THE GREGORIAN VOICES

Les maîtres du chant grégorien le LUNDI 4 JUIN à 20h30 à l'église Saint-Martin.
Le chant grégorien rencontre la musique pop. Huit chanteurs bulgares aux voix impressionnantes vous présentent le monde des chants grégoriens. Vêtus de frocs traditionnels, ils créent une atmosphère mystique. Vous vivez un concert varié avec un mélange de chants grégoriens, de musique ecclésiastique orthodoxe et de chants de l’époque de la Renaissance et du Baroque. Complété par des chansons classiques de la musique pop, ce concert est un plaisir auditif fabuleux et incomparable !
Entrée 20 EUR (17 EUR). Prévente au Park Music et Office du Tourisme.

Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes - mercredi 8 février 2012 PDF Imprimer Email
Année 2012

"Mystères douloureux : les dernières paroles de Jésus à l'heure de sa mort"

Nous voici en face du Christ en croix, au comble de sa souffrance. Et devant quelqu'un qui souffre, il est souvent préférable de garder le silence, nos paroles étant si maladroites.

Pour ne pas commettre d'impairs, j'avoue que j'ai été tenté ce soir, d'autant plus qu'il fait un froid sibérien, de terminer ici l'homélie et de proposer simplement quelques minutes de silence pour  contempler Christ en croix.

Mais une expérience, vécue il y a bientôt 15 ans, m'a fait renoncer au projet de me taire maintenant.

En effet, j'ai eu la grâce d'accompagner, en fin de vie, un de nos frères, âgé de 88 ans. En lui tenant la main, j'ai reçu délicatement ses dernières paroles qui m'habitent encore aujourd'hui. Les dernières paroles d'un être humain sont tellement profondes que nous allons réécouter les dernières paroles du Christ en croix. Si nous avons le temps à la maison, relisons la vie de Bernadette et nous verrons que ces paroles furent profondément ancrées dans sa vie.

Ces paroles, des paroles d'amour, sont au nombre de sept, le chiffre de la perfection dans la Bible.

Vous devinez que je ne pourrai que les effleurer mais nous tâcherons de ne rien perdre de leur parfum.

1. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)

La première parole, adressée au Père concerne le pardon.

Avec le pardon, nous regardons en face ce que nous avons fait : nos échecs, nos fautes, nos manques d'amour. Non pas pour nous déprimer mais avec le pardon, ce qui semble stérile porte du fruit.

Dans beaucoup d'églises, la croix est ornée de fleurs comme pour nous dire : le pardon fait revivre ce qui est mort, il rend beau ce qui est laid. Et si nous éprouvons des difficultés à offrir notre pardon, à cause d'une blessure trop profonde, comme Jésus, demandons au Père de le faire, non pas à notre place, mais nous avec lui.

On raconte qu'un artiste japonais peignit un jour sur un vase, une magnifique image de la montagne sacrée. Quelqu'un fit tomber le vase... Cet artiste en recolla les morceaux. Mais pour marquer ce qui était arrivé au vase, cette blessure dans son histoire, il délimita chaque morceau avec un fil d'or. Le vase était, paraît-il, encore plus beau qu'avant !

2. « Aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis. » (Luc 23, 43)

Comme c'est étonnant ! Jésus promet le paradis avant même d'avoir été ressuscité d'entre les morts comme pour nous dire que Dieu vit l'éternité dans l'instant présent.

Cette éternité pénètre nos vies, à chaque maintenant, lorsque nous accueillons le don gratuit qui nous est fait. Et le mot français « présent » est aussi synonyme de cadeau.

Accueillir ! Le paradis ne se gagne pas à la force de nos poignets, de nos mérites. Il nous faut juste ouvrir les mains, ouvrir le coeur et accueillir, entendre à nouveau cette parole qui nous est adressée personnellement : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimé(e), en toi j'ais mis toute ma joie. ».

Pas une joie béate mais une joie profonde qui peut même habiter nos peines et nos souffrances.

On disait de saint Dominique « qu'il riait le jour avec ses frères et que durant la nuit il pleurait avec Dieu sur les souffrances du monde. »

Un peu comme si la peine, la cicatrice ouverte, ouvrait en nous un espace pour permettre à la joie de Dieu de s'y engouffrer.

3. « Femme, voici ton fils. » Il dit à Jean : « Voici ta mère » (Jean 19, 26-27)

En donnant sa mère à Jean, c'est-à-dire à chacun de nous, Jésus ouvre sur l'universel.

Désormais nous pouvons nous considérer de la même famille, tous frères et soeurs en Lui.

On raconte qu'il est arrivé plusieurs fois à Dom Helder Camara, Archevêque de Récife au Brésil, de téléphoner à la police : « J'apprends que vous avez arrêté injustement mon frère. » Et la police, qui avait néanmoins une grande estime pour lui, de répondre : « Votre Excellence, nous sommes confus, nous ignorions que c'était votre frère. Veuillez nous excuser, venez le chercher, s'il vous plaît. »  Quand l'Archevêque se présentait au commissariat, on lui disait parfois : « Mais, votre Excellence, il n'a pas le même nom que vous. » Il répondait alors que les pauvres étaient tous ses frères et sœurs.

4. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34)

Ces mots terribles du psalmiste que nous venons d'entendre ont été écrits plusieurs siècles auparavant par quelqu'un qui a connu l'angoisse. Jésus va se les approprier et vivre cette même expérience. Ici, nous touchons du doigt la désolation la plus profonde, un cri de solitude, un trou noir, comme l'absence de quelqu'un qu'on aime. Probablement la plus grande souffrance vécue par le Christ   sur cette terre.

