Merci de vous inscrire sans plus tarder, sur la lecture de l'évangile de Saint-Marc le MARDI 14 FÉVRIER de 9h15 à 15h30 à ARLON Clairefontainechez les Prêtres du Sacré-Cœur, 81 rue du Cloître. |
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| Homélie du dimanche 10 mai 2009 - 5ème dimanche de Pâques |
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1ère lecture : du livre des Actes des Apôtres (9,26-31)
Ce dimanche, à travers l'image du sarment et de la vigne, le Seigneur voudrait nous interpeller très sérieusement quant à quatre manières différentes de vivre l'Evangile, dont les trois premières sont aussi problématiques les unes que les autres.
Une première figure rencontrée ce matin est celle du sarment qui n’est pas lié à la vigne et qui essaies quand même de donner du fruit (Jn.15,4). Ensuite vient le sarment qui est greffé sur la vigne mais qui ne donne aucun fruit (Jn.15, 2a). Puis, vient le sarment qui lui aussi est greffé sur la vigne, mais dont le fruit n’est pas assez mûr car étouffé par des multiples feuilles (Jn.15, 2b). Et enfin, c’est le tour du sarment qui est greffé sur la vigne et qui donne « beaucoup de fruit » (Jn.15, 5).
Commençons par les deux premières figures, celle du sarment qui n’est pas lié à la vigne et qui voudrait quand même donner du fruit, et celle du sarment qui, lui, est greffé sur la vigne mais qui ne donne aucun fruit. De nos jours, nous pourrions traduire l’image de ces deux types de sarments par deux autres catégories, peut-être bien plus parlantes pour nous : d’un coté, si vous voulez, il y aurait la catégorie des ‘‘croyants non pratiquants’’ et, de l’autre, celle des ‘‘pratiquants… non croyants’’. La première expression est très à la mode de nos jours; la deuxième, beaucoup moins employée, mais elle définit une réalité aussi inquiétante que la première.
Pour ce qui concerne la première catégorie, celle des ‘‘croyants non pratiquants’’, elle comprend toutes ces personnes qui un jour ont été baptisées, la majorité étant encore bébé, et qui aujourd'hui, d’une certaine manière, se reconnaissent derrière la plupart des valeurs chrétiennes. Ces personnes prônent le pardon, la défense des pauvres et des faibles, la lutte pour la justice et la dignité de tout être humain, etc., mais ce n'est pas pour autant qu'elles ressentent la nécessité d'appartenir à l’Eglise et de s'appuyer sur les sacrements pour réussir à pratiquer ces mêmes valeurs, ces mêmes idéaux.
Ce sont souvent des personnes très chouettes, d'une grande valeur humaine, qui la plupart du temps sont sincères dans leur recherche de la justice et de la vérité. Mais le problème n’est pas là. Si nous sommes d’accord pour affirmer que le plus grand bonheur pour un homme, c’est d’arriver à aimer d’un amour gratuit, d’une manière inconditionnelle, la vraie question c’est alors de savoir si, appuyés seulement sur nos propres forces, nous pouvons arriver à réaliser ce type d’amour!
Par l’évangile de ce matin, c’est le Christ lui-même qui vient nous donner la réponse. Lui en effet, ne se présente pas à nous comme un modèle à imiter, mais comme la vigne sur qui se greffer. C'est essentiel de comprendre cette différence, sinon nous risquons de réduire le Christianisme juste à une morale à suivre, belle mais parfois exigeante. Tandis que le Christ nous révèle, par l'image de la vigne, que nous pouvons donner « beaucoup de fruit » à une seule condition: celle de se laisser habiter par sa propre sève! Et qu’est ce que c’est cette sève ? C’est l’Esprit Saint. Le voilà, enfin. Nous avons vu en effet le Fils, comme cette vigne qui greffe à elle les sarments. Ensuite, nous avons rencontré le Père, comme le vigneron qui nettoie ces sarments. Et voilà maintenant l’Esprit Saint, comme la sève qui alimente en ces sarments, la nature divine et par là, la possibilité de donner beaucoup de fruit. Et nous pouvons enfin reconnaître dans ces beaux raisins savoureux l’amour à son stade adulte, un amour totalement tourné vers les autres.
Mais c’est clair que le Seigneur peut communiquer son Esprit Saint, cette capacité d’aimer d’un amour inconditionnel, même aux non pratiquants. Comment? Par des grâces que l’Eglise appelle ‘‘actuelles’’. C'est-à-dire des grâces qui font irruption dans la vie d’une personne à tout moment, sans que celle-ci sache vraiment d’où elles viennent. Ces grâces peuvent être des grâces de pardon, des grâces de patience, des grâces de discernement, de confiance, de courage, de chasteté… qui apparaissent à un moment donné où, dans sa faiblesse, la personne ne savait même pas qu’elle pouvait trouver en elle toute cette force pour surmonter l'épreuve. Et justement, parce que ce n’est pas en nous que cette force particulière trouve son origine, mais en Dieu!
Mais si Dieu peut communiquer sa force divine même à ceux qui ne pratiquent pas, alors pourquoi insister encore tellement sur l'importance de la pratique des sacrements?! Pourquoi, par exemple, s'efforcer encore d'aller à la messe, chaque dimanche, et pourquoi insister pour que nos enfants y aillent aussi? La réponse est dans le fait que si c’est vrai que les non pratiquants peuvent recevoir des grâces au même titre que les pratiquants, les pratiquants, eux, ont une chance que les autres n’ont pas. Leur chance, c’est de ne pas être obligés d’attendre qu’à un moment ou l’autre ces grâces ‘‘tombent du ciel’’. Ils peuvent, en effet, aller chercher cette force divine directement là où elle se trouve, par le biais des sacrements. C’est pourquoi on appelle ces autres types de grâces, ‘‘sacramentelles’’. C'est-à-dire que chaque sacrement porte en lui des fruits de l’Esprit Saint, propre à la signification spécifique de ce sacrement. Voilà pourquoi, au moment où j’éprouverai du mépris envers moi-même, de la colère envers mon frère, pour une question d’argent par exemple, ou de la haine envers mon voisin, pour l’une ou l’autre raison… alors je saurai que je peux chercher la force et la grâce du pardon dans le sacrement de la réconciliation. S’il s’agit par contre d’un problème moins grave et de l’ordre plutôt de faciliter la communication, le dialogue dans les relations d’amitié ou d’amour envers l’une ou l’autre personne, alors je saurai que c’est plutôt de la grâce de communion liée à la messe dont j’ai besoin. Si la faiblesse est plutôt d’ordre physique que morale, et si je m’aperçois qu’elle risque d’engendrer en moi des doutes profonds sur l’amour de Dieu à mon égard, je saurai que je peux trouver un soutien et un réconfort dans le sacrement de l’onction des malades. Etc. Voilà pourquoi la différence entre un pratiquant et un non pratiquant n’est pas que l’un est ‘‘meilleur’’ que l’autre, mais plutôt que l’un est plus ‘‘chanceux’’ que l’autre.
Cette première catégorie concerne ces sarments qui voudraient donner le fruit de l’amour, mais en aimant uniquement avec leur propre cœur, sans savoir qu’ils peuvent aimer avec le coeur de Dieu. Par là le Seigneur voudrait leur éviter un terrible danger : celui de se retrouver, un jour ou l’autre, vidés, déprimés, « secs », …‘‘burn out’’.
Ensuite, il y a les sarments qui sont greffés sur la vigne, qui prient et qui pratiquent les sacrements, mais qui ne donnent pas de fruit. Comment cela s’explique-t-il ?! Ce sont ceux que j’ai mis dans la catégorie des ‘‘pratiquants non croyants’’.
Non pas qu’ils ne croient pas en Dieu ; ils ne croient plutôt pas en eux-mêmes. Ce sont les ‘‘tièdes’’, ceux qui par exemple reconnaissent leur radinerie, leur égoïsme, leur luxure…, qui reconnaissent qu’ils l’ont été toute leur vie et qui se disent qu’ils le resteront toute leur vie. Ce sont ceux qui ne permettent pas, par leur incrédulité, à la grâce sacramentelle, à cette sève dont ils sont traversés, de déployer toute sa force en produisant de beaux fruits. On les reconnaît parce qu’ils se répètent tout le temps qu’ils ne sont pas à la hauteur, qu’ils ne sont pas Jésus-Christ, et le pire c’est qu’à la fin, ils arrivent même à se complaire dans cette médiocrité, dans cette tiédeur, sans avancer.
Ensuite on a abordé une troisième catégorie. Ce sont ces sarments qui produisent un peu de fruit, c’est vrai, mais dont ces fruits ne sont pas très mûrs car ils sont souvent cachés derrière une grande quantité de… feuilles. Ce sont ceux qui se laissent traverser par cet Esprit Saint, par cette sève, mais qui utilisent cette force non pas spécialement pour se donner aux autres, pour donner des ‘‘fruits’’ et se laisser manger. Ils dirigent cette énergie principalement dans les ‘‘feuilles’’, pour être admirés par les autres. Ceux sont des hommes et des femmes souvent très engagés dans la vie paroissiale. Prêtres compris ! Comment reconnaître si l’on est dans cette troisième catégorie ?! Il suffit de voir comment nous réagissons lorsque, après avoir rendu l’un ou l’autre service, on oublie de nous remercier…
Comprenons alors, ce matin, que le Seigneur n’est pas là pour juger ces trois types de sarments. Il ne vient pas nous condamner, mais il vient nous éclairer dans notre démarche de foi pour que nous puissions passer à une quatrième catégorie, celle des sarments qui donnent « beaucoup de fruits », beaucoup d’amour.
Voilà pourquoi, si nous nous reconnaissons dans une des trois premières catégories, le moment est venu de demander au Seigneur de nous faire évoluer dans notre foi. Laissons qu’il nous greffe à nouveau à lui si nous nous rendons compte que nous nous sommes éloignés, un peu à la fois, de la vie d’Eglise et des sacrements ; laissons qu’il nous traverse à nouveau par sa sève si nous nous sommes fermés sur nous-mêmes en contemplant nos péchés, nos échecs ; et laissons-le nous nettoyer si nos feuilles ont commencé à couvrir nos fruits, en leur empêchant de mûrir vraiment.
Courage, c’est là tout notre intérêt, c’est là tout l’intérêt de Dieu : « C’est la gloire de mon père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples » Jn.15, 8
Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin |



