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| homélie du 12 août 2007 |
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1ère
lecture : du livre de la Sagesse (18,6-9)
Cest par cette phrase que commence lévangile de ce dimanche. « Là où est
votre trésor
». Mais quest-ce quon entend par trésor ? Trésor,
si vous voulez, cest tout ce qui nous donne un certain statut, une identité,
tout ce sur quoi, quelque part, on appuie notre vie. Trésor peut être mon
travail, parce quil me donne une position sociale, et par là limpression
davoir du pouvoir sur les autres; trésor peut être mon argent, parce quil
me donne limpression davoir une sorte de sécurité, dassurance par rapport à
ma retraite et, plus en général, par rapport à lincertitude du futur.
Trésor peut être mon célibat, parce quil me donne limpression dêtre
libre, de ne dépendre de personne ; trésor peut être mon intelligence,
parce quelle me donne limpression de supériorité sur les autres. Trésor
peut être mon mari, ma femme, quand il/elle me fait exister par son amour, par
son regard sur moi ; trésor peuvent être mes enfants, dans cette idée
que, même une fois que je serais mort, ils seront mon prolongement et mon nom
continuera à vivre à travers eux. Mais trésor peut être aussi une
souffrance que jai subi, parce quelle me permet de me sentir reconnu en temps
que victime ; trésor peuvent être mes rêves, dans lespérance du
futur, ou mes souvenirs, dans la nostalgie du passé
Comme
vous le voyez, tout peut devenir trésor, tant que je nai pas trouvé ma
propre identité. Le danger, cest quà un moment donné, je choisi de faire
dépendre mon identité de quelque chose ou de quelquun qui na pas, en lui, le
pouvoir de me donner, dune manière permanente, cette identité profonde, ce
sens à la vie. Vous
comprenez alors le risque quon court. Si le Seigneur nous met en garde :
« Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur
napproche pas, où la mite ne ronge pas » (Lc.12,33), cest parce quil y
a une raison. Le jour, par exemple, où lon me retirera mon travail, ou que je
ferai peut-être une mauvaise affaire, ou que je rencontrerai quelquun de plus
intelligent que moi, ou le jour où ma femme me quittera, que mes enfants
échoueront dans leurs études ou quils mettront en cause mon autorité, en me
manquant de respect, ou le jour où je commencerai à avoir des petits problèmes
de santé, dès problèmes de mémoire, ou quon me dira darrêter de jouer
continuellement à la victime
, ce jour là, je risquerai, alors, de meffondrer. Voilà
lorigine de beaucoup de nos stress et de beaucoup de nos inquiétudes :
cest quon sidentifie à notre travail, à notre santé, à notre compte en
banque, à nos enfants, à limage quon veut donner de nous
. « Plutôt
mourir que perdre mon travail de PDG à Luxembourg et de me retrouver au
chômage, et devoir soutenir le regard des autres, de mon père, de mon frère, de
ma femme, de mes enfants » ; « Plutôt mourir que devenir aveugle
ou être condamné à rester toute ma vie paralysé, sur un fauteuil roulant,
devant dépendre en tout des autres » ; « Plutôt mourir que
dêtre injustement sali, par les Medias, sur mon honneur et sur mon honnêteté » ;
« Plutôt mourir que
». Combien
de fois, face à des situations semblables, quon a vécu indirectement par
dautres, ces propos nous ont traversé lesprit ?! A ces moments là on se
sent perdu, comme si le monde sécroulait sous nos pieds. On nous dit que la
vie continue, mais quest-ce que ça veut dire ? Ca
veut dire que, dans ces cas, sans rien enlever à la souffrance quon vit,
souvent terrible, atroce, et à ce sentiment de subir une injustice, je peux
tout perdre mais sans pour autant meffondrer. Comment ? Parce que mon
cur nest pas là, parce que mon cur nest pas dans mon argent, dans mon
succès, dans ma santé, dans lépaisseur et la qualité de mon carnet dadresses.
Mon cur est ailleurs, au ciel, là où « le voleur napproche pas, où la
mite ne ronge pas ». On
peut tout menlever, en effet, jusquà ma vie, mais il y a une chose quon ne
pourra jamais menlever : lamour que jai pu offrir. Parce que même si on
arrêtait de maimer je pourrai grossir mon compte en banque au ciel par lamour
que je pourrai continuer, moi, à donner, indépendamment des autres. Voilà
comment jentend la phrase du Christ : « Faites-vous un trésor
inépuisable dans les cieux ». Quand
on arrivera au ciel, le Seigneur ne nous demandera pas nos bulletins scolaires,
notre fiche de paye, et même pas le nombre denfants quon a eu ou les
kilos dhosties quon a mangé tout au long de notre vie, mais on ne sera
jugé que sur lamour quon aura su donner. Et
ce nest pas à nous que le Seigneur demandera combien nous avons aimé. Il
appellera notre femme, notre mari, nos parents, nos enfants, nos amis, nos
collègues, nos voisins
et il demandera à eux, un par un, sils se sont sentis
aimés par nous. Et je pense quon commencera par ceux qui se sont senti les
moins aimés pour terminer par ceux qui se sont senti le plus aimés. Pourquoi
dans cet ordre ? Parce que le but du Seigneur ne sera pas de mettre
laccent sur la tristesse due à tout cet amour quon aurait pu donner mais de
mettre en valeur le bonheur de tout cet amour quon a su donner. Alors,
si cest aujourdhui que le Seigneur demandait à ta femme, à ton mari, à tes
enfants, etc., sils se sentent aimés par toi, quest ce quils
répondraient ? Sil y a une question importante dans notre vie, à laquelle
il faut absolument donner une réponse, et bien, je pense alors que cest
celle-ci. Et
comme nous le rappelle Dominique Lapierre, en conclusion de son best-seller,
La Cité de la joie : « Tout ce qui nest pas donné est
perdu ! ».
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