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sur la lecture de l'évangile de Saint-Marc

le MARDI 14 FÉVRIER de 9h15 à 15h30 à ARLON Clairefontaine

chez les Prêtres du Sacré-Cœur, 81 rue du Cloître.

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Homélie du dimanche 25 avril 2010 - 4ème dimanche de Pâques PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre des Actes des Apôtres (13,14.43-52)
2ème lecture : de l'Apocalypse de saint Jean (7,9.14b-17)
Evangile : selon saint Jean (10,27-30)

« Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent » Jn.10,28

Aujourd'hui, nous célébrons la Journée mondiale de prière pour les vocations, et plus particulièrement les vocations sacerdotales.

Mais rappelons-nous ce que nous avons dit dimanche dernier, à propos de la question posée par Jésus à Pierre, « M'aimes-tu ? » ; il n'y a qu'une seule vraie ‘‘vocation'', commune à tout être humain, et c'est la vocation à l'amour ! Le sacerdoce, comme le mariage, n'est qu'une forme possible par laquelle cet appel à la communion intime avec l'autre peut s'exprimer.

Je me rappellerai toujours de mon père spirituel tout au début de ma formation au séminaire, quand je lui ai fait part -  bien que je me sentais très sérieusement appelé par Dieu à la prêtrise - de mon envie de me marier et d'avoir des enfants. Il m'a répondu que c'était très bien. Au début, j'ai cru qu'il n'avait pas vraiment bien compris ce que je venais de lui dire. Je lui ai alors répété mon combat intérieur. Avec un grand sourire il m'a répondu que ces deux vocations, prêtre et époux, avaient la même racine : l'amour. Et il a terminé en me disant que le meilleur prêtre, selon lui, était celui qui aurait pu être le meilleur mari, et vice-versa, que le meilleur mari était celui qui aurait pu être le meilleur prêtre. Parce que le bonheur ne dépend pas d'abord d'un statut social, mais de notre capacité à aimer ! Combien de peurs de solitude ou combien de besoins de reconnaissance, en effet, peuvent se cacher tant derrière une alliance au doigt que derrière un col romain ?!

D'où l'enjeu, aujourd'hui, de parler davantage d'amour que du sacerdoce proprement dit.

Mais attention, parce qu'il ne suffit pas de ‘‘vouloir aimer'', quelle que soit la forme qu'on lui donnera ; il faut encore... ‘‘savoir aimer'' !

Combien de fois, par exemple, n'avons-nous pas confondu l'amour avec du ‘‘maternage'' ?!

Pour maternage, j'entends l'attitude maternelle dans sa dimension péjorative, maternante. Plus particulièrement, toutes ces attitudes qui se veulent aimantes et attentionnées à l'égard de l'autre mais qui, de fait, l'infantilisent, en l'empêchant d'assumer ses propres responsabilités, voir même ses propres erreurs. Vous  comprenez alors, par là, que le maternage n'est pas réservé aux mères, aux femmes. Les hommes le pratiquent aussi.

Un exemple d'attitude « maternante » : c'est par exemple lorsque je m'interpose, entre mon mari et ses problèmes, ou entre ma femme et ses problèmes, ou encore entre mon fils, un ami, un paroissien, ou mon curé..., et ses problèmes, en essayant de les résoudre à sa place plutôt que de lui donner tous les moyens possibles de les résoudre de lui-même.

C'est quelque part comme dans le film « Oui, mais... », avec Gérard Jugnot. A un moment donné, la fille accuse son thérapeute de lui proposer, pour sortir de cette dynamique maternante à l'égard de sa mère alcoolique, une solution à son avis égoïste. Le thérapeute répondra : « Ne pas réagir ne signifie pas ne pas être bourré de compassion. Mais si l'égoïsme, c'était plutôt de voler à l'autre sa responsabilité ?! Prenez le cas d'un promeneur qui voit un papillon en train de sortir de sa chrysalide. N'écoutant que son bon cœur  il ne résiste pas au plaisir de l'aider. Il prend la chrysalide, l'ouvre délicatement et le papillon sort. Formidable, non ?! Sauf que privé de l'effort qui devait affermir ses ailes, le papillon ne peut pas s'envoler et il se fait manger tout cru ! Alors, est-ce si humain de jouer les sauveteurs et de voler à l'autre sa responsabilité ?!»

