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RENCONTRES JEUNES CATHOS
12 à 16 et +

… quelques rencontres pour chanter, prier, partager avec d’autres jeunes
… le temps d’une messe, un partage, un témoignage et/ou un cinéclub 
…un souper sympa pour prolonger si tu le souhaites

• 9 octobre  9h-18h : journée  à MAREDSOUS
•  23 octobre 14h-18h : carrefours de la parole – INDA
•  30 octobre  20h : concert de rock chrétien-Glorius à Libramont
•  20 novembre  18h30 : rencontre – Crypte Saint Martin
•  18 décembre 18h30 : rencontre – Crypte Saint Martin
•  22 janvier 18h30 – rencontre – Crypte Saint Martin
•  18-19 février : les 24h de l’Espérance – INDA
•  26 mars 18h30 : rencontre – Crypte Saint Martin
•  30 avril 18h30 : rencontre – Crypte Saint Martin
Contact : B.Wilkin 063/235617,
 rencontresjeunescathosarlon@gmail.com
www..Saint-Martin-arlon.be

Homélie du dimanche 13 septembre 2009 PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre d’Isaïe (50,5-9a)
2ème lecture : de la lettre de saint Jacques (2,14-18)
Evangile : selon saint Marc (8,27-35)

 

 

« Qui suis-je, pour vous ? » demandera Jésus à ses disciples. Pierre répondra : « Tu es le messie » (Mc.8,29)

Cette question, c’est à nous bien entendu, que Jésus l’adresse, ce matin. Et tout à l’heure, comme Pierre, nous aussi, nous pourrons affirmer, dans le Credo, que nous croyons en Jésus Christ, « son fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit, etc… ».

Oui, nous aussi quelque part, nous dirons qu’il est le messie. Reste à savoir, maintenant, …quel genre de messie ?!

 

Pour Pierre, comme pour les autres disciples, c’était très clair le messie qu’ils attendaient. C’était tellement clair que c’est au nom de ce messie idéal qu’ils ont tous abandonné Jésus, lors de sa passion. C’est d’ailleurs au nom de ce même idéal que Judas le livrera aux gardes et que Pierre le reniera trois fois. En effet, Jésus, très vite, ne correspondra plus à leur idéal, à leurs attentes.

 

Ne vous choquez pas. Combien de fois, par nos raisonnements si logiques et si humains, nous aussi, comme eux, nous avons renié le Christ. Reconnaissons-le : parfois il nous dérange avec ses paroles sur le pardon et sur l'amour inconditionnel.

 

Pierre aussi, comme Judas et les autres disciples, s’est senti souvent dérangé par ce Jésus. Mais tandis que pour Pierre tous ses reniements marqueront le début d’une profonde libération, d’une remise en question sérieuse de son idéal de messie, pour Judas, son reniement signera le début de sa condamnation.

Pourquoi ? Parce que Judas ne supportera pas de vivre avec ce décalage entre d’une part ce Jésus si réel et si vulnérable, et de l’autre ce messie tout puissant, qu’il a rêvé depuis toujours. Il n’avait pas compris, hélas, que la ‘‘toute puissance’’ du Christ était la toute puissance de l’amour. Une ‘‘toute impuissance’’ si vous voulez, car aimer c’est prendre le risque de se rendre vulnérable face à l’autre.

 

Il faut savoir que Judas était un idéaliste, avec tous les excès que cela peut entraîner.

S’il a livré le Christ, je ne crois pas que ça soit simplement pour quelque pièce d’argent. Il voulait, probablement, que Jésus arrête de se centrer sur les pauvres ou de perdre son temps à guérir les malades. Mais qu’il passe à quelque chose de plus sérieux ! Qu’il se révèle, enfin, comme le messie attendu, celui qui libérera Israël de l’oppression romaine.

Imaginez un peu son désarroi quand il a vu que son ami, plutôt que de saisir cette occasion qu’il lui offrait pour se révéler comme le fils de Dieu, au contraire, s’est laissé crucifier comme le dernier des bandits. A partir de ce moment-là, il est devenu trop lourd pour lui de vivre avec ce décalage entre ce que Jésus était, réellement, et ce qu’il aurait du être à ses yeux.

 

Pierre par contre était quelqu’un de beaucoup moins intellectuel et de beaucoup moins idéaliste que Judas.

Il était un homme pragmatique, qui vivait de sa sueur : s’il ne pêchait pas, il ne mangeait pas non plus, ni lui ni sa famille. S’il a suivi le Christ ce n’est pas au nom d’un idéal abstrait, mais parce qu’il avait été profondément saisi par la personnalité de Jésus, et parce qu’il avait vu que ce dernier portait une attention toute spéciale pour les pauvres et les blessés de la vie, des gens réels, avec des problèmes réels, comme lui.

Pierre était un instinctif impétueux, plutôt qu’un calme intello. Il n’aimait pas discuter, il préférait agir. C’est pourquoi, pour lui, l’insupportable a du être le fait de contempler Jésus qui choisissait d'aller vers la mort sans réagir, sans ni lutter ni fuir.

 

Voilà deux personnes très différentes mais confrontées à un même choix, très sérieux : le choix de pousser Jésus à ressembler de plus en plus à leur messie idéal ou le choix de renoncer à leur idéal pour accepter ce Jésus-là comme leur messie.

 

Nous aussi, si vous voulez, nous sommes confrontés au même choix: le choix de continuer à rêver une vie idéale ou le choix de faire de notre vie concrète un rêve. Parce que, par cette question: « Qui suis-je, pour vous ? », le Christ vient nous interpeller très sérieusement autant sur le regard qu'on porte sur Dieu, que sur le regard qu'on porte sur nous-mêmes et sur notre vie. L’un ne va pas sans les autres.

Pierre, par exemple, a su faire de sa vie un rêve, un rêve... d'amour, sans pour autant nier sa réalité la plus profonde mais bien au contraire à partir de celle-ci ; à partir d'une réalité où il a su faire place aussi bien à son courage qu'à sa lâcheté, aussi bien à ses professions de foi qu'à ses reniements. Judas, lui, a continué à vouloir courir derrière un idéal, et quand il a été confronté à sa pauvreté à lui, à sa misère, à sa trahison, là le choc a été trop fort, le réveil trop dur pour le supporter. Et il a jeté l’éponge.

 

Alors, qu’est-ce que nous voulons faire ?! Continuer à rêver une vie idéale, sans problèmes, attendant de gagner au Loto? Continuer à rêver un couple idéal, sans tensions, attendant que l'autre change? Continuer à rêver son boulot idéal, envié par tous, attendant une promotion qui peut-être n'arrivera jamais? Ou commencer à aimer notre vie réelle, notre couple imparfait, notre boulot d'aujourd'hui en essayant plutôt de changer notre propre regard ?!

 

Il ne s’agit pas là de se contenter, de se résigner. Il faut tendre à l’idéal, bien sur, mais sans nier notre réel et en respectant le réel des autres !

 

Comprenons aussi que ce « passes derrière moi », que Jésus adresse à Pierre, n'est ni une punition ni un reproche. C’est l’invitation que le Christ lui adresse, à lui comme à nous, pour nous remettre à sa suite, pour remettre nos pas dans les siens. Et cela indépendamment des reniements que nous avons vécus à son égard, et que nous risquons de vivre encore.

Cela, qu’on le veuille ou pas, fait partie de notre réel. Et il n'y a pas d'amour idéal sans qu'il soit d'abord bien réel et bien incarné. Sinon ce n'est qu'un leurre.

 

Surtout, ce « Passe derrière moi » c’est pour aujourd’hui. Hier n'existe plus et demain n'existe pas encore !

On sera jugé sur l'amour qu'on aura su donner, et non pas sur l'amour qu'on aurait voulu donner. Il n'y a que notre aujourd'hui qui existe pour aimer; notre ''là et maintenant'', avec ce que nous sommes et non pas avec ce que nous voudrions être! Et saint Pierre, contrairement à Judas, cela, il l’avait compris. C’est ça qui l’a sauvé du suicide.

 

Alors, continuer à rêver une vie parfaite, idéale, ou commencer à faire de notre vie imparfaite un rêve bien réel ?! Parce que si Dieu s’est incarné en Jésus Christ, c’est pour nous réconcilier avec notre propre incarnation, avec toutes ses richesses ainsi que toutes ses limites !

 

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin