| Homélie du 15 juillet 2007 |
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1ère lecture : du livre du Deutéronome (30,10-14) La parabole du bon
Samaritain. Cest comme ça quon a lhabitude dappeler ce passage de
lévangile de Luc. Cest en effet sur la figure
de ce samaritain que tous les spots et les caméras sont tournés. Et lenvergure
de sa personne est mise encore plus en lumière par le rapprochement de ces deux
sombres et maigres figures, celle du prêtre et celle du lévite. Et quoi dire de
lhomme blessé, au bord du chemin, sinon quil est le moyen le plus émouvant
pour que le samaritain puisse, sûrement en toute humilité et malgré lui, faire
preuve de toute sa grandeur desprit. Sil fallait représenter
cette page dévangile sur scène et si on nous proposait de jouer un rôle, cest
bien sûr celui du samaritain quon voudrait tous avoir. Cest un rôle fatiguant
mais, au même temps, très gratifiant. Il est un vrai modèle de charité, un
exemple à suivre. On est daccord, mais sans
rien enlever à sa grande valeur dâme, surtout sachant quentre samaritains et
juifs ce nétait pas le grand amour, je crois, toutefois, que le message du
Christ va bien plus loin. Si le Christ raconte cette
parabole, cest en réponse à la question du légiste : « Qui donc est
mon prochain ? ». Et nous savons tous que cette question nest pas
une question purement intellectuelle. Elle est une question extrêmement
existentielle, riche de sens, parce que le légiste sait bien que la vie
éternelle, son destin, dépend entièrement de la réponse quil trouvera auprès
de Jésus à cette question : Qui est vraiment mon prochain, ce
prochain que je suis appelé à aimer ?. Sil rate la réponse, il sait
quil risque de passer à côté de sa vocation au bonheur, à la Vie. Revenons alors à cette
question centrale : « Qui donc est mon prochain ? ». Suite
à la parabole quil raconte au légiste, on sattendrait de voir le Christ
indiquer le prochain du samaritain dans la personne de cet homme tombé entre
les mains des bandits. Et cest là lerreur quon fait souvent, celui
dassocier le légiste au bon samaritain, et lhomme blessé à son prochain. Et
bien, non ! Ecoutez ce que demandera
Jésus au légiste, à la fin de la parabole : « Lequel des trois, à ton
avis, a été le prochain de lhomme qui était tombé entre les mains des
bandits ? ». Il ne lui dit pas : « Lequel des trois, à ton
avis, a reconnu son prochain dans lhomme qui était tombé entre les mains
des bandits ? ». Le prochain, dans la parabole, nest pas lhomme
blessé, mais bien le samaritain ! Nous comprenons par là que ce
nest pas le samaritain que le Christ met au centre de la scène. Cest plutôt
lhomme dépouillé et roué de coups ! Cest lui qui, en se laissant aimer
et soigner, accompli le commandement : «
tu aimeras ton prochain
comme toi-même ». Pourquoi ? Parce quen se laissant aimer, il révèle
au samaritain sa beauté. Aimer quelquun, en effet, ce
nest pas lui dire : « Je taime », en se penchant sur lui, car
dans la phrase : « Je taime » mon Je est encore au centre,
debout. Mais aimer quelquun cest lui dire : « Tu as de la
valeur pour moi », et, si vous voulez : « Tu la, indépendamment
de moi ». Cest le libérer de la dépendance de mon regard sur lui en le
révélant à lui-même et en lui révélant sa beauté et sa valeur intime. Aimer,
cest permettre à lautre de se sentir meilleur, de saimer et par là daimer à
son tour (« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »). Voilà pourquoi quand le
Christ dira au légiste : « Va, et toi aussi, fais de même » il
nest pas en train de lui faire la morale : si tu veux goûter la vie
éternelle tu dois être comme ce samaritain, bon et gentil avec tout le monde,
surtout avec les plus pauvres et malheureux. Non. Il est en train de lui dire
que ce pauvre, ce blessé, cest lui, le légiste, et quil peut enfin goûter la
vraie vie, la vie éternelle, dans la mesure où il apprendra à se laisser aimer
par les samaritains qui croiseront son chemin. En effet, si nous y
réfléchissons un peu, nous constaterons que Jésus, quand il veut nous apprendre
à aimer, ne se présente pas à nous dans la figure du samaritain, mais plutôt
dans celle du pauvre, du mendiant. Pourquoi ? Parce quil sait quéduquer
quelquun à lamour ce nest pas lui donner cet amour de lextérieur mais
arriver à faire sortir cet amour chez lautre. En effet le mot éduquer en
latin signifie faire sortir, tirer. Alors, quand nous voudrons aimer
quelquun en le faisant grandir, mettons-nous en attitude de pauvre et donnons
lui loccasion de nous aimer. Cest là le plus grand service quon pourra lui
rendre. Et je madresse là tout
particulièrement aux parents. Responsabiliser nos enfants ce nest pas
seulement leur faire confiance (« Je te fais confiance » où mon
Je est encore au centre) mais aussi, de temps en temps, se faire petits
devant eux en leur donnant la possibilité de nous apprendre quelque chose ou,
tout simplement, de nous offrir leur pardon. On sait demander pardon à des
adultes, mais est-ce quon sait demander pardon à des enfants ? Aimer
notre prochain veut dire surtout lui faire découvrir toute sa richesse, tout
son potentiel. Pour faire cela il faut savoir se faire pauvre devant lui. Cest alors quon découvrira
que le vrai pauvre, le plus misérable et le plus malheureux, nest pas
celui qui na plus rien à donner, mais plutôt celui qui ne sait plus recevoir. Abbé Pietro CASTRONOVO Vicaire à Saint-Martin |