Si j'ai évoqué très rapidement le thème du maternage, c'est pour que nous puissions prendre du recul face à notre propre manière à chacun d'exprimer l'amour.

Et lorsque l'on remarque, éventuellement, qu'on a parfois des attitudes maternantes vis-à-vis des uns ou des autres ; si on a tendance à instaurer des liens de dépendance (aussi bien affectifs, économiques, psychologiques, sexuels ou autre) avec les personnes qui nous entourent, pour qu'elles aient l'impression d'avoir besoin de nous ; si on recourt à ces mécanismes de chantage juste par peur de rouvrir d'anciennes blessures d'abandon, peut-être très enfouies en nous mais pas encore cicatrisées, alors il ne faut surtout pas tomber dans la culpabilité malsaine. Le but ici n'est pas de s'en vouloir et de s'enfoncer dans le remord, mais d'en prendre conscience et de redéfinir notre manière d'aimer et de rentrer en communion.

Et Dieu est là pour nous aider à guérir nos blessures et à sortir de cette dérive de l'amour qui est le maternage. Comment ?! Le pape Jean-Paul Ier - je crois - a dit une fois : « Dieu est Père et Mère... Peut-être même davantage Mère que Père ». Apprenons alors de Dieu, lui qui sait être très paternel sans glisser cependant dans le paternalisme, ou très maternel sans être maternant pour autant.

Revenons par exemple au thème de ce dimanche, celui du bon pasteur. Pour garder à lui ses brebis le bon pasteur ne construit pas une clôture tout autour d'elles. Une prison de cristal. Une tour d'ivoire. Non, mais il les connait, il les appelle par leur prénom et il les rejoint parfaitement dans leur besoin de vie éternelle. C'est pourquoi elles choisissent librement de le suivre. En effet, rien ne les empêche, à un moment donné, de partir ailleurs, comme dans le cas de la brebis perdue. Le pasteur ne les empêche pas de partir, et il est prêt à tout moment à les rejoindre sur leurs chemins pour se proposer à nouveau à elles, une fois encore. Mais jamais il ne s'imposera à elles.

En fait, c'est une chose que de vouloir protéger ceux qu'on aime des dangers qui peuvent venir du monde extérieur, mais tout autre chose de vouloir les protéger d'eux-mêmes, de leur libre arbitre, en se substituant à eux dans les choix qui leur reviennent. Je ne crois pas, en effet, qu'il s'agisse d'amour d'empêcher les personnes qu'on aime de s'éloigner de nous, en construisant une barrière tout autour d'elles. Les aimer, ce n'est pas les empêcher d'utiliser leur liberté, par peur qu'elles souffrent et que par là elles nous fassent souffrir nous aussi. C'est plutôt les responsabiliser, en leur donnant les moyens d'apprendre à utiliser au mieux leur liberté. Même si parfois elles doivent passer par la souffrance ; et nous avec elles.

Peu importe alors si nous nous rendons compte, ce matin, que nos attitudes vis-à-vis de nos enfants, de notre conjoint, de nos amis, de nos paroissiens, de notre vicaire sont parfois ‘‘maternantes''. L'important, c'est de s'en rendre compte et, à la lumière de l'amour de Dieu, d'apprendre à notre tour à rendre les personnes que nous aimons... libres.

Alors, en ce dimanche des vocations, notre première vocation à tous, et personne n'est exclue, c'est de vivre en hommes et femmes libres, et d'aimer les autres d'un amour qui libère et qui responsabilise plutôt qu'un amour qui étouffe ou qui s'impose par le chantage.

Et quel bonheur quand les personnes que nous aimons, choisiront d'elles-mêmes, en toute liberté, de nous aimer !

Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin