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Homélie du dimanche 4 octobre 2009 PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre de la Genèse (2,18-24)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (2,9-11)
Evangile : selon saint Marc (10,2-16)

 

 

 

«Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas!» Mc.10,9

 

Le Christ, ce dimanche, n'a pas peur d'aborder un sujet aussi délicat que celui du... divorce.

C'est toute notre société qui est concernée, et personne ne peut se dire insensible ou à l'abri. A plus forte raison à l'heure actuelle, où plus de la moitié des mariages dégénère en rupture.

 

Qui ne connaît pas, par exemple, au moins un couple d'amis qui ne soit pas passé par là?! Combien de fois, à nous aussi, l'idée du divorce ne nous a pas traversé l'esprit?! Peut-être ne fut-ce que pour un instant, mais on y a pensé. Et pas forcément après une trahison; peut-être tout simplement après une énième dispute dans le couple, une énième déception, un énième ''ras-le-bol''!

Parfois on se demande même, comment il se fait qu'on a survécu à des grosses crises et qu'ensuite on s'effondre pour un rien, en remettant tout en question. Vraiment tout! Mais peut-être que, finalement, ce ''rien'' n'a été que la goutte qui a fait déborder un vase déjà bien rempli.

 

Il y a aussi de ceux qui, après avoir raté leur mariage, essayent au moins de ''réussir'' leur divorce, de la manière la plus paisible possible.

Mais il faut savoir que le divorce, même si dans certains cas reste un moindre mal, et je n'ai pas peur de l'affirmer, ouvre toujours une blessure dans la vie affective et psychologique d'une personne. Je dirais même que si on en arrive au divorce, c'est parce que cette blessure est déjà bien ouverte, peut-être depuis trop longtemps, et qu'elle commence à s'infecter, au détriment de la personne et au détriment de ceux qui l'entourent, voire les enfants.

 

Et on garde, hélas, longtemps les séquelles d'un divorce. Qu'on se l'avoue ou pas, il nous affecte très profondément, jusqu'à arriver à nous toucher dans notre capacité à nous respecter nous-mêmes et à nous ouvrir à la confiance aux autres.

Et s’il est déjà difficile pour une personne d’arriver à aimer, ça l'est encore plus, vous l'imaginez bien, quand c'est toute l'image et l'estime d'elle-même qu'elle doit d'abord reconstruire. Parfois, on se retrouve à devoir repartir de très loin; ceux qui sont passés par là le savent, ainsi que ceux et celles qui, en temps qu'amis(/amies) ou en temps que compagnons(/compagnes), les ont pris par la main et, avec beaucoup de patience, ils ont avancés ensemble sur ce chemin de reconstruction.

 

            «Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas!», n'est donc pas, avant tout, un code, extrait du Droit Canonique, interdisant le divorce. C'est tout d'abord une supplication, un cri qui jaillit directement du cœur de Dieu!

Dieu ne souhaite pas voir souffrir ses enfants; il a un rêve de bonheur sur eux: «L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un» Mc.10,7-8.

 

Reste à savoir, maintenant, concrètement, ce que ça veut dire pour Dieu être «un»?

Parce que si on connaît trop bien le nombre de couples qui se séparent, chaque année, ce qu'on n'ose même pas imaginer c'est le nombre de couples qui, tout en restant ensemble, ne savent plus vivre l'un pour l'autre, et qui se résignent à vivre tout simplement l'un à côté de l'autre.

Est-ce que c'est une meilleure solution que le divorce? Je ne suis pas là, ce matin, pour en juger. Ce que je sais, c'est que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'Église ne prône pas ''l'union'' à tout prix, coûte que coûte. Elle incite, plutôt, à rechercher la ''communion''.

La différence? Elle est Énorme! Prenez par exemple deux pierres, et mettez-les l'une à côté de l'autre. Est-ce qu'il y a quelque chose qui se vit entre elles? Prenez maintenant deux aimants. Même si on les éloigne l'un de l'autre, ils continueront à s'attirer l'un vers l'autre. Voilà la différence entre ''union'' et ''communion''.

Le rêve de Dieu sur le couple? Non pas l'union, mais la communion: «tous deux ne feront plus qu'un»!

 

            Vous comprenez alors que la vraie question n'est pas de savoir choisir entre divorcer ou rester à côté, l'un de l'autre. Dans les deux cas nous sommes face à un échec, parce que dans les deux cas nous sommes loin du rêve que le Seigneur a sur le couple. La vraie question c’est de savoir comment nous rapprocher le plus possible de ce rêve, car il en va de notre bonheur et du bonheur des personnes qui nous entourent.

 

Là, l'Église nous vient en aide. Elle nous révèle que l'amour entre un homme et une femme, pour être un amour ''sacramentel'', c'est à dire un amour qui incarne ce rêve de Dieu, doit présenter quatre caractéristiques. Cet amour doit être libre, indissoluble, fidèle et fécond. Cela parce que Dieu, lui, le premier, nous a aimé d'un amour libre, indissoluble, fidèle et fécond.

C'est-à-dire que le critère de la ''validité'' d'un mariage n'est pas l'endroit où il est célébré, mais la nature de l'engagement entre les époux. Ce sont eux, et eux seuls, les ministres du mariage. Voilà pourquoi, ce n'est pas parce que nous nous sommes mariés à l'église que notre amour est forcement sacramentel. Et cela, malgré même la présence d'un évêque, de dix concélébrants, de huit témoins, de la robe blanche et de cinq photographes ce jour-là. Comme ce n'est pas parce qu'un couple se marie à la Commune, en quinze minutes, que leur amour ne peut pas être sacramentel. Peut-être qu’il ne l'est pas officiellement, mais je suis certain qu'il peut très bien l'être aux yeux de Dieu, si ces quatre conditions sont remplies!

 

            Si je vous provoque un peu, ce matin, c'est pour nous aider à sortir de nos pieuses hypocrisies, là où c'est très facile de s'installer sans plus laisser à personne le droit de nous remettre en question mais du haut desquelles nous nous donnons le droit de juger et condamner tout le monde.

Soyons alors honnêtes avec nous-mêmes, et voyons si notre amour est, en définitive, vraiment libre, indissoluble, fidèle et fécond, ou s'il n'est juste qu'un amour de ''façade'', un amour de bonne conscience. Les enjeux sont trop sérieux pour ne pas risquer de se poser la question.

 

Alors, comment savoir si l'amour que nous éprouvons l'un pour l'autre est un amour ''libre''?

Je vais vous poser la question autrement. Qu'est-ce qui te retient de quitter ton mari ou ta femme? C'est l'amour que tu éprouve pour lui, ou tout d'abord la peur de faire souffrir les enfants, la peur de devoir tout recommencer à zéro, la peur d'avoir passé l'âge, la peur de devoir trouver un travail, une nouvelle maison, ou la peur du regard des autres...?

Si ce qui te retient de partir c'est une de ces peurs, plutôt qu'un amour et une complicité de couple, alors c'est que la dimension de la liberté est atteinte.

 

Comment savoir, maintenant, si l'amour  que nous éprouvons pour notre conjoint est un amour ''indissoluble''?

Nous avons bien compris que ''indissoluble'' ne veut pas dire tout simplement vivre à coté, l'un de l'autre, jusqu'à ce que la mort ne nous sépare. L'indissolubilité a un lien profond avec ce que l'Église appelle le ''devoir conjugal'', et que moi je comprends mieux comme ''devoir de séduction''. Là où pour ''séduction'' j'entends la volonté de donner envie à l'autre de m'aimer, de me connaître d'avantage et de vouloir me rejoindre dans mon univers intérieur, pour créer cette communion de vie. Est-ce que je sais encore, par exemple, me rendre attrayant/attrayante (au sens large), aux yeux de mon conjoint? Ou ça fait peut-être longtemps que ce n'est plus une priorité chez moi?!...

 

Ensuite, dans l'amour sacramentel, il y a la dimension de la ''fidélité''.

Là aussi, nous avons l'art de réduire la fidélité à une question de corps, quand en réalité nous pouvons très bien n'avoir jamais trompé notre conjoint sans, pour autant, lui être resté fidèle!

Comment cela?! Comprenons que s'engager dans un chemin de fidélité, c'est s'engager à évoluer ensemble, mais tout en restant fidèle à soi-même, à ses principes, à ses valeurs, et tout en aidant l'autre à rester fidèle à lui-même. Notre conjoint est comme une chrysalide, si vous voulez, vis-à-vis de laquelle nous nous engageons à lui donner l'envie et les moyens d'évoluer en papillon, et devant laquelle nous nous engageons à devenir ce papillon que nous lui avons laissé entrevoir en nous. Voilà, si vous voulez, le sens de la fidélité.

 

Et enfin, la dernière condition pour que notre amour prenne de la hauteur, celle de Dieu, c'est que cet amour soit ''fécond''.

Là aussi, nous avons réussi à réduire l'ouverture à la vie à une question de nombre d'enfants. C'est vraie que l'amour ne peut pas se suffire à lui-même; il a besoin de se dire autour de lui. Et qu'est-ce qu'il y a de plus beau qu’un visage d'enfant pour traduire l'amour entre un homme et une femme?! Mais la fécondité ne se réduit pas à une fécondité biologique: nous pouvons très bien avoir quinze enfants et être totalement fermés à la vie, repliés sur nous-mêmes, dans une attitude d'aigreur; ou nous pouvons, au contraire, être stériles dans nos corps tout en laissant jaillir de notre couple cette fécondité, sur plein d'autres plans.

Comment savoir, alors, si notre amour est fécond? Une joie, profonde et communicative, en est souvent le témoin lumineux. Toute la question est de savoir, maintenant, si on dégage, oui ou non, comme couple, autour de nous, cette joie.

 

Complicité, séduction, relation de croissance, joie communicative: sont tous des éléments qui doivent nous interpeller sur la qualité de notre amour de couple.

 

            Alors, qu'on soit célibataires, divorcés, veufs, ou mariés, cet évangile reste une bonne nouvelle pour nous tous.

Si nous sommes célibataires, qu'il nous donne envie de tendre à cet idéal, sans nous mettre en solde devant le premier venu qui nous fait un beau sourire ou qui nous montre ses yeux ''révolvers''.

Si nous sommes divorcés, que ces quatre critères nous aident à discerner si les conditions pour un amour sacramentel étaient présentes lors de notre mariage; sinon, nous pouvons toujours demander à l'Église de reconnaître la nullité de notre première relation. Entendons-nous bien sur les mots: reconnaître un mariage ''nul'', ne veut pas dire affirmer qu'il n'y a pas eu d'amour, ou que cet amour était nul. Personne n'a le droit de dire ça à un couple ou à leurs enfants! Reconnaître un mariage nul, c'est simplement reconnaître le caractère ''non-sacramentel'' de cet amour.

Si nous sommes veufs ou veuves, cet évangile nous donne l'occasion de témoigner auprès des jeunes de ce qu'a été notre amour, et de leur donner envie de croire en la démarche du mariage.

Et si nous sommes mariés, qu'il ravive cette flamme peut-être fragilisée par trop de petites pluies. Parce que, même si notre amour n'était pas pleinement sacramentel le jour de notre mariage, ce n'est pas grave: c'est aujourd'hui que nous pouvons décider de le valider, de le rendre... sacramentel!

 

Voilà, l'amour nous a lancé un défi. A nous de le relever, ce matin, parce que sinon personne ne pourra le faire à notre place.

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin