Découvrez les photos de la veillée pascale à Saint-Martin le samedi 7 avril 2012 : la bénédiction du feu, le baptême et la confirmation des catéchumènes, ... et la bénédiction des cierges des paroisses voisines.
Homélie de la veillée de Noël 2010 PDF Imprimer Email
Année 2010

1ère lecture : du livre d'Isaïe (9,1-6)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite (2,11-14)
Evangile : selon saint Luc (2,1-14)

J'ai reçu il y a quelques jours dans ma boite mail ce conte de Noël. Surement certains d'entre vous le connaissent-ils déjà, mais je voudrais quand même vous le partager :

« Deux jours avant Noël, un soldat est sur le chemin du retour. Arrivé à San Francisco, il téléphone à ses parents. "Papa, maman, me voici de retour. Mais j'ai une faveur à vous demander. Je ramène un ami avec moi et j'aimerais bien qu'il vive avec nous...". "Pas de problème fiston ! Nous avons hâte de faire sa connaissance!". "Mais je dois vous dire que c'est un blessé de guerre ; il a marché sur une mine et a perdu un bras et une jambe. Il est très désemparé et je voudrais qu'il vienne vivre avec moi". "C'est une bien triste histoire fiston, nous pourrons sans doute trouver un endroit où il pourra demeurer après les fêtes". "Non, maman, papa, je veux lui dire qu'il peut venir vivre avec nous ! Ce serait sans doute son plus beau cadeau de Noël". "Tu ne sais pas ce que tu demandes, fiston ! Une personne si handicapée physiquement va devenir un poids trop lourd pour nous. Nous avons nos propres vies à vivre et nous ne pouvons pas permettre que quelqu'un vienne tout perturber ! Je pense que tu devrais t'en venir à la maison et oublier cette personne. Il trouvera certainement un moyen de s'en tirer... ". Mais il n'a pu achever, son fils avait déjà raccroché. Et les parents n'entendirent plus parler de lui... Quelques jours plus tard, ils reçurent un appel de la police de San Francisco. Leur fils était mort en tombant d'un édifice, c'est du moins ce qu'on leur disait officiellement, car au fond, la police croyait à un suicide. Les parents prirent le premier vol pour San Francisco et se rendirent à la morgue pour identifier leur fils. Oui... c'était bien leur fils ! Mais ils découvrirent en même temps, avec horreur, qu'il n'avait qu'un bras et une jambe ».

Permettez-moi, en cette nuit de Noël, de m'adresser tout particulièrement à ceux, parmi nous, qui n'ont plus qu'un ‘‘bras'' et qu'une ‘‘jambe'' ; tous ceux qui ont étés amputés d'une partie importante de leur vie.

Je pense à tous ceux, par exemple, à qui on a volé leur enfance, en leur demandant de porter des choses trop lourdes pour leur âge. Ceux à qui on a volé leur confiance, leur innocence. Tous ceux à qui on a retiré, arraché, un rêve qu'ils portaient au plus profond d'eux-mêmes, et qui était quelque part leur âme, leur souffle vitale, la force qu'ils avaient pour avancer dans la vie.

Ou encore, face à cette crèche, devant ce couple uni autour de leur enfant, comment ne pas penser tout particulièrement à ceux d'entre nous qui ont connu, cette dernière année ou depuis plus longtemps, l'épreuve de la séparation, du divorce, et qui la vivent comme une déchirure encore difficile à surmonter. Mais aussi, comment ne pas penser à tous ces jeunes et moins jeunes qui se retrouvent seuls dans la vie et qui subissent leur célibat, sans trop bien en comprendre le sens. Ou encore, comment ne pas avoir une pensée toute particulière pour ces veuves et ces veufs qui ont été amputés de leur conjoint, après toute une vie vécue côte à côte, et qui en éprouvent un vide infini.

Ce soir, c'est à tous ces handicapés de la vie que je voudrais m'adresser ; tous ces ‘‘blessés de guerre'', qui en portent sur eux les traces, les cicatrices, les ...prothèses, parfois !

Et bien, à vous qui vous sentez plus directement concernés et qui n'avez peut-être pas trop le cœur à faire la fête, qui êtes tentés de vous mettre un peu en marge de cette magie de Noël, de vous en exclure, j'ai envie de vous dire que, ce soir, vous avez une place toute privilégiée près de cette crèche. Du fond de cette mangeoire, c'est Dieu lui-même, ce Dieu au visage d'enfant, qui vous tend ses mains, pour vous dire qu'il n'est pas insensible à votre solitude, à votre souffrance ; il n'est pas insensible à votre cri, à votre hurlement intérieur. Il le porte au plus profond de lui-même, comme une déchirure toujours ouverte. Votre tristesse, c'est sa tristesse intime à lui.

Voilà pourquoi quand saint Luc nous dit que : « Marie mit au monde son fils premier-né, elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc. 2,7) il veut nous dire par là que si Dieu a choisi de naitre comme un exclu au fond d'une mangeoire, et de mourir en haut d'une croix, c'est pour être lui-même la réponse à tous ceux qui ne trouvent pas, ou qui ne trouvent plus, leur place dans la vie. Il veut être la réponse pour tous ceux qui aujourd'hui se sentent de trop, comme dans le cas de ce jeune soldat du conte !

Alors pas question de se renfermer sur soi-même ou de se laisser mourir ! N'attendons pas plus longtemps. Saisissons la main que Dieu nous tend et greffons notre cœur mutilé, notre cœur encore saignant, sur son cœur transpercé. Ces bras et ce cœur ouvert nous attendent, nous, les inachevés. Oui, moi aussi je suis inachevé, inachevé comme homme, inachevé comme prêtre, si je ne greffe pas mon cœur célibataire dans son cœur ouvert. Il est la seule réponse possible et vraie à ma solitude.

Alors ce soir, que nous portions sur nous, peu ou beaucoup de cicatrices, que nous soyons seul ou entourés, que nous ayons trouvé notre place ou que nous soyons toujours en train de la chercher, Dieu du fond de cette mangeoire nous fait signe ; il nous dit : « Ne te contente pas. Cherche-moi, saisis-moi. C'est alors que tu ne seras plus jamais seul, même pas dans les moments les plus difficiles, lorsque tu te retrouveras au fond de ta mangeoire ou en haut de ta croix. Courage, saisis ma main, je suis la seule et vraie mesure à ta solitude. Laisse-moi faire de toi cet homme, cette femme accomplie, que j'ai rêvé pour toi depuis toute éternité ! ».

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin