Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes - Homélie du dimanche 11 février 2018 PDF Imprimer Email
Année 2018

'Faites tout ce qu'il vous dira'. Parole de Marie aux serviteurs lors des Noces de Cana. Elles nous conduisent tout droit à Jésus. Marie a donné Jésus au monde, c'était à Noël. A Cana, elle nous invite à le suivre en nous efforçant de réaliser, comme lui, son rêve d'un Royaume où tous les hommes ont leur place. En écho, me reviennent ces mots qui concluent la parabole du bon Samaritain : 'Va, et toi aussi fait de même !'.

Nous la connaissons par coeur. Et pourtant laissons-nous interpeler pour ce qu'elle a encore à nous dire, aujourd'hui.


Un homme vient trouver Jésus pour le piéger. Il lui pose une de ces questions de maître qui fait qu'il ne peut s'en sortir. Quel est le plus grand des commandements ? Mais Jésus le renvoie à ce qu'il connaît par cœur, aux articles essentiels de la Loi. Bien joué ! L'homme ne s'en laisse pas compter ; il contre-attaque, posant une deuxième question piège : « Et qui est mon prochain ? » Il sait que ceux que Jésus côtoie sont souvent des infréquentables aux yeux de la Loi, alors... il pourra le mettre en contra-diction et trouver argument pour l'accuser.


Une fois encore Jésus échappe au piège que cet homme lui tend en racontant une parabole... une de ces histoires simples que tout le monde comprend. Et pourtant, il est provocateur mettant en casue ce qui était logique pour beaucoup en ce temps-là. Que n'a-t-on posé un regard moralisateur sur ce prêtre et ce lévite qui se détournent de cet homme et passent leur chemin ! OUI, mais ils s'en allaient à leur service au Temple. Et dans la conception du temps, toucher un homme à moitié-mort au bord du chemin, c'était soi-même se rendre impur et donc ne pouvoir accomplir sa fonction. Autant ne pas se compromettre. Jésus, provocateur disai-je, met en évidence, un homme qui pour tout bon juif est considéré comme un hérétique. Comme il n'est pas tenu par les règles strictes en vigueur, il n'a crainte de l'approcher et de se mettre littéralement à son service, en en faisant beaucoup plus que simplement s'arrêter pour lui. En arrière-fond, se pose cette question : 'Qu'est-il le plus essentiel s'en tenir à la stricte observance de la Loi et ne pas se souiller ... ou dépasser la limite prescrite pour s'ouvrir à la solidarité et à la gratuité ? A la question finale, j'en suis sûr, vous aussi vous auriez donné la bonne réponse. Cette histoire vaut surtout pour sa conclusion : « Puisque tu as compris, ‘Va et toi aussi fais de même ! »


Elle est d'actualité la question du docteur de la Loi : « Qui est mon prochain ? » Car nous pouvons, certaines fois, nous reconnaître dans les personnages qui y sont décrits : quelques fois, nous sommes le prêtre ou le lévite de la parabole, nous détournant de la situation, cherchant notre chemin ailleurs ; quelques fois nous sommes comme ce Bon Samaritain... Les deux se croisent en nous.

En écho, je vous livre quelques mots du pape François qui, il y a peu, s'est encore rendu dans un des lieux où sont accueillis des réfugiés : Aujourd'hui, personne dans le monde ne se sent responsable de cette situation  ; nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle ; nous sommes tombés dans l'attitude hypocrite du prêtre et du serviteur de l'autel, dont parlait Jésus dans la parabole du Bon Samaritain : nous regardons le frère à demi mort sur le bord de la route, peut-être pensons-nous « le pauvre », et continuons notre route, ce n'est pas notre affaire ; et avec cela nous nous mettons l'âme en paix, nous nous sentons en règle. La culture du bien-être, qui nous amène à penser à nous-même, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon, qui sont belles, mais ne sont rien ; elles sont l'illusion du futile, du provisoire, illusion qui porte à l'indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l'indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l'autre, cela ne nous regarde pas, ne nous intéresse pas, ce n'est pas notre affaire !

Il y a aussi, bien sûr - sinon ce serait tromper la réalité - bien des hommes et des femmes dans des groupes, des associations, jusqu'au coeur de nos paroisses, nos quartiers, qui se montrent solidaires et veulent créer des lieux, où les personnes sont accueillies, écoutées, secourues,... qui suscitent des engagements nouveaux et gratuits.


Alors la conclusion de Jésus ... résonne comme un appel adressé à chacun : « Va et toi aussi fais de même ! » Puisque tu as compris ce qu'il y a lieu de faire, efforce-toi d'aimer ton prochain... dépasse ce qui te retiens prisonnier parfois : tes convictions, tes peurs, ton égoïsme... L'homme est toujours à aimer et peu importe qu'il soit comme toi ou différent, peu importe qu'il soit de la même religion, de la même classe sociale, de la même origine ou pas.


Lui, Jésus, nous a laissé un exemple dans sa manière d'être à l'écoute, de dépasser les règles en vigueur pour porter attention, en particulier à ceux que l'on rejetait ou qui étaient laissés sur le bord du chemin ; dans sa manière de montrer en profondeur sa solidarité et sa tendresse. Il fut un exemple, aimant Dieu et ses frères d'un amour qui continue de nous interpeller. Et Marie nous redit avec force à Cana : 'Faites tout ce qu'il vous dira'. Même si nous la voyons présente aux heures essentielles de la vie de Jésus, de la crèche à la croix, chaque fois, elle ne se met pas en avant, elle nous renvoit à Lui, s'efforçant en premier de faire ce qu'il dit.


« Alors, va ! », Nous dit Jésus. Et dans le concret de ton histoire efforce-toi d'aimer ! En paroles et en actes. Va et sois solidaire de ton frère ! Sois Bon Samaritain !


Abbé Bernard VAN VYNCKT - Doyen de Marche