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| Homélie du Jeudi 9 avril 2009 - Jeudi Saint |
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1ère lecture : du livre de l'Exode (12,1-8.11-14)
Souvent, le jeudi saint, ce qu’on retient le plus du geste du lavement des pieds c’est l’humilité du Christ, en train de se « rabaisser » au rôle d’esclave. C’étaient en effet les esclaves qui devaient laver les pieds des invités. Et on croit que pour vivre pleinement notre mission de chrétiens, il nous faut imiter cette forme d’humilité en se rabaissant nous aussi, comme lui, devant notre prochain.
Mais est-ce que c’est vraiment ça l’humilité à laquelle le Christ nous appelle? Pour mieux comprendre ce que c’est que l’humilité, peut-être qu’il faudrait tout d’abord savoir faire la différence entre ‘‘s’abaisser’’ et ‘‘se rabaisser’’.
Le risque, sinon, c’est qu’en cherchant à être humbles, dans un juste abaissement, on tombe dans deux dérives possibles : d’une part celle de l’hypocrisie, de l’autre celle du mépris de soi. On tombe dans le mépris de soi, par exemple, lorsqu’on se rabaisse en croyant valoir moins que ce qu’on vaut vraiment ; tandis qu’on tombe dans l’hypocrisie lorsqu’on se rabaisse en croyant valoir plus de ce qu’on vaut … mais tout en disant valoir moins, bien entendu. Pour ma part, je crois que la vraie humilité se manifeste en nous, en réalité, lorsqu’il n’y a plus de décalage entre ce qu’on croit valoir et ce qu’on vaut réellement.
Mais si on ne sait pas faire cette différence, on risque d’avoir l’attitude de Pierre, qui répondra au Seigneur : « Toi, Seigneur, me laver les pieds à moi ! Jamais ! » Jn.13,8. Ce « jamais » est la réaction de tout homme devant un Dieu qui surprend et qui oblige à se remettre en question ; à remettre en question le regard qu’on porte sur Lui, et par conséquence, à remettre en question le regard qu’on porte sur nous-mêmes : « Qui suis-je réellement pour que Dieu se mette à genoux devant moi ?! ».
C’est le regard que Dieu pose sur l’homme qui rend à l’homme toute sa valeur. Aujourd’hui, en se mettant à genoux, devant toi et devant moi, le Seigneur vient donner la réponse à la question la plus fondamentale de notre vie, celle qui nous accompagne depuis toujours et devant laquelle nous sommes restés souvent sans une réponse : « Qui suis-je, vraiment ? ». Si vous voulez, on pourrait très bien traduire cette question apparemment abstraite par une question beaucoup plus réelle et existentielle : « Est-ce que je vaux vraiment la peine d’être aimé ? ».
Et la véritable humilité née de la réponse que je saurais donner à cette question !
C’est important de réaliser, ce soir, qu’en lavant les pieds de ses disciples, Jésus n’est pas juste en train de leur nettoyer les pieds, ni en train de leur dire « regardez combien je suis humble ». Non ! En leur lavant les pieds, il est en train de leur ouvrir le ciel, de les introduire dans la vie éternelle. Comment ? En leur révélant toute leur dignité, toute leur épaisseur sacrée.
En leur lavant les pieds, c’est le Christ qui rend les apôtres humbles, en leur révélant toute leur véritable valeur, cette valeur qu’ils ont aux yeux de Dieu. Et cela ça a été possible en guérissant tout décalage entre ce qu’ils valaient à leur propres yeux et ceux qu’ils valent maintenant aux yeux de Dieu.
Voilà pourquoi ce qui est central dans le lavement des pieds, ce n’est pas Jésus qui s’abaisse devant ses disciples, mais les disciples qui sont élevés par lui. C’est là, le véritable service que le Christ leur rend. C'est-à-dire qu’en s’abaissant, le Christ n’est pas en train de se ‘‘rabaisser’’. Il leur dira, en effet, tout de suite après : « Vous m’appelez ‘‘Maître’’ et ‘‘Seigneur’’, et vous avez raison, car vraiment je le suis » Jn.13,13. Dans ce geste, le Christ n’enlève rien à ce qu’il est, mais il ajoute quelque chose à ce que sont les disciples. Il ne se rabaisse pas ; il les élève ! Et tout abaissement n’a de sens qu’à la lumière de cette logique de l’amour, un amour qui élève l’autre.
Nous pouvons comprendre alors que le vrai service auquel le Christ nous appelle, c’est de relever tout homme en lui révélant qu’il est aimé de Dieu. Et cela passera parfois en lui lavant les pieds, c’est-à-dire en l’aimant dans ce qu’il a de plus fragile, de plus faible, de plus… ‘‘sale’’. Il n’y a pas de plus grand et de plus beau ‘‘service’’ qu’on puisse rendre à l’homme.
Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin
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