce peuple se rassemble et fait mémoire de son histoire. Pour l'assistance, l'aspersion du sang sur l'autel rappelle non seulement la présence de Dieu, qui vient sceller tous les liens entre les humains et  leur Dieu, mais elle est aussi une célébration accompagnée d'une protection de la vie.

De son côté, par son sang versé et sa mort, Jésus est venu sceller cette alliance entre Dieu et les hommes. Désormais, ce ne sont plus des sacrifices d'animaux, mais c'est Dieu lui-même qui verse son sang en offrande pour racheter et sauver son peuple. C'est autour du repas, en prenant le pain et le vin ; deux aliments quotidiens et indispensables pour le peuple, que Jésus s'offre comme nourriture (spirituelle), quotidienne, indispensable et nécessaire pour toute l'humanité.

L'eucharistie est essentiellement  un repas, un  partage fraternel auquel Jésus convie ses amis, avant son arrestation et sa mort ; un repas au cours duquel, sous les apparences du pain et du vin, il a donné son corps à manger et son sang à boire, avant de leur recommander de faire cela en mémoire de lui. Or un repas, nous le savons bien, se partage entre les gens qui s'entendent, qui vivent une vraie amitié et une fraternité authentique. Jamais un repas ne se partage entre des ennemis ni entre des personnes qui ne s'entendent pas, à moins de faire semblant ou d'être hypocrites. Il en est de même du repas eucharistique. Il n'est pas une affaire privée du prêtre célébrant la messe dans un petit coin, mais un rassemblement de toute la communauté dont il est membre et ministre ordonné.

Dieu vient et se donne à nous comme nourriture et subsistance dans la simplicité, l'ordinaire et la fragilité de notre vie. Il l'assume et en fait le lieu de sa présence et d'une communion profonde avec son peuple.  Même si nous devons accorder une importante vénération à Jésus sous ces apparences du pain et du vin, en marquant le plus grand respect pour cette présence réelle du Christ ; nous ne devons pas oublier, par ailleurs, que le Christ est présent dans notre monde, non seulement dans l'eucharistie, mais de multiples manières, comme lui-même le dit lorsqu'il promet d'être avec nous tous les jours jusqu'à la fin du monde. Rappelons-nous ses paroles : « Quand deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »
Sa présence se révèle également sous une autre forme, tout aussi réelle : dans les visages et les traits du pauvre, du malheureux, de l'exclu qui nous permettent de le reconnaître et le vénérer en allant à sa suite  en appliquant ce qu'il nous dit : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ! »

C'est dans la foi que nous devons accueillir cette présence réelle du Christ en chacun de nous et au cœur de nos assemblées. Il ne nous appartient pas de l'exclure de certains lieux ni de certaines personnes, pour ne la privilégier qu'à d'autres endroits et chez des personnes bien déterminées. Il n'est pas dit que la communion reçue de mains d'un prêtre serait différente de celle reçue des mains d'un laïc (fidèle chrétien). De même ; il n'est pas dit non plus que le prêtre soit parfait ni saint ni encore pur. J'irai jusqu'à dire que nous sommes parfois pires que vous, chers fidèles. C'est pourquoi nous nous reconnaissons avant tout pécheurs et régulièrement en quête du pardon de Dieu. Le mystère de la communion nous porte tous et nous dépasse. Il relève en profondeur de notre foi qui nous permet de nous y approcher et de la recevoir avec respect et conviction. L'Église a toujours veillé à éviter les abus liés à certains  comportements des fidèles pour recevoir l'Eucharistie : par exemple, le fait de prendre la communion avec soi pour en faire n'importe quoi, la conserver dans un mouchoir de poche, un essuie-tout, une petite boite d'allumettes ou encore la recevoir avec des mains visiblement sales contenant de la terre ou d'autres saletés...Il est vrai que le Christ se reçoit et se donne à nous au-delà de toutes ces considérations, mais un minimum de respect vis-à-vis de la sainte communion doit être de mise lorsque l'on croit en sa présence.

Cette fête est aussi appelée ‘'Fête-Dieu''. Que ce (notre) Dieu universel et omni présent continue d'assurer sa présence dans notre vie de tous les jours et qu'il fasse de nos existences une offrande quotidienne pour les hommes et les femmes qui nous entourent.

Abbé Wenceslas MUNGIMUR - Doyen de Saint-martin