L'asbl AMANOCLAIR possède son site Web : http://www.clairefontaine-arlon.be (Mis à jour pour la réservation de salles) |
| Lire la suite... |
| Homélie du dimanche 18 avril 2010 - 3ème dimanche de Pâques |
|
|
|
|
1ère lecture : du livre des Actes des Apôtres
(5,27b-32.40b-41) 2ème lecture : de l'Apocalypse de saint Jean (5,11-14) « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Jn.21,16 La question que le Christ pose ici à Simon Pierre résume, si vous voulez, tout l'essentiel du Christianisme. « M'aimes-tu ? ». La foi chrétienne, en effet, ne se réduit pas à un ensemble de doctrines, de préceptes moraux ou de rites ; elle est tout d'abord une relation d'amour ! Voilà pourquoi être chrétien ne se limite pas à croire au Christ ou à reconnaitre qu'il est le fils de Dieu. Cela, Pierre l'avait affirmé aussi, devant tous les autres disciples ; mais ce n'est pas sa profession de foi qui l'a, pour autant, empêché de trahir le Christ. C'est pourquoi, une fois ressuscité, le Christ ne lui demandera plus une adhésion intellectuelle (« Qui suis-je pour vous/toi ? » Mt.16,15), mais un engagement de tout son être, dans un ‘‘cœur à cœur'' avec lui (« M'aimes-tu ? »). Là, le Christ est en train de déplacer la question de la foi sur un tout autre registre, pour aider Pierre à aller plus loin qu'une simple démarche intellectuelle. Il y a, en effet, un voyage spirituel très sérieux qui attend, tôt ou tard, tout vrai croyant. Il ne s'agit pas là d'un pèlerinage vers une destination lointaine, à des centaines, voir des milliers de kilomètres de nous. Ce voyage spirituel, en réalité, n'est pas plus long qu'une quarantaine de centimètres, au grand maximum. C'est là, en effet, la distance qui sépare notre tête de notre cœur. Et pourtant c'est le voyage le plus long à réaliser, celui qui nous demande le plus d'efforts, parce qu'il présuppose qu'on accepte de se rendre vulnérable, en prenant le risque éventuellement de souffrir par amour. Le Christ, lui, a assumé ce risque, jusqu'au bout. Il les a parcouru ces 40 centimètres ! Mais revenons à Pierre, et à ces 40 centimètres à lui. A un moment donné, on s'attendrait à ce que le Christ lui reproche de l'avoir trahi, de l'avoir renié. Le moindre, de la part de Pierre, serait de commencer par demander pardon. Mais ce n'est pas ce que Pierre fera. Et ce n'est pas non plus ce que le Christ attendra de lui. En fait, ce que le Christ attendait de Pierre ce n'était pas à ne pas être trahi ; comme ici, une fois ressuscité, il ne cherchera aucune garantie de la part de Pierre que celui-ci ne le trahira plus jamais. Il ne lui demande aucune garantie, parce qu'il sait que Pierre ne peut lui en donner. Mais l'unique chose que le Christ lui demande c'est : « M'aimes-tu ? ». Et non pas : « M'aimais-tu il y a un mois ? » ou « M'aimeras-tu dans un mois ? ». Non, mais : « M'aimes-tu, là, à l'instant présent ? ». C'est l'unique chose qui lui tient vraiment à cœur ! Si par là, le Christ choisit de prendre le risque d'être à nouveau trahi, c'est pour nous montrer que l'expérience de l'amour vaut toujours la peine d'être vécue. Elle vaut bien tous les risques du monde, même celui de la... trahison. Mais attention : personne ne peut se dire fidèle, tant qu'il n'a pas vraiment été confronté à la possibilité de trahir. Et même si c'était le cas, ce n'est pas parce qu'on n'a jamais trahi qu'on a alors le droit d'aimer peu ou d'aimer moins. Comprenons que la fidélité ne se mesure pas sur notre capacité à ne pas trahir, mais à notre capacité à aimer. En effet, ce n'est pas parce qu'on n'a jamais trahi quelqu'un qu'on l'aime vraiment, pour autant. Aujourd'hui alors, le Christ ne nous demande pas : « Pierre, crois-tu en moi ? », ou « Pierre, est-ce que vraiment tu ne me trahiras plus ? ». Le Christ ne nous demande qu'une chose : « Pierre, m'aimes tu ? ». Parce que c'est la réponse qu'on donnera à cette question qui est l'unique chose qui compte vraiment à ses yeux. Courage, car notre « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime » (Jn.21,15), adressé aujourd'hui au Christ, a le pouvoir d'effacer sur le champ des années de médiocrités ou de trahisons. Mais tu trouves peut-être que c'est trop facile, que ce n'est pas juste ?... Trop facile, tu dis ? C'est peut-être alors que tu n'as jamais vraiment souffert en amour, ou plutôt, que tu n'as jamais vraiment souffert ‘‘par amour''. Lui, le Christ, il connait cette souffrance. C'est pourquoi il cherche plus le « Je t'aime » de Pierre, malgré toute sa fragilité, qu'un froid « Désolé, ça n'arrivera plus ». N'attendons plus d'être pleinement cohérents avec nous-mêmes pour lui dire « Je t'aime ». Regardez Pierre qui venait juste de trahir trois fois le Seigneur quand il lui a répondu par trois fois : «Seigneur, tu sais toute chose, tu sais bien que je t'aime». Et il le croyait vraiment ! Mais il n'a pas attendu d'aimer le Christ d'un amour idéal pour l'aimer d'un amour réel. Sinon le Christ serait peut-être encore en train d'attendre son « Je t'aime ». Mieux vaut, je trouve, avoir aimé le Christ ne fut-ce qu'une seule seconde, malgré nos mains encore tachées de nos compromis, sales de nos péchés, mais de l'avoir aimé d'un cœur sincère, plutôt que d'avoir attendu toute une vie d'avoir des mains parfaitement propres et innocentes pour l'aimer, mais sans jamais y parvenir. Rappelons-nous : le meilleur est l'ennemi du bien. C'est aujourd'hui que le Seigneur attend mon « Je t'aime », avec ce que je suis réellement, plutôt qu'avec ce que je voudrais être idéalement. A plus de valeur, à ses yeux, un ‘‘petit'' « Je t'aime » que des longs silences en attendent un ‘‘grand'' « Je t'aime », qui peut-être ne viendra jamais. Alors Pierre, aujourd'hui... « M'aimes-tu ? » Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin |



