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Témoignages du vendredi 10 février PDF Imprimer Email
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Témoignage du vendredi 10 février


Rendre grâce pour ce que je vois dans mon service hospitalier

Quand vous entrez dans mon service, vous vous trouvez dans une grande salle lumineuse partagée en deux. Huit patients de chaque côté, se faisant face, sont assis dans des fauteuils et reliés à une machine.

Les uns somnolent, d'autres jouent sur une tablette, conversent sur Facebook, font des mots croisés, lisent, tricotent ou papotent entre eux.

En vous représentant la scène, vous pourriez les imaginer facilement dans une salle de détente, mais ... il n'en est rien car il y a ces mots : « reliés à une machine » .

Si ces personnes sont là, ce n'est pas par choix mais bien parce qu'elles ont un besoin vital de cette machine, elle est en effet leur lien à la vie.

3 séances de 4 h de dialyse par semaine rythment leur quotidien, pour certains avec l'espoir d'une greffe, sinon ces séances se répéteront inlassablement jusqu'à leur dernier souffle.

Ce sont des hommes et des femmes d'horizons différents .Ils ont 20 ans, 40 ans, 60 ans, ou encore 80 ans et même plus.

Au-delà de la photo de groupe, il y a 16 personnes « uniques » avec un parcours de vie différent et des attentes différentes.

Et quand je les regarde, je vois :

certains visages qui laissent transparaître désarroi et révolte, la maladie chronique bouscule l'équilibre personnel (image de soi, regard du conjoint, de la famille), équilibre familial par ses contraintes ( devoir programmer la moindre chose en fonction des horaires de séances de dialyse par exemple), l'équilibre professionnel (quand la personne peut garder son statut de travailleur ou encore quand la fatigue ne l'éloigne pas du monde du travail) l'équilibre social (comment faire la fête, aller au resto quand le régime alimentaire est très strict), et que dire du sentiment de désillusion quand la greffe tarde à venir.

Il y a aussi le visage serein de celui qui accueille avec reconnaissance et philosophie ce traitement lui permettant de prolonger son chemin de vie.

Des visages où se lit l'appréhension face à des actes infirmiers qui ne sont pas toujours sans douleur.

Visage fermé, regard fuyant, reflet d'un isolement social profond d'une personne fragilisée en attente d'attention et d'empathie.

Visage ouvert d'une personne à l'écoute d'un autre patient qui lui permet d'exprimer mal-être et difficultés de tout genre et qui trouve les mots pour redonner courage et énergie.

Visage reconnaissant de celui qui se sent accompagné jusqu'au bout et dont le regard en dit long sur ce qui a été vécu avec l'équipe soignante au fil des années.

Visages souriants de ceux qui pratiquent l'humour qui change les idées, rend les séances moins pénibles, redonne de l'énergie et qui accueillent avec gentillesse le soignant pour les actes à poser.

Je revois le visage souffrant d'une jeune dame si attachante, dont la mort a particulièrement bousculé et marqué fortement patients et équipe soignante. Et par delà cette souffrance, un visage souriant, une bonne humeur en permanence, de l'intérêt pour chacun, jamais une plainte par rapport à un parcours de vie qui ne l'a pas ménagée avec des années de dialyse, une greffe, un rejet quelques années plus tard, un retour en dialyse et enfin des problèmes de santé qui se rajoutent et prennent le dessus malgré sa combativité extraordinaire et son désir de vivre pour les siens. Alors oui visage souffrant mais combien lumineux !

Visage douloureux de celui qui exprime sa tristesse ou se tait car la mort d'un patient le renvoie à sa propre mort.

Mais il y a aussi le visage heureux du patient qui a été greffé, qui revient dans notre service pour des contrôles réguliers et nous fait part du bonheur de cette nouvelle vie qui s'offre à lui.

Sans oublier le visage de ces bénévoles de la croix rouge qui véhiculent nos patients de leur domicile au centre de dialyse. Un service qu'ils rendent avec une belle énergie et beaucoup d'humanité.

Voilà quelques « visages » qui « remplissent » notre quotidien, dans ce service particulier qui nous amène à cheminer ensemble soignants et patients pendant de longues années.

Alors oui, rendre grâce pour ce que je vois et pour ce que je reçois.

Je pense aux paroles et aux moments partagés, aux liens créés, à la confiance reçue, aux difficultés rencontrées qui permettent de se remettre en question, aux leçons de vie qui me sont données.

Tout cela nous porte et nous grandit.

Claudette Jacmin