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Homélie du dimanche 26 décembre 2010 - Fête de la Sainte Famille PDF Imprimer Email
Année 2010

1ère lecture : du livre de Ben Sirac le Sage  (3,2-6.12-14)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens (3,12-21)
Evangile : selon saint Matthieu (2,13-15.19-23)

Bien chers amis,

Nous venons de fêter "Noël blanc", mais aussi dans la joie de nous retrouver en famille, de célébrer l'Emmanuel, Dieu toujours avec nous. Il est venu dans notre monde partager notre humanité et ainsi nous faire participer à sa divinité. Au lendemain de Noël, notre regard se tourne vers la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Cette fête a été instaurée vers les années 1920 pour faire face au grand défi, celui de la pastorale des familles. L'abbé Pietro Castronovo disait que malheureusement aujourd'hui encore il y a des couples, des frères et sœurs qui ne peuvent plus vivre Noël ensemble (cfr homélie de Noël). Aujourd'hui, nous contemplons la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph ; mais la fête de la Sainte Famille c'est aussi la nôtre car nous en faisons tous partie. En plus, le Christ nous a révélé qu'il fait partie d'une autre « grande » famille, celle de Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Sa mission a été de ramener tous les hommes vers le Père.

Permettez-moi, bien chers frères et sœurs, d'insister sur la signification même des trois noms, à savoir « Marie », « Joseph » et « Jésus ». Dans l'Egyptien ancien, « Myriam », qui a donné Maria en Grec et Marie en Français, signifie « la Bien-aimée ». Oui, tout être humain, toute femme ou tout homme a besoin d'aimer et d'être aimé, dans sa famille ou en communauté, au lieu de travail ou à l'école,... Par ailleurs, on sait que la carence de cet élément essentiel que l'affectivité se fait sentir, chez l'enfant plus particulièrement. Mais ce besoin est aussi important chez les moins jeunes, notamment les personnes âgées (Si 3,2-14). Oui, la famille est « promesse du bonheur », ce besoin tellement incontournable  pour toute l'humanité.

Le nom de Joseph, de l'hébreu « Yossef » signifie « Dieu ajoute ». Ainsi le secours ou l'aide de Dieu ne supprime pas un effort personnel de notre part. Dieu compte sur notre collaboration, comme il a compté sur la collaboration de Joseph et Marie. Le rappel de Joseph dans l'évangile de Mathieu nous invite donc à notre responsabilité, à la sauvegarde de la famille, car protéger la famille c'est sauver la vie humaine, c'est s'engager pour la qualité de la vie, c'est sauver toute l'humanité. Nous savons, par ailleurs, que le nom de Jésus signifie: « Dieu sauve ». Nous voici donc devant le défi de tous les temps, de tous les responsables et, pour l'église, « une urgence de la pastorale des familles » (Philippe Weber). La famille ou église domestique est la cellule de base et essentielle de toute l'humanité. En effet, la famille permet de découvrir que chacun ou chacune a sa place dans le monde, dans la société, dans l'histoire. Mathieu insiste sur cet aspect dans la généalogie de Jésus.

Pour les psycho-thérapeutes, le rôle de la famille est irremplaçable en tout cas dans la « résilience scolaire », selon l'étude menée par Boris Cyrulnik, Dr honoris causa de l'UCL, éthologue, psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain français. La famille est ce lieu où se développent les premiers gestes, les premières paroles de l'enfant, les vertus, la qualité de la vie... Le foyer est ainsi la première école de vie chrétienne (GS 52, § 1). La première et la deuxième lecture y insistent : le pardon mutuel, la tendresse, la bonté, le service en toute humilité, la douceur, la patience, vivre dans l'action de grâce, honorer les parents, ... « Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c'est cela qui est beau (...). Et vous les hommes, aimez votre femme » (Col 3, 20-21).

Comme le dit Benoît XVI, le foyer formé par Jésus, Marie et Joseph, a toujours été un modèle des couples, aujourd'hui encore la sainte famille est considérée, à juste titre, comme « une école d'amour, de prière et de travail ». Dans l'évangile de ce dimanche, nous voyons une famille unie et solidaire, à Bethléem, autour de l'enfant qu'il faut protéger à tout prix. Mais en même temps, en cette nuit-là, le roi Hérode ne dort pas. Il ne veut pas de rival. Il a peur de ce nouveau-né qu'on vient de lui annoncer et il cherche à le faire périr. Après le départ des mages dont l'histoire est bien connue, Joseph se leva et, pendant la nuit, il prit l'enfant et sa mère, se retira en Egypte jusqu'à la mort d'Hérode (Mt 2,14-15). L'Egypte, pays d'asile, comme au temps de Moïse (Ex 4,19-20).

La folie meurtrière n'est pas du seul fait d'Hérode. Nous la retrouvons tout au long des siècles et dans divers pays du monde. Malheureusement les familles sont les premières victimes de la convoitise et des affrontements politiques. Le constat de Madame Vénantie Bisimwa Nabintu crève les yeux, dans ses rapports du Réseau des Femmes pour La Défense des Droits et la Paix, plus particulièrement en RDC. Comme Marie et Joseph, beaucoup d'hommes et de femmes doivent fuir à l'étranger s'ils veulent protéger leur vie et celle de leurs enfants. Et dans le pays qui les accueille, ils deviennent des exclus, des « sans papier », des éternels réfugiés. Mais à travers eux, c'est aussi le Christ qui est là, lui qui a connu l'exil, dès sa naissance. Il a toujours été du côté des petits, des pauvres et des exclus. Il n'a jamais fait recours à la cravache, mais plutôt à la tendresse et le  rayonnement de son cœur. Tout au long de son ministère, c'est ainsi que le Christ agira dans la simplicité. Il choisira des hommes encore plus pauvres et plus fragiles. C'est à eux qu'il confiera l'annonce de la Bonne Nouvelle. Et aujourd'hui encore, il confie à des hommes et des femmes fragiles ces « trésors » que sont les enfants. Alors comment ne pas penser à tous ceux dont la vie est menacée, ceux qui sont victimes des guerres et de la famine, ceux qui sont forcés à la prostitution et à l'enrôlement dans l'armée, ceux qui sont victimes des violences et de l'exploitation, ceux qui sont menacés par le manque de soins, la maltraitance, le manque d'amour et d'affection ? En nous révélant la grandeur et la fragilité de l'enfant Jésus, Noël nous invite à nous soucier de chaque enfant. Nous sommes appelés à tout faire pour que chacun puisse grandir dans la dignité, sans danger et s'épanouir dans la joie. C'est faisant expérience de l'amour de ses parents qu'il découvrira l'amour même de Dieu.

Bien chers amis,

Confions nos familles à la Sainte Famille de Nazareth. A travers toutes ces familles et ces enfants qui subissent toutes sortes d'épreuves douloureuses, c'est le Christ qui attend notre amour. Chaque enfant, « même adulte », a besoin et a droit à une famille où il se sent heureux - et c'est le professeur de la théologie morale qui le dit (Henri Wattiaux). Tout enfant a droit à l'amour et au soutien de sa mère et de son père car il est, de facto, « le trésor » et le fruit de l'amour de ses deux parents.

Abbé Joseph Sagahutu