Mgr Warin, nouvel évêque du diocèse de Namur-Luxembourg

Ce mercredi matin, le Vatican a rendu public le nom du 31e évêque du diocèse de Namur.

Le pape François a désigné, pour succéder à Mgr Rémy Vancottem, Mgr Pierre Warin. Le cardinal De Kesel président de la Conférence épiscopale s'est fait le porte-parole du Vatican en présentant, à la presse, Mgr Warin.

C'est le dimanche 30 juin prochain, à 15h, que Mgr Pierre Warin sera installé comme évêque de Namur en la cathédrale Saint-Aubain. Nous y reviendrons.

Pour plus de renseignements relatifs à cette actualité, consultez le site internet du diocèse (www.diocesedenamur.be) ainsi que la page Facebook (www.facebook.com/catholique.namur).


HOMELIE DU DIMANCHE 23 OCTOBRE 2005 PDF Imprimer Email
Année 2005

1ère lecture : du livre de l’Exode (22,20-26)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1,5c-10)
Evangile : selon saint Matthieu (22,34-40)

‘‘Premier commandement’’ : aimer Dieu. ‘‘Deuxième commandement’’ : aimer son prochain comme soi-même. Face à cette réponse de Jésus Christ au docteur de la Loi, moi aussi j’ai envie de vous poser une question : pourquoi, à votre avis, dans l’évangile de ce dimanche, Jésus Christ ne parle pas plutôt d’un seul et unique commandement, celui d’aimer Dieu et son prochain, au lieu de les distinguer en deux commandements ?!? Il aurait pu très bien résumer le tout dans le fait d’aimer Dieu d’une part, et d’aimer son prochain comme soi-même de l’autre, en les situant sur un même plan. Main non, il a voulu garder une hiérarchie : Dieu d’abord, premier commandement, et son prochain comme soi-même ensuite, deuxième commandement. Pourquoi ?

Si Jésus Christ met l’amour de Dieu le premier, c’est pour nous révéler que cet amour est la condition nécessaire et indispensable pour tout autre véritable amour. Et cela doit nous interpeller très sérieusement parce que ça veut dire que si je n’ai pas une profonde intimité avec Dieu, l’amour que je porte à moi-même, l’amour que je porte à ma femme, à mon mari, à mes enfants, à mes parents, l’amour que je porte à mon évêque, à mon curé, à vous mes paroissiens, à mon prochain tout court, c’est un amour quelque part imparfait. Voilà pourquoi la nécessité d’aimer Dieu pour pouvoir aimer son prochain, pour arriver à l’aimer correctement.

Mais alors comment s’explique le fait que, tous sûrement, nous connaissons des gens autour de nous qui se disent athées, et qui aiment leur prochain autant sinon plus que nous qui nous disons chrétiens.

Là il faut tout d’abord faire deux grandes distinctions. La première c’est la distinction entre ‘‘baptis钒 et ‘‘chrétien’’ : nous tous ici présents, j’imagine, un jour nous avons été baptisés et, même si la plupart étions encore bébé, pour s’en rappeler il est facile d’établir qui l’a été ou qui ne l’a pas été, grâce aux registres des baptêmes. Beaucoup moins évident est de savoir si notre baptême a rejoint son âge adulte, sa maturité, ou s’il est resté à un stade encore embryonnaire. Je veux dire par-là que je peux être baptisé sans pour cela être forcement chrétien, c’est-à-dire sans forcement porter en moi les traits du Christ ressuscité, les traits de son amour inconditionnel. Etre chrétiens ne signifie pas avoir son nom inscrit dans quelque registre paroissial, mais c’est être icône du Christ au milieu de notre génération. Je ne voudrais pas vous choquer mais le baptême, par lui-même, ne suffit pas à nous conférer cette qualité d’amour ; allez visiter les prisons, par exemple, et vous constaterez qu’elle sont pleines de baptisés !

Donc s’il faut faire une comparaison, ce n’est pas entre un athée et un baptisé, mais plutôt entre un athée et un chrétien, quelqu’un qui est adulte dans sa foi. D’ailleurs, est-ce que c’est correct de parler d’ ‘‘athéisme’’? Saint Paul dans la deuxième lecture utilise plutôt le terme d’ ‘‘idolâtrie’’, parce que tous au fond nous sommes croyants, même ceux qui se disent athées. Seulement il y a ceux qui croient et qui s’appuient sur Dieu et il y a les autres qui s’appuient qui sur eux-même, qui sur l’argent, qui sur le pouvoir, qui sur le succès… toutes des fausses sécurités, tous des faux ‘‘dieux’’. Voilà la deuxième distinction que je voulais introduire, celle entre ‘‘croyant en Dieu’’ et ‘‘idolâtre’’. Pour savoir alors où me placer, pour savoir si je suis chrétien, adulte dans ma foi, ou si inconsciemment je suis quelque part idolâtre, il suffit de voir où est mon cœur.

Où est ton cœur ? Où est-ce qu’il repose ?

Mon coeur repose en Dieu, dans l’épaisseur de son amour pour moi, où il repose dans l’épaisseur… de mon portefeuille, plutôt ?

Est-ce que j’arrive à lui faire confiance, à croire que Dieu est bon avec moi et que dans ma vie il ne permettra jamais, même dans les moments les plus difficiles, ce qui pourrait être un empêchement à mon véritable bonheur?

Comment je réagis, par exemple, quand je suis au volant de ma voiture et voilà quelqu’un qui me coupe la priorité ? Comment je réagis dès que mon chef m’humilie devant les autres collègues, ou que mon mari me fait une remarque sur ma cuisine ou sur ma dernière coupe de cheveux ? La cerise sur le gâteau c’est quand il ajoute avec un petit sourire au coin de la bouche : « …et combien t’as payé pour cette horreur ?!? ». Je ne vous dis pas si par hasard il lâche : « combien ‘‘j’ai’’ payé pour cette horreur ? », …alors là c’est la catastrophe, c’est la totale : « Ça suffit, j’en ai marre, je fais mes bagages et je rentre chez ma mère ! », et en réponse : « Voilà, tu as raison, rentre chez cette vipère de ta mère ! ».

Je ne sais pas ici, mais en Italie dès qu’il y a une dispute, un conflit dans le couple, celle qui en ramasse le plus c’est toujours la belle-mère… C’est presque devenu un sport national de tirer sur la belle-mère, et il ne faut même pas attendre l’ouverture de la chasse ! … on lui tire dessus 12 mois sur 12, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 !

Et bien, si à ce moment-là Dieu n’est pas le premier dans ma vie, si son amour ne me suffit pas, dans des conditions pareilles je me retrouverai sans doute… ‘‘cass钒 ! Vous comprenez alors que si Dieu nous demande de l’aimer le premier c’est justement pour nous protéger, pour éviter que l’amour que je porte envers moi-même et envers les personnes qui m’entourent ne soit un amour ‘‘idolâtre’’, c’est-à-dire un amour qui plutôt qu’épanouir mon coeur dans la confiance et la paix l’étoufferait dans la peur et le sentiment d’insécurité.

Il n’est pas possible d’aimer véritablement l’homme sans passer par Dieu ; un des risques serait que derrière un amour simplement horizontal du prochain, un amour purement philanthropique, pourrait facilement se glisser un amour désordonné de soi-même, et d’une manière très subtile la recherche de son propre intérêt.

Si je peux aimer mon prochain malgré les nombreuses différences qui pourraient nous séparer, c’est parce que par la foi j’ai la conscience qu’il est aimé par Dieu autant que moi. Sans une commune paternité, la base réelle et essentielle d’une possible fraternité entre les hommes vient à manquer. Pour ceux alors qui aujourd’hui ont découvert qu’ils n’ont peut-être pas une foi déjà adulte ou qui sont encore embourbés dans leurs petites ou grandes idolâtries, dans leurs fausses sécurités, il y a une bonne nouvelle : maintenant nous savons où est la racine de notre tristesse, de nos peurs, de nos inquiétudes, et nous pouvons réagir en demandant à Dieu de nous apprendre à lui faire confiance, de nous apprendre à nous abandonner entre ses bras et à croire sans hésitation en son amour paternel. Peut-être que c’est aujourd’hui que le Seigneur a prévu, pour certains parmi nous, la grâce d’une conversion sincère du cœur ; ne laissons pas glisser entre les doigts cette occasion, mais saisissons-là !

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin