| Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes - Homélie du dimanche 7 février 2010 |
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Je crois en Jésus, l'envoyé du Père On a beaucoup parlé, ces derniers jours, de la catastrophe de la rue Léopold à Liège, un véritable drame pour les victimes, leurs familles et les habitants de la Cité Ardente en général. Dans les informations qui ont relaté cet événement, il a également été question de l'engagement des sauveteurs, de l'abnégation de Vicky et Alexis, deux jeunes gens enfouis sous les décombres qui ont réellement donné leur vie pour que soit sauvée une adolescente de 13 ans. On beaucoup parlé encore de la cérémonie inter-convictionnelle qui a rassemblé vendredi des personnes de religions et traditions philosophiques différentes, unies dans un même esprit de solidarité ave les personnes touchées par ce drame. Certaines circonstances de la vie peuvent amener les gens à vouloir dépasser les différences, à manifester un dévouement, une générosité, une compassion dont nous pouvons croire qu'ils expriment le meilleur de notre humanité. Mais ces expressions d'humanité dont nous avons également été témoins après le tremblement de terre en Haïti, sont souvent commandées par l'émotion, et en ce sens, l'émotion est bonne. Mais ces expressions restent généralement éphémères et retombent lorsque le quotidien reprend le dessus. Aussi, lorsque l'habitude ou la résignation s'installe en nous, avons-nous besoin que des éveilleurs, je dirais même des réveilleurs d'humanité nous bousculent et nous permettent de voir plus loin que l'horizon dans lequel nous risquons toujours de nous enfermer. Dans l'histoire du Peuple de Dieu, nombreux ont été ces réveilleurs d'humanité Ils se sentaient mus par une présence, par une Parole qui venait de plus loin qu'eux, une parole qui les avait saisis et dont ils étaient devenus les porteurs. Ils s'appelaient Amos, Osée, Isaïe, Jérémie... Mais je suis sûr qu'il est d'autres personnes qui pourraient être citées, des hommes et des femmes dont ni la Bible ni l'histoire n'ont retenu les noms, mais qui ont fait la rencontre du Dieu vivant, et qui ont découvert combien cette rencontre changeait la vie, et pouvait faire grandir l'humanité en toute personne. Amos, Osée, Isaïe, Jérémie ainsi que tant d'autres, et parmi tous ces autres, Marie, ont ouvert ce chemin par lequel Dieu lui-même est venu marcher un jour au milieu de nous. Il y a près de 2000 ans, dans un village que la Bible hébraïque ne cite même pas, dans une région obscure située à la marge de l'empire romain, loin de tout palais et de tout temple, s'est levé un homme, que rien apparemment de pouvait distinguer des autres. Il s'appelait Ieschoua, Jésus. Jésus portait au plus profond de lui-même la présence de celui qu'aucun nom ne peut dire, mais qu'il avait l'audace d'appeler abba, « père », mot qui dans sa langue maternelle, l'araméen, exprimait une grande proximité, une proximité que personne avant lui n'avait affirmée avec autant de force. Ce lien qu'il vivait avec ce Dieu qu'il appelait « abba » « père », était la source de sa vie, de son être, de son humanité. Ce lien était ce qui le faisait s'émerveiller devant la beauté du monde, devant la grandeur des petites choses du quotidien, comme le travail du semeur, le blé qui lève, la préoccupation du berger pour son troupeau, l'opiniâtreté de la veuve qui réclame justice... Ce lien avec Dieu était aussi ce qui pouvait le mettre en colère lorsqu'on déformait l'image de son Père en méprisant les petits et les blessés de la vie, en mettant en place un culte qui détournait de l'attention à la souffrance des autres. Le lien que Jésus vivait avec son Père, a été ce qui l'a envoyé vers son peuple, et au travers de lui vers toute l'humanité, pour lui parler d'amour, de pardon, de fraternité, et de la valeur infinie de toute personne... Ce lien d'amour avec Dieu, Jésus l'a vécu jusqu'au bout, jusque dans la mort, une mort particulièrement injuste qui l'a mis au ban de la société, une mort qu'il n'a pas recherchée en tant que telle, mais dont il a voulu faire l'acte le plus fort d'une existence totalement donnée aux autres. Aujourd'hui, 2000 ans après ces événements, avec tant de chrétiens dans le monde entier, j'ose dire : « Je crois en Jésus, l'envoyé du Père ». J'ose le dire parce que, comme les Evangiles nous invitent à le croire, j'ai la conviction que la communion qu'il vivait avec Dieu lui a donné de ressusciter, de traverser la mort, et d'être toujours vivant. Jésus ressuscité est encore aujourd'hui celui qui nous demande, comme il l'a demandé à Simon, d'être des pêcheurs d'homme, des pêcheurs d'humanité. Il nous appelle toujours à réveiller, à ressusciter en nous, comme chez les autres, ce meilleur de notre humanité qui nous permet d'accueillir Dieu en nous. Je crois qu'il nous est toujours possible de le rencontrer comme Isaïe a rencontré Dieu dans le Temple de Jérusalem. Nous pouvons le rencontrer dans tous les lieux où nous prenons le temps de nous rassembler pour le prier, pour partager sa Parole et le pain de l'Eucharistie. Je crois aussi que nous pouvons rencontrer Jésus ressuscité comme Simon l'a fait au bord du lac de Génésareth, alors qu'il était pris par son travail quotidien de pécheur. Nous pouvons le découvrir présent dans notre vie de travail, dans notre vie de famille, dans tous les liens que nous tissons avec les autres. Mais le Christ demande à être reconnu ; il demande que nous lui donnions notre confiance. Il est toujours celui qui nous dit : « Avance au large ! » Quitte le rivage de tes sécurités, de tes certitudes, de tes peurs... Accepte de vivre avec moi la belle aventure de l'Evangile. Une aventure toujours risquée, mais qui est au service de la véritable grandeur de l'humanité. Abbé Patrick GRAAS - Curé d'Athus |