Il peut arriver que notre existence ou celle de personnes que nous accompagnons, traverse des moments de désespoir, d'absurdité où Dieu semble absent. Alors c'est la dérive, la perte de sens qui nous fait crier : « Pourquoi ?». Et notre cri nous revient en écho, plus terrifiant encore.

Anne-Dauphine Julliand, journaliste, a perdu sa petite Thaïs âgée de trois et demi. Avec son époux, il lui reste trois autres enfants dont la petite Azylis, atteinte elle aussi de leucodystrophie. Elle témoigne :   « Une épreuve, même majeure, même aussi dramatique que la nôtre, ne résume pas toute une vie. C'est juste une étape dans la vie. Nous aurions pu rester confinés dans le malheur, et nous avons réussi à en faire quelque chose de positif. Nous avons voulu regarder notre malheur avec douceur. Oui on peut envelopper le malheur de douceur. » (« Panorama », novembre 2011, p.16)

Et nous, que faire pour rester debout malgré tout ? sinon nous accrocher à la présence aimante de celles et ceux qui nous entourent, nous accrocher à Jésus au sommet de son angoisse...  car quand nous souffrons, c'est lui qui souffre en nous mais nous porte à bouts de bras.

5. Sachant que désormais tout était achevé... Jésus dit : « J'ai soif » (Jean 19, 28)

Nous nous rappelons que déjà, assis sur la margelle du puits, Jésus avait dit à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ». Dieu vient à nous comme un mendiant. Ce qu'il attend, c'est notre amour. Nous aussi nous avons soif. Pas seulement d'un verre d'eau fraîche ou d'un Orval tempéré ! Sans trop le savoir, nous avons soif de Lui et la prière se situe comme un lieu de prédilection pour répondre à cet amour qui nous brûle. Mais avouons-le notre désir est si petit !

Il avait soif de Dieu. Alors il est venu maintes fois trouver l'ermite, au sein de sa petite cabane de montagne, pour qu'il lui apprenne à prier. Finalement, l'ermite est descendu avec le jeune homme jusqu'à la rivière. Il lui a plongé la tête dans l'eau, longuement. Presqu'étouffé, le jeune homme s'est écrié : « Mais vous êtes fou, j'ai failli mourir étouffé ! ». Et le saint moine de répondre :          « Quand ton désir de prier sera aussi fort que ton désir d'avoir de l'air quand tu restes trop longtemps dans l'eau de la rivière, alors seulement, tu commenceras à prier ». Tout est là, dans un désir fou qui nous fait dire avec le psalmiste : « Dieu, c'est toi mon Dieu, mon âme a soif de toi. » (Psaume 62).   Ce soir, posons-nous la question : quelle est l'intensité de mon désir de Dieu ?

6. Jésus dit : « Tout est achevé. » (Jean 19, 30)

Cela ne signifie pas : « Voilà c'est fini je vais mourir ». Non. Cela signifie : « C'est parfait !, tout est accompli dans l'amour. »

Amour qu'il a vécu tout au long de sa courte vie et qui s'accomplit, qui trouve son apogée, en ce moment-même.

Cette parole nous secoue, nous provoque à aimer, à aimer encore et encore ! Comme disait le poète Julos Beaucarne, après le meurtre de son épouse : « Aimer à tort et à travers. »

Aimer le plus intensément possible, le plus souvent possible et pouvoir dire à la fin de notre vie : « Voilà, tout est accompli », j'ai fait ce qui m'était demandé.

Car là où est l'amour, là est Dieu. Saint Augustin a écrit : « Vous avez commencé à aimer ? Alors Dieu a commencé à résider en vous. »

7. « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Luc 23, 46)

Maintenant que tout est accompli, Jésus rend tout à son Père, dans la confiance !

Et il nous prend toutes et tous avec lui dans cet abandon et ce don ultime.

Tout ce qui nous fait peur : peur pour nos enfants et petits-enfants, peur de ne pas être aimé, peur de la maladie, de l'avenir incertain, peur de la mort... tout cela, Jésus l'a vécu dans sa totalité le vendredi saint à la 9e heure.

Et depuis cette heure, le vieux monde s'en est allé, le monde nouveau a commencé.

Depuis cette heure, le pire est définitivement derrière nous puisque à chaque instant, nous savons que le Christ nous confie à l'amour du Père.

Le 7ème jour de la création, il nous est dit que Dieu se reposa.

Les rabbins de l'époque se sont étonnés que Dieu ait cessé de travailler ce jour-là.

Ils en ont conclu qu'il avait fait le repos, la sérénité, la paix.

A présent, nous pouvons nous aussi, en toute confiance, nous reposer... en Dieu afin que Dieu puisse se reposer en nous.

Concluons :

Jésus vient de prononcer sa dernière parole. A présent, règne le silence.

Il nous faut attendre maintenant que la résurrection brise le silence du tombeau.

Attendre ! Avouons-le, ‘ce n'est pas évident' pour nous, qui sommes dans la mentalité du tout de suite grâce aux gsm, gps, iphone, ipod... et j'en passe."

Attendre le temps qu'il faudra, dans le silence du samedi saint en contemplant le Christ en croix, en nous laissant contempler par Lui.

Sept paroles comme les sept couleurs de l'arc-en-ciel qui annoncent le retour du soleil.

C'est dans cette disponibilité silencieuse, en luttant contre nos impatiences, que Jésus-Parole pourra s'infiltrer, féconder nos propres paroles.

Quant à nous, il nous faudra attendre... jusqu'à demain pour entendre dans l'homélie du soir des paroles de vie et de résurrection.

Cette homélie a été quelque peu inspirée par : « Les sept dernières paroles du Christ » Timothy Radcliffe.

Editions du Cerf, Paris, 2004

Frère Albert ANDRE - mariste, chargé de la pastorale scolaire à l'ISMA