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Homélie du dimanche 24 mai 2009 - 7ème dimanche de Pâques PDF Imprimer Email

1ère lecture : du livre des Actes des Apôtres (1,15-17.20a.20c-26)
2ème lecture : de la première lettre de saint Jean (4,11-16)
Evangile : selon saint Jean (17,11b-19)

 

Nous nous trouvons en ce temps entre l’Ascension du Seigneur au ciel et la fête de Pentecôte, qu’on célébrera dimanche prochain.

Jésus-Christ ressuscité est monté, avec son corps et sa nature humaine, siéger à la droite du Père : il nous a emmenés au ciel avec lui, notre nature humaine, de sorte que, quelque part, nous vivons déjà avec le Christ au ciel, en espérance. C’est la vie divine qui nous attend, la vie céleste, dont nous pourrons déjà vivre ici, sur cette terre, par la grâce de l’Esprit : c’est pour cela que nous attendons le don de l’Esprit à Pentecôte.

 

 

 

Dans cette tension, le Christ, avant de monter vers le ciel, prie le Père pour nous, dans l’Evangile d’aujourd’hui, il intercède pour nous, qui restons dans le monde. Mais il prie non pas pour nous retirer du monde, mais plutôt pour nous garder du Mauvais ; et il ajoute aussitôt que nous ne sommes pas du monde, de même que lui, le Seigneur, n’est pas du monde. Qu’est-ce que cela veut dire, que nous sommes dans le monde, sans être du monde ?

Être du monde c’est appartenir à l’esprit du monde, ce qui est la recherche de notre vie ici : le monde c’est tout ce en quoi nous cherchons notre vie, notre sécurité, en cette terre.

Saint Jean, dans sa première lettre, dit que ce qui appartient au monde c’est la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, la superbe de la vie. En bref, c’est le désir que nous avons de posséder, des richesses, d’avoir les honneurs, d’êtres reconnus, respectés : c’est un désir qui nous fait jalouser les autres, qui nous rend plein d’envie, souvent.

La superbe de la vie, par contre, c’est l’orgueil qui nous vient du fait de penser être dieu de notre existence, et qui nous fait appuyer sur nos forces, sur la vigueur de la jeunesse, ce qui nous fait mépriser aussi la faiblesse de notre condition humaine, celle de la vieillesse, de la maladie, de la précarité. En un mot, c’est un esprit qui hait la croix de Jésus-Christ, qui refuse l’épreuve, la difficulté, la souffrance : le Seigneur lui-même a lutté contre cette tentation du monde, car la lumière est venue dans le monde, mais le monde ne l’a pas reconnue, comme dit saint Jean.

Mais le Seigneur a vaincu cet esprit, il a vaincu le monde, car il est rentré dans la volonté du Père, dans la mort, et il est sorti victorieux, ressuscité, puisqu’il a aimé ses ennemis. Ce même amour, contraire à l’esprit du monde - qui est, lui, plein de vengeance -, le Seigneur voudrait nous le donner.

Comment ? Jésus dit au Père, dans cette page de l’Evangile, de nous consacrer dans la vérité. Or, le mot « consacrer, sanctifier », veut dire « mettre à part, séparer » : donc, Dieu voudrait nous séparer de l’esprit du monde, tout en restant dans le monde, pour recevoir de son Esprit.

La question est la suivante : comment le Seigneur est-il en train de te consacrer, de te mettre à part, dans la vérité ? Il est en train de le faire par la croix de ton existence, par l’épreuve que tu es en train de vivre actuellement : à travers cela, Dieu te met dans la vérité, comme il le dit, car c’est là que lui-même est rentré et en est sorti ressuscité. C’est là qu’il nous attend tous, pour faire, au contraire, l’expérience de la résurrection et avoir ainsi la même joie dont parle Jésus,  et pour démonter le mensonge de l’esprit du monde, qui nous fait toujours révolter.

Mais pour cela faire, il nous faut recevoir l’Esprit Saint, être consacré par l’Esprit : c’est seulement lui qui peut nous attester, nous témoigner, à l’intérieur de nous, la vérité de cette parole, comme dit saint Jean : « nous avons reconnu et nous avons vu que Dieu nous aime, qu’il est amour ». Seulement l’Esprit Saint pourra nous convaincre que l’amour à l’ennemi est la vérité, de non répondre au mal par le mal. Sommes-nous disposés à renoncer à l’esprit du monde, pour recevoir l’Esprit Saint ? Car ils sont incompatibles, puisque le monde a en haine l’Esprit et les chrétiens, ainsi que l’Eglise.

Aujourd’hui le Seigneur vient par la célébration de l’Eucharistie pour nous consacrer dans la vérité, pour nous mettre à part par la vérité de son mystère pascal : c’est lui qui va transformer ce pain et ce vin en son Corps glorieux, lui qui est le véritable saint, le consacré, car il nous a aimés pécheurs. En prenant part à son Corps, nous nous unissons à lui ; nous nous consacrons avec lui, faisant un avec le Corps glorieux qui est au ciel et qui nous permet déjà de vivre de la vie divine ici-bas.

Que le Seigneur nous accorde alors la foi pour le reconnaître, maintenant, sur cette table, dans l’espérance de recevoir de lui, en plénitude, son même Esprit, l’Esprit de l’amour à l’ennemi, et faire de nous des saints !

 

 

Ciro LIPARTITI – Diacre, séminariste en stage à Saint-Martin