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| Homélie du dimanche 26 juillet 2009 |
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1ère lecture : du second livre des Rois (4,42-44)
Jésus est là, sur la montagne, avec ses disciples. Saint Jean nous dit que « c’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs » Jn.6,2 Et bien, je crois que ce n’est pas par hasard si Jean situe la multiplication des pains dans un contexte pascal. Pour mieux comprendre ce passage de l’évangile, il faut alors le lire à la lumière de ce que la Pâque représentait pour un juif.
Revenons en arrière, de quelques centaines d’années. Imaginez ce peuple esclave en Egypte. Pendant 400 ans, ils ont le temps de ressentir la vraie faim, celle de liberté. Et à un moment donné, ils se donnent le droit de crier vers Dieu. C’est à ce moment-là que Dieu répond à leur cri, en leur envoyant un libérateur : Moïse. Parce que maintenant, ils sont prêts à l’accueillir. Et la nuit qui marque le passage entre l’esclavage et la liberté, Dieu leur demande de manger du pain sans levain, du pain qui n’a pas eu le temps de lever, car c’est le pain de la hâte. Voilà pourquoi le nom « Pâques ». Car « Pâques » veut dire ‘‘passage’’. Dieu les arrache à « l’Egypte », «Egypte » qui en hébreux veut dire ‘‘angoisse’’, pour les faire passer à la Terre Promise, une terre où ruisselle le lait et le miel, symbole si vous voulez de la confiance et de la douceur.
Vous comprenez par là que c’est beaucoup plus qu’une faim de pain que le Christ vient éveiller chez cette foule de l’évangile. Il les invite à écouter leur véritable faim, cette faim de liberté, de confiance, de douceur. C’est seulement à ce moment-là que le Christ pourra être ce nouveau Moïse, capable de les arracher à leur Egypte, à leurs stress, à leurs angoisses.
Maintenant, c’est à nous ce matin, que cette parole est adressée. Ce dimanche, le Seigneur nous invite à écouter très sérieusement notre faim, notre besoin de nous accomplir. Par là quelque part, il nous interpelle sur nos ‘‘Egypte’’. Qu’est-ce qui aujourd’hui dans ma vie, dans ta vie, nous empêche d’être libres, c’est-à-dire de goûter au véritable bonheur, à ce ‘‘lait’’ et à ce ‘‘miel’’ dont il est question dans l’Ancien Testament ?! Qu’est-ce qui te stresse ? Qu’est-ce qui m’angoisse ? Parce que le Christ peut être la réponse que nous attendons ; mais à condition que nous soyons vrais avec nous-mêmes !
Qu’est-ce qu’il me manque alors, pour que je me donne enfin le droit d’être vraiment heureux, heureuse ? Et je ne parle pas ici des besoins artificiels que la société nous propose, et qu’elle nous impose quelque part. Ici je parle de ces besoins fondamentaux qui sont inscrits au plus profond de nous, de notre être : le besoin de dialogue dans le couple ; le besoin d’exister aux yeux de mes parents ; le besoin d’être respecté dans ce que je suis ; d’être reconnu dans ce que je vis de douloureux ; le besoin de travailler dans un climat de confiance… Mais aussi, le besoin de prendre des temps de repos, de se donner le droit de décompresser, d’attraper des fous rires, tout simplement quand ça vient. Quand est-ce la dernière fois que, par exemple, je me suis donné le droit de rigoler pour un rien, de perdre du temps devant un enfant qui dort, de me surprendre en train de pleurer devant un film…
Interrogions notre faim. Elle nous révèle quelque chose de nous. Elle permet de mieux nous connaître.
Mais pour cela, il faudrait encore que nous ressentions de la faim ! Car parfois, nous avons tellement peur de nous, de nos réactions possibles, que nous nous coupons de notre ressenti. Nous nous coupons de notre corps, de notre cœur, par peur de laisser place en nous à un sentiment d’inaccompli, d’inachevé. Et par là, peur de risquer de tout remettre en question : notre couple, notre travail, voir même le sens de notre vie…
Ecoutons-nous, oui, mais tout en ayant l’humilité de se dire qu’une fois notre besoin vital exprimé, l’autre pourrait ne pas être en mesure d’y répondre. Ce n’est pas parce que j’exprime un besoin, si important qu’il soit pour moi, que pour cela il doit être comblé tout de suite et comme je veux. Exprimer notre besoin, c’est d’abord lui donner le droit d’exister. L’exprimer c’est, quelque part, nous donner le droit d’exister, aussi par ce besoin, par ce manque.
Cela, c’est très important, car crier notre faim nous permet aussi de démasquer nos « Egypte », de mettre le doigt sur nos peurs, sur nos angoisses. Parce que ce sont elles nos ennemies, et non pas les personnes en face de nous, qui peut-être éveillent chez nous ces peurs, ces angoisses ! Si vous voulez, est-ce que c’est vraiment mon père le ‘‘pharaon’’ qui me castre, ou parfois c’est plutôt la peur de réaliser d’être un raté qui m’empêche de m’affirmer devant lui?! C’est mon mari qui ne sait pas dialoguer ou c’est plutôt la peur que j’ai d’être insignifiante, d’être rejetée, qui m’empêche de l’accueillir dans ses silences ?! C’est mon frère qui est trop extroverti, ou c’est la peur que j’ai de ne pas être à la hauteur qui me renferme dans ma timidité ?!
Et surtout, soyons indulgents avec nous-mêmes et avec les personnes qui nous entourent : rappelons-nous que derrière toute peur il y a toujours une blessure ouverte, toujours une blessure qui saigne. Mais ça c’est un autre chapitre. Aujourd’hui ce qui compte, c’est d’écouter nos besoins vitaux, de dénicher ensuite cette angoisse en nous qui les empêche de s’exprimer de manière saine, et enfin de laisser le Christ nous dire qu’il est la mesure capable de combler ce manque, de rassasier notre faim.
Voilà la bonne nouvelle de ce dimanche : Dieu ne reste pas indifférent à notre faim, à nos aspirations les plus intimes et les plus vraies. Et pour nous aider à répondre à ces besoins, pour combler notre faim, il s’offre à nous comme le nouveau Moïse, pour nous libérer de nos esclavages, de nos peurs, de nos conditionnements.
Courage, parce que tant que nous ne nous avouons pas à nous-mêmes notre faim intime, nous condamnons le Christ à rester impuissant devant nos angoisses, devant nos « Egypte ».
Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin |



