| Homélie du 2 novembre 2009 - Jour des Morts |
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« Pourtant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Lc.10,20
Si nous sommes ici, ce lundi matin, c'est parce que nous tous nous portons, inscrits au plus profond de nous-mêmes, des noms. Ces prénoms ont marqués notre vie et peut-être qu'ils résonnent en nous, encore aujourd'hui, d'une manière tout à fait particulière. Nous le verrons tout à l'heure, lorsque nous proclamerons ensemble une partie de ces noms, celle de ceux qui nous ont quittés cette année-ci. Certains d'entre eux n'ont fait que traverser notre vie; l'effleurer, plus ou moins rapidement. D'autres l'ont partagée avec nous plus longtemps et plus en profondeur. En tous cas, on ne saurait pas rester spectateurs de la mort d'un ami, d'un proche. En effet, en nous quittant, ces personnes partent toujours, qu'on le veuille ou pas, avec une partie de nous-mêmes. De là, découle souvent le sentiment qu'à chaque départ, c'est toute une partie de notre histoire qui se retrouve entre parenthèses; toute une partie de notre vie qui nous est enlevée, quasi arrachée.
Et c'est justement au moment où quelqu'un laisse en nous un vide, un creux profond, que le silence risque de s'y installer et d'y résonner d'une manière parfois insupportable. Si nous ne faisons pas attention, il peut même arriver à occuper toute la place, à tel point que tout ce qui ne serait pas de l'ordre du silence nous le ressentirions comme du ''bruit'', comme une violence subie. Et on peut se retrouver très rapidement, avant même qu'on s'en aperçoive, repliés sur nous-mêmes, coupés de tout désir de vivre, ou du moins, coupés de tout désir de ''survivre'' à cette personne. Elle est morte, et toute une partie de nous semble être morte avec elle. Même en le voulant, nous ne pourrions pas imaginer les choses autrement.
Mais le Seigneur, ce matin, voudrait venir briser cette chape de silence, d'absence, qui pèse sur notre âme. Et cela par une parole libératrice: « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ». Si c'est vrai que c'est dans un contexte bien précis que le Christ a prononcé ces mots, c'est vrai aussi que ce matin ces mêmes mots nous renvoient à un autre type de réflexion : si des personnes que nous avons aimées ou appréciées, plus ou moins intensément, sont montées au ciel en portant avec elles une partie de nous-mêmes, une parcelle de notre cœur, alors cela veut dire que nous aussi, quelque part, nous l'habitons déjà, avec elles, ce ciel. Par la présence de cette personne, le ciel nous est, du coup, beaucoup moins distant, beaucoup moins étranger.
Si notre nom est inscrit dans le cœur de cette personne, autant que le sien dans le notre, alors cette phrase du Christ: « vos noms sont inscrits dans les cieux » prend tout un autre sens à nos yeux. La mort d'un proche, d'un ami, arrête de n'être que séparation, déchirure, rupture ou absence; elle peut, des lors, devenir l'occasion de lancer un pont entre la terre et le ciel. La distance entre cette personne et nous n'est plus, désormais, qu'une question de ''battements de cœur''. Là, en effet, où l'absence de corps nous sépare, la présence de cœur, la présence de l'un à l'autre, nous relie très étroitement. Et c’est ce nom, cette identité qu'elle avait à nos yeux, cette identité que nous avions à ses yeux, qui en est le symbole.
Alors, prier pour nos défunts, ce matin, les nommer et leur allumer une bougie, c'est leur témoigner que leur nom continue à résonner en nous comme le notre continue à résonner en eux. Et Dieu lui-même se porte garant de cette nouvelle ''présence'' des uns aux autres: « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux ».
Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin
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