Homélie du 15 octobre 2017 PDF Imprimer Email
Homélies 2017

Homélie 28e dimanche ordinaire A

Frères et sœurs, la parabole de ce dimanche, cette nouvelle histoire que nous raconte le Seigneur Jésus, pour nous faire comprendre l'amour du Père, nous pousse avant tout à nous poser la question suivante : Pourquoi, au nom de quoi refusons-nous d'aller à des noces ? Les considérations générales apportent les réponses les plus évidentes.  Nous n'allons pas à des noces si nous sommes invités par des gens que nous estimons trop distants, qui ne font pas partie de nos cercles d'amis, de famille... Nous prenons l'invitation comme une forme de politesse, mais nous ne nous sentons pas obliger de l'honorer. Ils ne nous intéressent pas. Leur bonheur ne nous concerne pas. Mais cette position ne peut pas être prise en considération, parce que, manifestement, ceux qui sont invités par le roi de la parabole s'adonnent à leurs activités journalières : « commerces », « champs », « distractions de ce monde ». Ils ne sortent pas de leur quotidien. Mais quand le roi invite à la noce, n'est-ce pas là un prestige honorifique qui en soi fait que nous fassions l'impossible pour être présents ? Donc, de quelques côtés que nous prenions la question, nous arrivons toujours à la même réponse : les invités méprisent le roi qui les invite à la noce. Comment est-ce possible ? C'est tout à fait impensable de faire un tel affront de refus à un roi qui invite à une si belle fête. Le banquet nous aide à répondre. Au moins cela devrait attirer. Voilà le drame des invités de la première heure. Ils n'ont pas faim et soif, en dépit de l'offre gratuite pour se régaler de l'abondance des «viandes succulentes » et des « vins décantés », telle que décrite par le prophète Isaïe dans la première lecture. Il est clair qu'ils n'ont pas faim et soif du banquet céleste. Et en n'éprouvant pas cette faim et cette soif, ils finissent par mépriser le maître du banquet. La faim et la soif sont importantes. Ce sont elles qui nous font nous lever, nous sortir de nos impasses pour aller vers la maison du Père. Avons-nous vraiment faim et soif de Dieu ? Rappelons-nous le fils prodigue qui était là à garder les cochons en temps de famine. Il eut faim et il se rappela de la maison de son père où il fait bon vivre, où il y a la joie de vivre. C'est quand nous aurons éprouvé cette faim et cette soif, en nous mettant en route vers la maison du Père, que nous pourrons alors prendre conscience de l'importance de ces noces. Nous nous rendrons compte avant tout que ce n'est pas la table dressée qui est au cœur de la fête. Les noces, c'est d'abord un échange de consentement, c'est une histoire d'amour, c'est un engagement à vivre dans la fidélité une alliance. Mais comment pourrais-je garder le silence au jour des noces, au moment de l'échange des consentements ? Car, le Seigneur nous le dit dans l'évangile de saint Jean : « Désormais, je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15, 5). Je vous appelle mes amis. Mon ami, dit le maître de la salle, lorsqu'il s'avance vers son hôte. Ce qu'il reproche à ce dernier, ce n'est pas d'être un misérable, un pouilleux... Il sait bien qu'il a fait appeler aux carrefours, aux croisements de tous les chemins ceux qui trainaient là. Mais à la déclaration d'amitié, l'intrus reste en silence. Il n'est même pas revêtu de l'habit de la fête qui est joie et action de grâce de se trouver dans la salle malgré son indignité. C'est dans l'ouverture d'accueil que la grâce de Dieu agit et convertit notre cœur.

Frères et sœurs, au moment où nous nous approchons de la table eucharistique qui nous rassemble pour recevoir la sainte communion, c'est Dieu lui-même qui s'offre en nourriture pour nous donner part dès aujourd'hui à la vie du Christ ressuscité. Demandons à l'Esprit Saint la grâce de creuser davantage et de réveiller en nous ces deux éléments importants : la faim et soif du bon Dieu qui nous tient au ventre et qui nous pousse à aller vers la maison du Père et le oui de nos cœurs, la réponse à la demande d'amitié : « Oui Seigneur Jésus, je veux être ton ami ». Alors, nous entendrons la déclaration magnifique : « Tout est prêt. Le banquet est prêt. Les convives sont prêts dans leur déclaration d'amitié. Le Fils lui-même est prêt ». Car, en dernier ressort, l'habit de noces dont le Père nous revêt, c'est son Fils lui-même, l'Époux par excellence,  en qui Il nous aime, en qui Il nous reconnaît comme ses amis, en qui Il trouve sa joie. Le Christ est notre faim et notre soif. Sa présence réelle dans l'Eucharistie est notre pain et notre vin. Il est notre habit de fête. Montons sans tarder dans la salle des noces. Pour entrer dans l'Église, Famille de Dieu, il n'y a qu'une seule clé : la clé de l'amour et de l'accueil sans condition.

Jean-Claude Bambele, prêtre d'Arlon.