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| Homélie du vendredi 2 avril 2010 - Vendredi Saint |
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1ère lecture : du livre d'Isaïe
(52,13-53,12) Si à Noël c'est dans la personne de la vierge Marie que nous reconnaissons le premier ‘‘tabernacle'' de l'histoire humaine, le Vendredi Saint, c'est en la croix du Christ que nous vénérons le premier ‘‘ostensoir''. C'est important de nous le rappeler au début de notre liturgie. Trop souvent, en effet, dans nos églises nous adorons Dieu dans de riches ostensoirs en or, souvent ornés de pierres précieuses et entourés de nombreux cierges, en oubliant parfois que le seul et véritable ostensoir que le Christ s'est choisi pour montrer au monde sa divinité est d'un tout autre genre, vous le voyez bien. Mais pourquoi la croix, dans toute ses dimensions dramatique et décapante ? Peut-être pour nous révéler, justement, que la foi n'est pas une fuite, une aliénation ou une échappatoire aux défis que la vie nous lance. Bien au contraire. Le Christ nous réaffirme par là, que si nous voulons sincèrement adorer Dieu, il n'y a pas d'autres endroits plus vrais et plus significatifs que dans notre vie de tous les jours, au cœur même de notre histoire, une histoire souvent marquée justement par la souffrance et par la croix. La foi n'est pas non plus de l'ordre du sentimental ou de l'émotif. Je ne sais pas, en effet, ce qu'on pourrait trouver de sentimental ou d'émotif dans le fait de vénérer une croix. A plus forte raison lorsque il s'agit là, non pas d'un simple morceau de bois, mais de notre propre croix ; avec tout ce qu'elle représente de sérieux ou de tragique pour nous. Elle est encore moins un repli pour les faibles et pour les lâches; parce que je voudrais bien savoir qui, à votre avis, est le plus faible : celui qui sait se tenir debout devant sa croix, comme nous le ferons tout à l'heure, et qui arrive à la regarder en face, ou plutôt celui qui la nie et qui est obligé de la fuir par tous les moyens possibles ?! Comprenons qu'en célébrant cette liturgie du vendredi saint, nous sommes en train d'affirmer que, c'est la croix de chacun de nous, ce nouvel ostensoir à travers lequel le Christ voudrait révéler sa divinité aux gens qui nous entourent. En effet, le centurion romain a pu apercevoir le visage de Dieu en celui de Jésus, par la dignité avec laquelle le Christ a su assumer sa croix. Ainsi, c'est dans la manière dont nous ferons face aux problèmes et aux difficultés de tous les jours que nos révélerons si nous sommes ou non habités par cette nature divine. Tant dans cette souffrance physique qui me limite et qui m'humilie dans mon corps, que dans cette fragilité psychologique que je porte en moi et qui m'humilie dans mon esprit ; aussi bien que dans cette précarité affective dans ma vie de couple, qui me fait parfois sombrer dans la nostalgie d'un passé heureux mais déjà trop lointain, que dans ce célibat que je subis ou dans cette séparation douloureuse qui est là comme un échec et qui me fragilise dans mon regard sur l'avenir ; aussi bien dans cet emploi qui me stresse et où je ne me sens pas à la hauteur, que dans ce chômage qui me fait sentir inutile et de trop ; mais aussi dans cette stérilité qui me frustre dans mon désir d'avoir des enfants, que dans cette maternité parfois difficile, qui me confronte avec mon perfectionnisme et mes névroses... Et si ce soir chacun de nous disait sa croix, je vous assure qu'on aurait de quoi continuer la liste pendant des heures. Mais le but n'est pas là. L'enjeu, c'est de prendre conscience que nous avons tous notre place au cœur de cette célébration, mais à une condition c'est vrai : celle de porter au fond de nous le désir intime de laisser le Christ venir nous rejoindre sur cette croix. En effet, si le Christ est monté sur sa croix, c'est pour que personne ne se sente seul dans ce qu'il ou elle a de dur, de difficile à vivre ! C'est pourquoi, que personne ne se sente exclu de cette célébration. A plus forte raison si nous y arrivons fatigués ou accablés par notre croix. Maintenant, c'est à nous de faire en sorte qu'embrasser cette croix en bois, ce soir, reste juste un signe extérieur de notre tradition chrétienne ou qu'il commence à prendre le sens plus profond d'embrasser notre propre croix. Pourquoi alors, ne pas accueillir cette dimension particulière de notre vie que nous avons du mal à aimer, avec tout ce qu'elle représente de difficile à assumer, en acceptant que le Christ puisse la porter avec nous. Mais ne lui demandons pas non plus de la porter à notre place ; il n'est pas là pour nous infantiliser mais pour nous aider à devenir adultes, c'est-à-dire de plus en plus acteurs de nos vies. Et qu'un jour, on puisse dire de nous aussi, comme on a dit de lui face à sa croix : « Ecce homo », ‘‘voici l'Homme'' ! Abbé Pietro CASTRONOVO - Vicaire à Saint-Martin |



