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Homélie du dimanche 8 août 2010 PDF Imprimer Email

1ère lecture : de la lettre aux Hébreux (11,1-2.8-19)
Evangile : selon saint Luc (12,32-48)

« Sois sans crainte, petit troupeau ! » C'est en ces termes que Jésus s'adresse à son Eglise. Il est vrai qu'à certaines époques de son histoire - il y a un siècle notamment - l'Eglise ressemblait plus à un peuple immense et puissant qu'à un petit troupeau fragile ! Mais cette image du petit troupeau colle bien avec la situation de l'Eglise de notre temps ! Oui, notre Eglise redevient le petit troupeau des origines, perdu (et parfois malmené) dans la diversité d'un monde aux multiples couleurs philosophiques et religieuses, davantage préoccupé de jouissance immédiate que de salut éternel ! Malheur à pleurer ou chance à saisir ? En tout cas, cette situation nous invite à nous replonger dans les origines et les fondements de notre histoire et de notre foi.

« Grâce à la foi »... grâce à la foi, répète une vingtaine de fois l'auteur de la lettre aux Hébreux dans une litanie qui fait défiler devant nous les « miracles » accomplis par la foi d'une multitude de témoins de Dieu dont Abraham est le premier et le plus illustre. Comme eux, conclut l'apôtre, « rejetons tout ce qui nous alourdit et le péché qui nous entrave si facilement. Engageons-nous avec détermination dans l'épreuve qui nous est proposée. Gardons les yeux sur Jésus qui est à l'origine et au terme de notre foi.

« Grâce à la foi ! » C'est grâce à elle, en effet, que l'on possède déjà ce qu'on espère et que l'on connaît les réalités que l'on ne voit pas. La foi éclaire et réchauffe. Elle est cette lampe allumée dont parle Jésus qu'il faut préserver des courants d'air et des vents contraires. C'est elle qui accompagne le disciple dans sa traversée ici-bas. Elle permet de tenir dans la nuit. Car des nuits et des épreuves, tous croyants en traversent. Elles font partie inhérente de l'aventure de la foi.

Mais la foi est aussi libération et délivrance car elle ouvre les portes de la véritable humanité, elle nous empêche de « voler bas ». Elle vient, heureusement, déranger nos perpétuelles tentations de courir après des trésors de pacotille et nous invite à placer notre trésor « dans les cieux », là où le voleur n'approche pas, où la mite ne ronge pas. Elle nous fait entrevoir l'avenir à long terme et nous permet de boire aux sources de la sagesse. La foi engendre l'espérance.

La foi, la vraie, celle qui s'inscrit dans la grande lignée des témoins de l'histoire sainte et qui a les yeux fixés sur Jésus nous préserve des bigoteries, des intégrismes, de toutes les illusions et des supercheries de la foi en nous rappelant que le disciple, dans la diversité des situations de vie, est appelé à vivre « en tenue de service », le service de Dieu et des hommes, dans des engagements concrets qui sont autant de réponses nouvelles à des appels nouveaux. Les grands témoins du passé et ceux d'aujourd'hui n'ont pas fait de « miracle » ni suivi leur Seigneur en restant dans un fauteuil.

La vigilance, c'est une vertu active, c'est une espérance en habit de travail. Restons éveillés sans nous laisser distraire, soudoyer ou séduire. Il y a des responsabilités à assumer pour ne pas laisser mourir la terre.

L'image de Dieu elle-même demande toujours d'être évangélisée. Si nous n'y prenons pas garde, l'humanité est si prompte à refaire de Dieu un despote ou un bouche-trou. Au contraire, le Dieu de l'Evangile, celui dont nous parle Jésus aujourd'hui et qui nous attend au terme de l'histoire, c'est un Dieu Serviteur, celui qui « prendra la tenue de service pour nous faire passer à table et nous servir chacun à notre tour. » C'est ce Dieu-là que je veux encore servir et en qui je mets ma foi.

Abbé Jean-Marie JADOT - Doyen de Saint-Martin