Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes - Témoignage du mardi 6 février 2018 PDF Imprimer Email
Année 2018

Quand Wenceslas m'a demandé de témoigner pour cette Neuvaine sur le thème « Faites ce qu'Il vous dira », j'ai d'abord refusé. De quoi allais-je témoigner ? Quelle légitimité avais-je ? Puis il a insisté et c'était la période en novembre où nous préparions l'Avent avec l'équipe d'animation de la messe des enfants de St-Bernard. Il se fait que le dimanche qui m'a été attribué était le 3e dont le thème était « Témoigner ». J'allais expliquer aux enfants l'importance pour un chrétien de témoigner de sa foi et moi j'allais refuser ? Alors j'ai accepté.

Puis j'ai réfléchi. En quoi avais-je fait dans ma vie ce qu'Il me disait ? Il y a quelques semaines, lors de son homélie, l'abbé Kieffer nous avait fait faire un petit exercice. Il nous avait demandé de prendre un peu de temps pour réfléchir à ce dont nous rêvions pour notre vie future. Après une petite minute de silence, il nous a dit ; « Ce n'est pas toujours facile de placer Dieu au centre de nos préoccupations » Et je me suis rendu compte qu'effectivement, Dieu n'avait pas été ma première pensée. Quand avais-je fait de lui ma priorité ? Quand l'avais-je écouté, entendu ? Je me suis sentie minable.


J'ai repensé à cette petite fable que j'avais entendue lors d'une messe.

Dans un village, il y avait une très forte crue et tout était inondé, l'eau montait, montait,... Le curé du village s'était réfugié dans son église puis dans son clocher.

A trois reprises, les pompiers viennent en barque puis en hélicoptère pour essayer de l'emmener mais à chaque fois il refuse leur aide

-           Non, je fais confiance à Dieu, je l'ai toujours servi fidèlement et avec amour, il ne me laissera pas tomber.

Mais peu après, le pauvre homme se noie et monte au Paradis où il se retrouve face à Dieu

-          Seigneur, pourquoi n'êtes-vous pas venu à mon aide ? Je vous ai servi fidèlement tout au long de ma vie et, pour une fois que je vous demande de l'aide, vous ne faites rien !

-          Comment ça je n'ai rien fait ? Mais je t'ai envoyé trois fois les pompiers !


Comme dans la première lecture que j'ai choisie, le Livre des Rois où Dieu parle à Elie dans une brise légère, je suis persuadée que Dieu nous parle et nous appelle à travers de petits signes et nous ne pouvons les voir ou les entendre que si nous sommes à l'écoute, avec un cœur de pauvre.

Lorsque j'ai rencontré mon mari, je me demandais si c'était bien l'homme de ma vie. J'étais en train de penser à cela dans ma voiture vers Nancy, ça me tracassait. Comme chaque fois qu'une question me taraude, je demandais au Seigneur, dans une prière intérieure, de me donner un signe. Ne trouvant aucune réponse, j'ai distraitement enfoncé une cassette dans l'autoradio et la phrase que j'ai entendue était « C'est lui mon bien-aimé » Il s'agissait d'une cassette de chants de Sainte Thérèse. J'avais ma réponse. Nous sommes mariés depuis plus de 20 ans.


Lorsque j'ai décidé de faire une spécialisation, j'ai choisi l'orl car j'aimais les enfants, la chirurgie et la musique et donc forcément la voix et l'audition.  A un moment donné, je me suis posé la question de l'utilité de cette spécialité. J'aurais été plus utile dans les pays en voie de développement ou comme médecin généraliste. Ce dimanche-là, l'évangile était celui de Saint-Marc que j'ai choisi pour cette cérémonie. « Effata, ouvre-toi ». Tout était clair, j'étais bien à ma place. Mais j'ai senti que le Seigneur m'appelait à faire mon métier différemment. Ne pas traiter que des gorges ou des oreilles mais un être humain dans son ensemble avec une histoire et une âme. Parfois, prise dans le rythme de la consultation, j'ai envie de presser les gens, de leur laisser moins de temps et ce mot me revient en tête, effata...


Récemment, alors que j'étais dans ma voiture à Stockem, je pensais à mon frère décédé il y a trois ans. J'avais toujours été sûre que lorsque quelqu'un de très proche mourrait, je resterais en contact avec lui par la pensée ou la prière, dans l'espérance de la résurrection. Mais je ne ressens absolument rien. Que du vide et de l'absence. Ce n'est pas facile et parfois le doute s'immisce. Ce jour-là, j'allais bientôt passer devant sa maison, c'était l'anniversaire de son décès et il me manquait terriblement, je l'engueulais en lui reprochant de m'avoir abandonnée et je n'ai pu retenir quelques larmes. Alors j'ai mis la radio, une chanson passait que je ne connaissais pas et les deux premières phrases dont j'ai souvenir étaient ; « J'ai des conversations imaginaires avec des gens qui ne sont pas sur la terre »  et «  C'est pour faire pleurer les gens dans leur voiture » C'était Louane et le refrain disait « Est-ce que tu m'entends, est-ce que tu me vois ? Qu'est-ce que tu dirais toi si t'étais là ? Est-ce que ce sont des signes que tu m'envoies ? Qu'est-ce que tu ferais toi si t'étais là ? » Une coïncidence ? Une présence ? Le hasard ? Einstein a dit : « le hasard c'est Dieu qui se promène incognito ».

En cette neuvaine, j'ose demander à Marie, notre mère, comme n'importe quelle mère qui rappelle à son enfant de faire ses devoirs ou de se brosser les dents, de me rappeler régulièrement d'ouvrir mon cœur et d'être à l'écoute pour mettre son Fils au centre de toutes mes préoccupations. « Effata, fais ce qu'il te dira. »


Monique PERSOONS