| 21 juillet 2010 - Intervention de la communauté laïque |
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Le bonheur. Dans de nombreux contes, le rôle du prince charmant est de permettre à la princesse d'être heureuse et d'avoir beaucoup d'enfants... Etre heureux, au fond, qu'est-ce que c'est ? Même si on s'accorde en général pour dire que le bonheur est un état durable de plénitude et de satisfaction, sans souffrance ni inquiétude, il va de soi que cet état ne recouvre pas les mêmes réalités pour chacun de nous et peut varier considérablement d'une société à l'autre. Ainsi, le bonheur, peut être par exemple consommer, avoir beaucoup de loisirs mais aussi avoir un travail épanouissant, des amis fidèles... Pour nous cinq qui intervenons ici en ce jour de fête nationale, est-ce du bonheur ? Sans doute puisque nous aimons le réitérer... Et quelle en est l'intensité pour chacun de nous ? C'est bien difficile de mesurer le bonheur... en tout cas plus difficile que de mesurer notre tension ! 12/08, 15/09... Et votre bonheur à vous hier à 20h, c'était combien ? Et maintenant ? Qui ne s'intéresse pas au bonheur ? Il fait non seulement l'objet d'un questionnement de nombreux philosophes mais aussi de sociologues et de statisticiens..., la difficulté pour ces chercheurs étant alors de sélectionner les critères à retenir pour le quantifier. Sont souvent retenues la santé, la richesse, l'identité nationale (bien évidemment d'actualité pour nous en ce jour), l'égalité entre les citoyens mais aussi la beauté des paysages ou bien encore la petite taille de la société, créant plus de liens entre ses habitants. En Lorraine belge, nous devons donc être très heureux ! Et à Arlon particulièrement ! Ici, on se parle même si on ne partage pas les mêmes opinions philosophiques. Ici on se parle même parce qu'on ne partage pas les mêmes opinions philosophiques... La laïcité philosophique, qui est un engagement volontaire sur une conception de vie, implique l'adhésion à un ensemble de valeurs telles que (l'humanisme, la conquête de la citoyenneté et) la quête du bonheur, aujourd'hui et maintenant. Cette recherche du bonheur peut être notamment, comme le souligne André COMTE-SPONVILLE, un engagement dans le présent en faisant des choses qui sont à notre portée, dans ce qui dépend de nous et non dans ce qui ne dépend pas de nous, par exemple en essayant de rendre notre entourage heureux, de contribuer à rendre le monde meilleur... Pour le philosophe ALAIN, le bonheur est « la satisfaction qui résulte d'une harmonie entre le monde extérieur et nos désirs ». Or, le risque est de nous laisser abattre par les contrariétés extérieures ou de nous laisser dominer par nos désirs (ceux qui ne sont pas satisfaits nous font souffrir et ceux qui sont assouvis déclenchent souvent une certaine déception). Il faut donc vouloir son bonheur et le faire. « On devrait d'ailleurs bien enseigner aux enfants l'art d'être heureux, nous dit ALAIN, non pas l'art d'être heureux quand le malheur vous tombe sur la tête ; je laisse cela aux stoïciens ; mais l'art d'être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l'amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises. » Le bonheur ne serait donc pas inné : ce serait un art qui s'apprend ! Même si les débats sur le rôle de l'inné et de l'acquis ne cessent de faire couler beaucoup d'encre, nous connaissons tous des personnes qui sont - ou paraissent - moins douées que d'autres pour le bonheur. Et notre recherche du bonheur n'est-elle pas nécessaire au bonheur des autres ? Le jeu ne vaut-il dès lors pas la chandelle d'écouter ALAIN ? On apprend de nombreux contes à nos enfants (ils font partie des programmes scolaires dès la maternelle) : ne faudrait-il donc pas, même si c'est important qu'ils puissent rêver au prince charmant et aux baguettes magiques, leur apprendre que le bonheur existe, leur apprendre à le chercher en leur suggérant de nombreuses pistes parmi lesquelles ils pourront choisir ? Madame Marianne DE GREEF |



