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sur la lecture de l'évangile de Saint-Marc

le MARDI 14 FÉVRIER de 9h15 à 15h30 à ARLON Clairefontaine

chez les Prêtres du Sacré-Cœur, 81 rue du Cloître.

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Homélie du dimanche 20 juin 2010 PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre de Zacharie (12,10-11a ;13,1)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (3,26-29)
Evangile : selon saint Luc (9,18-24)

« Et pour vous, qui suis-je ?» Lc.9,20

Ce matin, c'est à nous que le Christ pose cette question. Mais attention : il ne nous demande pas simplement ce que nous pensons de lui. Le Christ attend de nous une réponse qui engage notre personne toute entière : aussi bien notre raison que nos sentiments ; mais tout en allant plus loin que la simple raison ou les sentiments bruts.

Prenez l'exemple que je vous ai proposé il y a quelques semaines. Ces fameux 35 centimètres qui séparent notre tête de notre cœur. On a dit que parcourir ces 35 centimètres, c'est parfois l'aventure de toute une vie. Mais ce n'est pas la seule possible. Dans la foi il y a un autre pèlerinage spirituel qui est aussi long et aussi difficile à parcourir. Ce sont ces 35 centimètres qui séparent nos trippes de notre cœur !

Si vous voulez, le cœur est à mi-chemin entre la tête et les trippes, comme l'amour est à mi-chemin entre la raison et les sentiments. Et il faut savoir que la foi est de l'ordre de l'amour ; elle se situe au niveau du cœur !

On pourrait dire, par une image, que je peux ‘‘connaître'' très bien la recette d'un gâteau, avec tous ces ingrédients et dans toutes ses étapes, et que je peux en ‘‘sentir'' les odeurs, en voir les couleurs et en toucher la consistance. Mais ce qui me nourrit vraiment, c'est de pouvoir croquer dedans, de la manger, de l'assimiler. Tant que notre foi se contente d'une connaissance intellectuelle ou sentimentale du Christ, le danger est de croire qu'on est rassasié tandis qu'on peut très bien se retrouver, à un moment donné, sans le savoir, au bord de l'anorexie spirituelle. Et souvent malheureusement, c'est seulement après coup qu'on s'en rend compte.

C'est pourquoi, cette question « Et pour vous, qui suis-je ?» rejoint celle que Jésus posera à Pierre quelques temps plus tard : « M'aimes-tu ? ». Ce ne sont pas des intello froids et calculateurs que le Seigneur cherche ; des gens un peu coincés, à cheval sur les règles. Pas plus que des sentimentaux émotifs et larmoyants, un peu maniaco-mystiques sur les bords. Mais ce sont des amoureux, des passionnés, que le Christ cherche ! Pourquoi ? Parce qu'il sait très bien que seuls les amoureux sont capables de réaliser ce qui est apparemment impossible à réaliser.

Comment y arrivent-ils ? Rappelons-nous ce que Pascal a dit un jour : que le cœur n'est pas irrationnel, mais il a ses propres raisons, que parfois la raison ne connaît pas. Et si la foi se situe au niveau du cœur, il est alors urgent de prendre au sérieux ces raisons. Il en va de toute notre relation au Christ.

Mais comment faire si ce matin nous nous reconnaissons dans une foi plutôt intellectuelle, assez constante mais aussi assez extérieure et distante des implications de notre vie de tous les jours, ou si nous nous reconnaissons plutôt dans une foi encore trop affective, avec des hauts et des bas assez violents, qui ne sait pas très bien comment prendre du recul, de la hauteur face aux épreuves de la vie ?

Et bien ce dimanche, je voudrais vous parler, en quelques mots, de ce qu'on appelle depuis des siècles la « Lectio Divina ». Je crois, en effet, que non seulement elle est accessible à tous, malgré son nom un peu archaïque ; mais en plus elle réalise très bien cette synthèse entre raison et sentiments, entre tête et trippes. C'est elle qui pourra nous aider à parcourir ces 35 centimètres, qu'on se reconnaisse plutôt parmi les intello ou plutôt parmi les sentimentalistes. Je suis convaincu, en effet, que la Lectio Divina peut nous aider à mieux rentrer dans cette relation d'amour avec le Christ. Un véritable « cœur à cœur » avec lui, plutôt que de rester à un « tête à cœur » ou à un « trippe à cœur ».

Tout d'abord il faut savoir que la Lectio Divina compte quatre moments privilégiés : celui de la lecture, celui de la méditation, celui de la prière et celui de la contemplation. Quatre degrés qui nous introduisent dans ce « cœur à cœur » avec Dieu.

Mais procédons par ordre. Tout d'abord la lecture.

On peut prendre un texte de l'Ancien ou du Nouveau Testament, bien entendu. Mais il ne s'agit pas non plus, si nous ne sommes pas trop à l'aise avec ces textes, de lire forcement la Bible ou de se tourner uniquement sur des ouvrages de spiritualité. Nous pouvons commencer, au début, par prendre un passage d'un livre qui a du sens pour nous, et de le lire, de le relire, de le savourer jusqu'à s'en imprégner ; un peu comme une vache qui rumine et qui rumine encore. Désolé pour la comparaison...

Ensuite, c'est le temps de la méditation.

Laissons ce texte évoquer en nous des images, des souvenirs, des pensées, des interpellations. N'essayons pas de maîtriser toutes ces informations, ni de censurer celles qui nous dérangent. D'abord accueillons-les, dans une attitude de lâcher-prise. La méditation, c'est le temps de l'écoute en toute humilité. C'est seulement dans un deuxième temps que nous serons invités à les remettre sous le regard de Dieu.

Une fois que le temps de décoder le message que le Seigneur pourrait nous adresser est pris par la méditation, c'est le temps de la réponse, par la prière. C'est là la troisième étape de notre parcours. Comprenons par là, que prier ne se réduit pas à un monologue stérile. Mais c'est d'abord rentrer en dialogue avec un Dieu qui le premier nous adresse la parole. Et Il le fait aussi bien directement, par un texte, qu'indirectement, par un événement que ce texte pourrait évoquer en nous.

Parfois notre prière se traduira par un simple « merci ! » ; parfois elle pourra se concrétiser en un « pardon... », ou en un « pourquoi... ?» ou encore en une demande d'aide, pour nous, ou pour une personne que nous savons dans l'épreuve. Mais la prière restera toujours, au final, une réponse face à une parole que le Seigneur nous aura adressé le premier, dans le quotidien de notre vie, aussi bien par un événement, présent ou passé, que par une rencontre, ou par une lecture, ou par le sentiment qu'évoque une musique, un paysage, un regard...

Et enfin s'ouvre devant nous la quatrième porte : celle de la contemplation. C'est le temps de l'amour, si vous voulez. C'est le temps de se laisser habiter par la conscience que nous faisons partie, nous et tout ce que nous vivons, d'un dessein d'amour d'un Dieu aux yeux duquel nous avons du prix. Et c'est la contemplation qui nous rendra plus beaux, à nos propres yeux, et plus aimants, aux yeux des autres. Cela parce qu'on pourra enfin nous regarder et regarder tout ce qui nous arrive avec son propre regard. Mais ne craignez pas, il ne s'agit pas d'aliénation mystique. Bien au contraire. Il s'agit là, du plus haut état de conscience que l'homme puisse espérer rejoindre.

Mais peut-être qu'on se sent très loin de cet état de contemplation. Peut-être qu'on croit qu'on n'y arrivera jamais, qu'il faudrait toute une formation et que cette Lectio Divina soit réservée aux moines et aux prêtres.

Pas du tout. La Lectio Divina est un outil qui est à disposition de tout croyant. Ne nous laissons pas effrayer par le nom. Et si nous ne savons pas trop comment faire ou si nous ne nous sentons pas à la hauteur, rappelons-nous que l'appétit vient en mangeant. C'est la même chose pour la Lectio Divina. Commençons tout simplement par une première bouchée ; c'est ensuite qu'on affinera le goût pour ce « cœur à cœur » avec le Christ.

Alors, ce matin j'ai envie de vous souhaiter à tous bon ‘‘appétit''.

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin