Joyeux Noël et heureuse année année 2012 !

L'église Saint-Martin fait partie du programme Eglises Ouvertes

Qui est en ligne

Nous avons 88 invités en ligne

Merci de vous inscrire sans plus tarder,
si vous souhaitez participer à la journée avec l'abbé Stricher

sur la lecture de l'évangile de Saint-Marc

le MARDI 14 FÉVRIER de 9h15 à 15h30 à ARLON Clairefontaine

chez les Prêtres du Sacré-Cœur, 81 rue du Cloître.

Lire la suite...
Homélie du dimanche 22 août 2010 PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre d'Isaïe (66,18-21)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (12,5-7.11-13)
Evangile : selon saint Luc (13,22-30)

Permettez-moi de revenir un instant sur la deuxième lecture, tirée de la Lettre aux Hébreux. A un moment donné il est question de correction. Il est écrit : « Le Seigneur corrige tous ceux qu'il reconnaît comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon ». He.12,6

Mais qui n'a jamais confondu ‘‘correction'' avec ‘‘punition'' ?!

Le problème est que la punition s'en prend souvent à toute la personne, tandis que la correction respecte vraiment la personne dans ce qu'elle a encore de beau, de vrai, de juste en elle, ne cherchant à corriger que sa dimension défaillante. D'une certaine manière, on pourrait dire que la punition humilie, rabaisse et pénalise, en réduisant la personne à son erreur, à sa fragilité, à sa faiblesse, là oû la correction vient surtout pour relever et guérir.

Je vous propose un exemple.

Si j'aide mon fils ado, surpris à voler un CD dans un magasin de musique, à assumer ses responsabilités en commençant par s'excuser auprès du vendeur et en s'engageant ensuite à travailler pour arriver à lui payer le CD, là je suis en train de le corriger. Si par contre je paie moi-même le CD et qu'ensuite je l'enferme un mois dans sa chambre en lui interdisant l'ordinateur et toute sortie avec ses amis, là je trouve que je suis plutôt en train de simplement le punir.

En effet, qui dit que le mois écoulé, sorti de sa chambre, il ne recommencera pas ?! Est-ce que je lui ai vraiment donné tous les moyens pour ne pas recommencer, ou est-ce que, je me suis plutôt juste contenté qu'il ait eu assez mal pour ne plus envisager de recommencer ?!

D'ailleurs, je m'aperçois de plus en plus, dans mon ministère auprès des détenus, que l'Etat ne fait pas mieux. Il faut reconnaître que la prison est là plus pour punir et humilier, que pour permettre à toutes ces personnes de faire un vrai travail sur elles-mêmes, en se pardonnant, en se reconstruisant, en réparant le mal commis, et qui sait... pourquoi pas en envisageant même une possible réinsertion dans la communauté ?! Au fond, est-ce que ce ne devrait pas être son véritable but ?!

Et si dans la punition, contrairement à la correction, il y avait plus d'amour propre que d'amour pour la personne en échec ?!

Voilà pourquoi, tant que nous ne serons pas suffisament au clair avec nous-mêmes sur la distinction entre ce qui est de l'ordre de la punition et ce qui relève plutôt de la correction, nous risquerons d'être souvent la proie facile de personnes sans scrupules, qui, au nom soi-disant de l'amour, n'hésiteront pas un seul instant à nous manquer de respect et à nous blesser dans notre dignité et dans notre intégrité. Et cela aussi bien dans le milieu du travail qu'au sein même de notre propre famille ou de notre couple.

Mais comment nous en protéger, alors ?

Peut-être, en commençant par envisager l'idée que dans notre vie il y ait pu avoir des personnes, sensées nous aimer -en principe (!)-, qui nous ont plutôt puni en nous humiliant au lieu de nous corriger par amour ! Par là, elles nous ont perturbé dans notre ressenti de la réalité, parce que du coup, nous avons intégré comme étant aimantes, des attitudes qu'au départ nous ressentions autrement que bienveillantes.

Mais tant que nous continuerons à idéaliser ces personnes, tant que nous continuerons à croire aux contes de fées, avec le roi juste et impartial, le prince charmant et les gentils petits nains, tant que nous continuerons à attendre sagement le ‘‘happy end'' à l'américaine, alors nous continuerons encore longtemps à interpréter naïvement comme de l'amour des actes, des paroles ou des attitudes blessantes à notre égard.

Soyons très vigilants parce que, sans nous en apercevoir, nous pouvons ressortir de ces rencontres avec une vision de la réalité extrêmement faussée. Un peu comme dans le cas de tous ces gamins qui ont subi des attouchement et qu'on n'a pas défendu ou qu'on n'a pas reconnu dans leur blessure, par soucis de tranquillité ou par lâcheté ; à un moment donné, ils en arrivent même à croire que ce doit être de leur faute si ils ont étés abusées ! Comment pourraient-ils imaginer, en effet, qu'un adulte sensé vouloir les aimer, pouvoir les protéger ou savoir les soigner ai pu leur faire du mal ?! Surtout si d'autres adultes, autour d'eux, confirment de fait que le problème doit être chez eux !

D'autre part, si nous continuons à confondre correction et punition, nous risquons aussi, dans une autre sorte de dérive, de nous renfermer sur nous-mêmes, en nous mettant sur la défensive et en refusant d'office toute correction possible. Même celles qui seraient constructives et bienveillantes à notre égard.

Et pourquoi ? Peut-être parce que si nous avons l'habitude de nous sentir punis là où nous sommes seulement corrigés, alors nous croirons que la personne qui nous corrige, le fait car elle ne nous aime pas ou qu'elle ne nous aime plus. C'est un peu le principe du chien battu qui apprend à mordre toute main qui s'approche de lui.

Gardons à l'esprit alors, que si la punition veut souvent être une preuve de force, la correction est toujours une preuve d'amour. Que cela puisse être un critère de discernement pour vérifier si nous sommes toujours dans la correction ou si nous avons basculé dans la punition.

Mais peut-être qu'on a l'impression de maîtriser très bien la différence entre punition et correction. Peut-être qu'on n'a pas non plus l'impression de devoir être corrigé sur l'un ou l'autre aspect. En tous cas, pas plus que d'autres. Au fond, nous n'avons rien fait de mal. Rien de vraiment grave... !

Et si ne rien faire de mal était déjà... mal ?! C'est-à-dire que ne rien faire de mal en effet, c'est encore très loin du fait de faire le bien. On peut ne rien faire de mal sans pour autant faire du bien. Voilà pourquoi dans l'évangile de Luc, ce matin le Seigneur nous interpelle avec des paroles très dures. Il nous dit : « Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal » (Lc. 13,27), c'est-à-dire vous tous qui ne faites pas le bien.

Alors, arrêtons une bonne fois pour toutes de concentrer tous nos efforts sur le mal à éviter, avec comme premier soucis au cœur au fond de ne devoir rien nous reprocher ou bien de ne devoir rien à personne. Ce qui compte vraiment, ce n'est pas le mal à éviter, mais plutôt le bien à faire, l'amour à communiquer autour de nous.

Je vous ai déjà partagé une fois, je crois, ma représentation du Jugement final. Et bien, je nous imagine là, face à face avec Dieu, et entourés par les personnes qui ont partagé avec nous une partie de notre vie, un bout du chemin. Mais il n'y aura aucun gros livre poussiéreux et impersonnel à ouvrir, contrairement à ce qu'on pense ; aucune confession publique de nos péchés. Le Seigneur ne dira rien, mais il donnera la parole aux personnes qui nous entourent et il leur demandera non pas ce qu'on leur aura fait de mal, mais ce qu'on leur aura fait de bien. Il ne leur posera qu'une seule question, à chacun, à savoir s'ils se sont senti aimés par nous, au cours de leur vie.

Et comprenons que l'enfer, qu'on devrait redouter tous, n'est pas d'abord un endroit, mais plutôt cette prise de conscience de qui se rend compte, soudain, qu'il a fait tant de choses dans sa vie, mais qu'il est passé longtemps à côté de l'essentiel, à côté de l'amour. C'est l'expérience de celui qui réalise qu'il a vécu la majorité de sa vie déjà en enfer, c'est-à-dire ‘‘enfer-mé'' sur lui-même.

Laissons alors que le Seigneur nous éveille à l'amour, même s'il nous faudra passer, que nous le voulions ou pas, par des épreuves, par des corrections. Rappelons-nous : « Le Seigneur corrige tous ceux qu'il reconnaît comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon », ...une leçon pour réapprendre l'amour, pour inverser peut-être toute une série de fausses priorités, auxquelles nous avons laissé trop longtemps diriger notre vie ; inverser toute une série de fausses obligations, que trop souvent nous nous étions auto-imposés nous-mêmes.

Peut-être est-il temps de commencer à effacer de notre agenda toute une série de rendez-vous formels et impersonnels pour recommencer à y noter en urgence les personnes qui comptent vraiment pour nous, et qui constituent notre véritable ciel. Recommençons à faire de la place à ces personnes qui seules ont le pouvoir de nous arracher à tant de nos enfers.

Si nous arrivons à réaliser cela, alors « Oui, il y aura des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers » Lc.13,30

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin