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Un article dans l'info-lettre du diocèse sur la Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes.

NEUVAINE DU 3 AU 11 FÉVRIER
Fervente dévotion à Notre-Dame de Lourdes en province de Luxembourg
Cette année encore, dans le sud Luxembourg, vous serez des centaines à prier Notre-Dame de Lourdes durant une neuvaine qui débutera le 3 février pour se terminer le 11 février. Cette neuvaine à Notre-Dame de Lourdes est organisée depuis plus d'un siècle maintenant. Elle est née quasi en même temps que le premier pèlerinage d'habitants de la province de Luxembourg dans la cité mariale.
homélie du dimanche 25 octobre 2009 PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre de Jérémie (31,7-9)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (5,1-6)
Evangile : selon saint Marc (10,46b-52)

 

 

 

«Jésus lui dit: ''Que veux-tu que je fasse pour toi?''. ''Rabbouni, que je voie''. Et Jésus lui dit: ''Va, ta foi t'a sauvé''» Mc.10,51-52

 

Je crois que ce n'est pas par hasard si cet évangile tombe à l'occasion de cette journée de la Mission Universelle de l'Église (la Conférence Épiscopale Belge a demandé, en effet, qu'en Belgique cette journée puisse se dérouler le dernier dimanche d'octobre). A travers cet évangile, le Christ vient nous révéler en quoi consiste notre mission de chrétiens, auprès de nos enfants et auprès de tous ces hommes et ces femmes que nous croisons chaque jour. Et peut-être que nous découvrirons qu'évangéliser, c'est bien plus que parler de Dieu.

 

Voyons, par exemple, comment le Christ lui-même a évangélisé cet homme aveugle.

 

Tout d'abord, Marc nous dit que cet homme est non seulement aveugle et mendiant, donc marginalisé, mais en plus il s'appelle Bartimée. Non pas que ce prénom soit moche, mais dans la culture juive, le nom confère une identité à la personne. Et quel est le nom de cet aveugle? ''Bar-Timée'', qui veut dire en hébreux ''Fils de Timée''. Marc nous laisse entendre, par là, que cet homme est insignifiant; il n'existe pas, sinon que comme ''fils'' de quelqu'un d'autre. Il n'a pas une identité propre.

Ce n'est pas un hasard, non plus, si Marc nous dit que cette rencontre se passe près de Jéricho. Il faut savoir en effet, que Jéricho est la ville la plus basse de la planète, située à plus de 250 mètres sous le niveau de la mer. Quelque part, c'est au plus profond de son abîme, au cœur de son néant, que Jésus va rencontrer cet homme.

 

Et quand Jésus passe près de lui, cet homme sent que quelque chose recommence à vibrer en son « intérieur ».

Il ne sait pas très bien ce qu'il ressent. S'agit-il d'un sentiment d'injustice, de colère, d'impuissance, ou de confiance, de joie, d'espoir...? Difficile à dire. Mais ce sentiment en lui, est tellement fort, qu'il ne peut pas s'empêcher de commencer à crier: «Jésus, fils de David, ait pitié de moi!». Au point que les gens l'interpellent vivement pour le faire taire.

En effet, tant qu'il subissait sa condition sans rien dire, sans se plaindre, juste en demandant de temps en temps l'aumône, cet homme ne dérangeait personne. Mais là, il commence à occuper un peu trop de place aux dires de son entourage. Et on lui intime de se taire.

 

Pas Jésus. C'est à ce moment-là que Jésus entend ses cris, il s'arrête et il l'appelle.

Et voilà que cet homme se met debout. Il va même jusqu'à courir vers lui! Parce qu'il est enfin relié à son corps, à son coeur, à son ressenti. Plus rien ne peut le retenir. Cet homme peut, finalement, se donner le droit d'éprouver des sentiments, sans plus tomber dans le piège de devoir les cataloguer en bons ou mauvais, justes ou illégitimes, honorables ou méprisables, parce qu'il a trouvé en Jésus quelqu'un qui lui a donné le droit de les exprimer, sans le censurer ni le culpabiliser.

 

Et pourquoi est-ce tellement important pour le Christ que cet homme fasse de la place à ses sentiments?

Parce que ce sera justement à partir de ces sentiments que cet homme pourra remonter aux besoins inscrits au plus profond de son être. Car ce sont ces besoins, frustrés chez lui, qui l’empêchent de sentir qu'il existe.

 

Mais le Christ sait aussi qu'on se connait très peu et qu’il est très difficile, pour nous, de déceler nos besoins vitaux. Ils sont parfois très enfuis en nous. Ces besoins peuvent être, tout simplement, le besoin d'être reconnu, aussi bien dans ce que je fais que dans ce que je suis, ou le besoin de pouvoir m'exprimer et de me savoir entendu, de travailler dans un climat de confiance, de vivre dans l'ordre, de me savoir chez moi en sécurité, de me savoir aimé, d'avoir des espaces à moi, de pouvoir vivre ma foi à mon rythme, etc...

Souvent, on ne sait reconnaitre et nommer vraiment ces besoins que lorsqu’ils sont atteints ou frustrés.

C'est pourquoi Jésus aide cet homme à reconnaitre son besoin frustré en lui demandant: «Que veux-tu que je fasse pour toi?». Par cette question, Jésus invite cet homme à exprimer une demande bien précise qui, par la suite, pourra mieux éclairer le besoin intime et vital qui est à l'origine de cette demande.

 

Voilà pourquoi, quand cet homme exprimera à Jésus une demande très claire: «Rabbouni, que je voie», Jésus lui répondra: «Va, ta foi t'a sauvé».

On pourrait croire qu'il n'y a pas de lien logique entre la demande de l'homme aveugle, qui cherche à ''voir'', et la réponse de Jésus, qu'il lui dit qu'il est ''sauvé''. En réalité, Jésus est en train de révéler à cet homme qu'au fond, par le biais de la vue retrouvée, celui-ci ne cherche qu'à retrouver un statut, aussi bien à ses propres yeux, qu'aux yeux de Dieu et aux yeux des autres.

Voilà que Jésus vient de mettre le doigt sur son besoin frustré! En effet, à cette époque, la maladie était considérée comme une conséquence du péché. Donc, si cet homme était aveugle, ce devait être parce qu'il s'était rendu, lui ou ses parents, impur par un acte grave. Et Dieu l'avait surement rejeté en le punissant. Retrouver la vue signifie donc, pour cet homme, que Dieu lui a pardonné, qu'il est réintégré dans la vie de la communauté et qu'il peut se regarder à nouveau en face (c'est le cas de le dire!).

La bonne nouvelle, pour lui, n'est pas seulement qu'il a retrouvé la faculté de voir, si vous voulez; mais surtout, qu'à partir de ce moment il peut se donner le droit de recommencer à vivre. Il a été «sauvé»! Voilà pourquoi l'évangile ne se termine pas sur l'aveugle qui retrouve la vue, mais sur cet homme qui quitte le trottoir pour se remettre ''en route'', à la suite du Christ.

 

Comprenons alors, ce matin, qu'évangéliser n'est pas tout d'abord parler longtemps de Dieu, faire du catéchisme, faire du porte-à-porte comme les Témoins de Jéhovah ou encore faire des processions en ville avec le Saint Sacrement. Évangéliser nos enfants, évangéliser l'homme d'aujourd'hui, c'est tout d'abord, ne pas avoir peur d'aller le rejoindre dans sa ''Jéricho''; c'est-à-dire aller le rencontrer dans ses manques, dans ses vides, dans ses frustrations, là où il se sent démuni, impuissant, ...aveugle.

 

Ensuite, avant de commencer à lui parler, il faut savoir se taire et l'écouter dans ce qu'il a à vivre au quotidien, et dans ce qu'il ressent au plus intime de lui-même. Mais pour cela, il faut savoir faire tout un travail sur soi pour accepter de lui laisser le droit d'exprimer ses sentiments, tous ses sentiments, même les plus déstabilisants à nos yeux, même ceux qui peuvent déranger ou choquer notre sensibilité, comme la colère, la honte, ou le découragement... («L'aveugle se mit à crier: ''Jésus, fils de David, ait pitié de moi!''» Mc.10,47).

 

L'évangéliser c'est, ensuite, l'aider à prendre conscience de tout ce qui avait du prix à ses yeux et qui le faisait vivre. L'aider à prendre conscience au fond, de ce besoin frustré en lui qui a éveillé tous ces sentiments, parfois violents parfois autodestructeurs (si pas intégrés dans une démarche d'éveil).

Et cela, en lui montrant que Dieu est sensible à ce besoin, parce qu'il est toujours du côté de la Vie. Je ne vois, en effet, aucun besoin vital en nous, et je dis bien ''vital'', qui soit méprisable ou honteux; sauf, bien entendu, si nous nous trouvons face à une pathologie psychiatrique ou à un sérieux trouble de la personnalité!

 

Et enfin, à partir de ce besoin, aider la personne à exprimer une demande concrète, si c'est dans le cadre de la vie fraternelle, relationnelle, ou l'aider à exprimer une prière précise, si ça concerne plutôt sa relation à Dieu («Que veux-tu que je fasse pour toi? Rabbouni, que je voie»).

 

Mais n'oublions pas, et c'est très important, que le vrai but n'est pas d'arriver à répondre à toutes ses demandes. Le vrai but c'est d'arriver à qu'il se sente rejoint dans son besoin vital qui, à ce moment précis, se trouve frustré. Et cela, peut-être autrement qu'en répondant à sa demande spécifique! («Va, ta foi t'a sauvé»)

 

Combien de fois, dans nos relations avec les autres ou même avec Dieu, il ne nous arrive pas la même chose?!

Comment nous sentons-nous par exemple lorsque, après avoir exprimé une demande précise où après avoir prié longtemps, nous avons l'impression de ne pas avoir été écoutés? Mais, au fait, sommes nous sûr que nous n'avons pas été écoutés, où plutôt nous n'avons pas reçu ce que nous avons demandé?!

Parce qu’il y a une grande différence entre les deux. Parfois nous sommes tellement focalisés sur ce que nous avons demandé que nous n'arrivons même pas à nous apercevoir que Dieu, ou les autres, ont peut-être déjà répondu à notre besoin. Mais... autrement que comment nous l’avions imaginé!

 

Alors, gardons bien à l'esprit cette différence fondamentale entre la demande spécifique et le besoin vital qui en est à l'origine. Vous verrez que dans le futur non seulement nous souffrirons beaucoup moins et nous culpabiliserons beaucoup moins ceux qui vivent à côté de nous, mais en plus nous saurons mieux répondre à notre mission vis-à-vis des personnes que le Seigneur décidera de mettre sur notre route.

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin