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Homélie du dimanche 9 mai 2010 - 6ème dimanche de Pâques PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre des Actes des Apôtres (15,1-2.22-29)
2ème lecture : de l'Apocalypse de saint Jean (21,10-14.22-23)
Evangile : selon saint Jean (14,23-29)

« C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne » Jn.14,...

Pourquoi le Christ nous dit-il que ce n'est pas à la manière du monde qu'il nous donne la paix ? Quelle est la manière du monde de donner la paix ?

Il suffit d'allumer la télévision ou de lire le journal pour se rendre très vite compte que dans la mentalité générale, on réduit facilement la paix à une absence de guerre. Par exemple, on dit qu'un pays est en paix lorsqu'il n'est pas en conflits avec d'autres pays ; on dit qu'il y a la paix dans le voisinage, lorsque il n'y a pas de grosses tensions entre voisins ; on dit aussi que pour garder la paix dans le ménage, il faut savoir accepter certains compromis, savoir éviter certains sujets délicats.

Mais le Christ nous révèle ce matin, que la vraie paix n'est pas l'absence de guerre ou de conflit avant tout. Ce serait trop réducteur que d'associer la paix à une absence. La paix est d'abord une présence, celle de l'amour et de la bienveillance à l'égard de l'autre.

En effet, on a traduit par le mot ‘‘paix'' le concept juif de ‘‘shalom'', qui veut dire en réalité « plénitude, entièreté, accomplissement ». Alors, quand dans l'évangile le Christ nous souhaite la paix, il est en train de nous souhaiter d'arriver à nous accomplir. Et nous savons que Dieu, en nous créant à son image, nous a crée êtres de relations. Nous ne pouvons pas nous accomplir réellement ailleurs que dans une relation qui ouvre à la rencontre avec l'autre. Voilà pourquoi, en souhaitant la paix à quelqu'un, nous nous reconnaissons indirectement coresponsables de son accomplissement. Et ça c'est très sérieux !

Cela signifie que si je dis vouloir vraiment que, dans mon couple, dans ma famille, dans mes amitiés, dans mon travail, il y ait un climat de paix, alors je dois avant tout m'interroger sur ce que je suis en train de mettre en œuvre pour que de mon côté, la relation soit constructive et valorisante. Est-ce que mes attitudes et les mots que je choisis aident réellement l'autre à se mettre en confiance et à s'ouvrir à cette rencontre profonde, cœur à cœur ?

Parce que la paix ne commence pas quand j'arrête la guerre avec l'autre, quand j'arrête de le blesser ; elle ne commence que lorsque je choisis de poser des actes d'amour à son égard. Combien de fois croyons-nous être en paix entre nous tandis qu'en réalité nos vies ne font que s'effleurer, sans jamais vraiment s'ouvrir à cette rencontre. Et cela même en famille, entre conjoints, entre frères et sœurs, entre parents et enfants...

Voilà pourquoi, si nous voulons vivre en paix dans nos lieux de vie, nous ne devons pas viser à éviter les conflits. Il faut plutôt viser à promouvoir la rencontre.

C'est très différent. Surtout en sachant que, paradoxalement, pour promouvoir la rencontre, il faudra parfois passer par des tensions, voir des ‘‘conflits''.

Et oui, parce que si nous sommes coresponsables de l'accomplissement de la personne en face de nous, alors il nous faudra nous remettre en question, très sérieusement, par rapport à nos attitudes vis-à-vis d'elle ; comme il nous faudra aussi, à un moment donné, aider la personne à se remettre en question, elle aussi, sur ces attitudes à notre égard. Parce que la vraie rencontre se réalise à la suite d'un travail d'apprivoisement et d'ajustement réciproque qui n'est pas forcément sans douleur.

C'est pourquoi, je crois que la plus grande menace à la paix n'est pas le conflit en lui-même ; quand on parle de conflit, en effet, on reste dans le cadre de la relation à l'autre, même si cette relation est encore loin d'être réussie, encore loin de se traduire en rencontre.

Tandis que la menace la plus insidieuse pour la paix, c'est la tranquillité. Pourquoi ? Parce que celui qui cherche la tranquillité a en horreur les tensions, là où au contraire, celui qui cherche la paix sait que la relation à l'autre est toujours un travail d'ajustement, et de réajustement, qui engendre forcement des tensions.

Il suffit de remarquer comment notre aspiration à la tranquillité s'est traduite, bien des fois, par ‘‘non assistance à personne en danger'', là où le danger c'était l'inaccomplissement de la personne en face de nous. Et qu'est-ce que c'est dur de réaliser, à un moment donné, que nous sommes coresponsables de l'inaccomplissement de notre femme, de notre mari, de notre enfant...

Si vous voulez, on pourrait résumer en disant que la tranquillité cherche à se protéger des autres, là où la paix vise la rencontre avec l'autre, dans ce ‘‘cœur à cœur''. Souvenez vous ce qu'ont dit Sartres et Sœur Emmanuelle à ce propos. Là où Sartre avait affirmé : « Pour moi, l'enfer c'est les autres », sœur Emmanuelle avait répondu : « Pour moi, les autres c'est le paradis ». Qui des deux avait raison ? Tous deux, d'une certaine manière. Parce que le vrai problème, ce ne sont pas les autres mais plutôt le regard je porte sur les autres.

Si c'est la tranquillité que je cherche, l'autre sera toujours un casse-pieds potentiel. Et c'était l'expérience de Sartre, qui était resté encore dans une logique de paix/tranquillité. Si par contre au plus profond de moi je cherche la rencontre, je percevrai l'autre comme une personne à aimer qui me donne l'occasion de grandir par cette rencontre. C'est là l'expérience de sœur Emmanuelle, qui avait réussi à rentrer dans une logique de paix/accomplissement.

A nous de choisir notre camps ce matin : Sartre ou sœur Emmanuelle ? Parce que le Christ n'est pas là pour nous souhaiter la tranquillité. Bien au contraire. Il est là pour nous pousser à rechercher la rencontre, au prix même de notre tranquillité. Il sait en effet que les enjeux sont trop grands. Mais sommes-nous prêts à relever le défi ?! «C'est la paix que je vous laisse, c'est ma  paix que je vous donne ; (mais) ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne » !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin